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3 mars 2012

Nouvelles de Genève : Témoignages de deux habitants de Fukushima un an après le désastre nucléaire


Le 25 février 2012, deux habitants de Fukushima sont venus à Genève pour témoigner de leur vie après la catastrophe nucléaire de mars 2011.  Ils ont aussi été reçus en Suisse alémanique.  Ces évènements étaient organisés par Greenpeace.

Satoshi Nemoto et Yuko Nishiyama avec sa fille
(Tribune de Genève - photo par Pierre Albouy)
Yuko Nishiyama, professeur d’anglais à Fukushima, fait partie des « évacués volontaires ».  Comme de nombreuses autres mères de familles, elle a quitté la région pour s’installer à Tokyo avec sa fille de trois ans. Ses inquiétudes liées à la santé des enfants et à l’irradiation des aliments, ainsi que sa méfiance vis-à-vis des mesures de radioactivité annoncées par les autorités, l’ont amenée à Kyoto.
        
Satoshi Nemoto est agriculteur dans le district de Fukushima.  Il préside « Nomiren Fukushima », le syndicat agricole local.  Il coordonne les mesures de radioactivité des sols et des récoltes, et lutte pour obtenir un dédommagement pour les paysans de la région.  (Merci à Greenpeace Suisse pour cette présentation des orateurs.)

Florian Kasser de Greenpeace, modérateur, a ouvert le débat par cette question :  " Sait-on vraiment ce qui se passe avec les réacteurs ? ".


     
Mme Nishiyama souligne  la résignation et l’adaptation des habitants de la région de Fukushima. Elle mentionne la hausse des niveaux de radioactivité suite à l’explosion des réacteurs et l'insuffisance de la zone d’évacuation.  Le Gouvernement des Etats-Unis avait recommandé une zone de 80 kilomètres autour de la centrale.  Le Japon a évacué les habitants dans une zone de 20 kilomètres seulement .  

Tout de suite après l’explosion des deux réacteurs, Mme Nishiyama a reçu un mail  lui  conseillant de quitter immédiatement la région et de consommer des aliments contenant de l'iode à taux  élévé  ou de prendre des comprimés d’iode.  Elle a passé  deux mois à Tokyo et vit maintenant à Kyoto.  Son mari est resté à Tokyo pour le travail.  Elle est retournée plusieurs fois à Fukushima.

Les familles qui ont fui la région ont dû y revenir ensuite pour reprendre le travail et permettre à leurs enfants de retourner à l’école.  Les enfants ne peuvent pas jouer  dehors et doivent porter des masques pour se protéger de la radiation.  Les sports à l’école sont supprimés.  Dans les parcs publics, des panneaux conseillent d'en limiter la fréquentation à une heure par jour.

Beaucoup d’habitants de la région de Fukushima ont encore peur de la radioactivité.  Ils se demandent, « Peut-on y rester ? » Les enfants portent des badges indiquant les niveaux de radioactivité régulièrement contrôlés par l'hôpital.  Les mères craignent que leurs enfants soient utilisés pour la recherche médicale .  Ils souffrent de diarrhées, de  fatigue, et de saignements de nez. Les symptômes grippaux durent plus longtemps.  Nombre de familles se séparent. Les femmes et les enfants déménagent loin de la région.

Mme Nishiyama termine son témoignage en disant que l’accident était également dû au vieillissement des réacteurs.  Elle évoque la construction d’un monde meilleur avec davantage  de sécurité au futur, en mettant l’accent sur l’impossibilité de faire cohabiter  la vie avec l’énergie nucléaire.

M. Nemoto, dont la ferme est à 60 kilomètres de la centrale, pose la question : Qui sont les victimes ?   Ce sont ceux qui créent la vie :  Les mères et les fermiers.  Les centrales sont contre la vie.  Les mères qui voudraient partir doivent cependant rester et élever leurs enfants à Fukushima.  « Serons-nous responsables si nos enfants développent un cancer ? »  se demandent-elles.  Les enfants s'inquiètent :  « Est-ce que je vais développer un cancer ? »  Une fille de 15 ans a confronté Tepco, le propriétaire des réacteurs, avec la question, « Serez-vous responsable si je deviens stérile ? »

Peut-on peut vivre avec cette technologie ?  En Suisse, M. Nemoto a visité la centrale de Mühleberg près de Berne, la capitale.  La centrale est construite sur le même modèle que celle de Fukushima.  La plupart des réacteurs au Japon se situent dans des régions pauvres afin d’en améliorer l’économie.  Mais ce sont les habitants de Tokyo qui utilisent la plupart de l’énergie générée par la centrale de Fukushima.  M. Nemoto dit que la politique des coupures de courant suite au désastre,  fait croire aux gens que l’énergie manque, justifiant ainsi le besoin de centrales pour générer l’électricité.

Sur les 54 réacteurs du Japon, deux seulement  continuent de fonctionner.  Ils pourraient être mis hors service dès avril..   Ce qui donnerait au pays l’occasion de démontrer qu'il peut vivre sans énergie nucléaire. Mais les centrales seront remises en service.  Actuellement, l'électricité est générée par l'énergie thermique qui demande d'énormes quantités de combustibles.
                                                                                       
M. Nemoto termine son témoignage en disant que nous devrons « reconstruire » l’homme.  Nousdevrons nous battre.  Nous devrons protéger tout ce qui touche le cœur et croire aux générations futures.

Des questions ont suivi les témoignages.  Les fermiers de la région de Fukushima cultivent leursproduits en dehors de la zone d’évacuation de 20 kilomètres.  On n'a pas trouvé  de césium dans les cultures à court-terme.  Cependant les consommateurs ont peu  confiance dans ces aliments car ils viennent de la région irradiée.  On relève des niveaux de césium plus élevés que les normes dans le riz, les fruits et les champignons.  Personne ne sait combien de temps cela va durer.  En mars 2011, l’eau à Tokyo était contaminée.  Au présent, selon les mesures du Gouvernement et des sources indépendantes, il n’y a plus de césium dans l’eau.

Pourquoi a-t-on construit les 54 réacteurs ?  Pour des raisons économiques ?  La consommation d’électricité diminuait à cause de la baisse de population depuis 2006.  Les usines, principales consommatrices d’électricité, quittent le Japon pour être transférées à l’étranger.  Les japonais sont incités à consommer de l’énergie par la construction de maisons fonctionnant entièrement à l'électricité.

En ce qui concerne la santé de la population au Japon, le Gouvernement maintient les statistiques, à l'exception des districts de Fukushima et une partie de Miyaki.

Une source d’informations crédibles sur Fukushima se trouve en anglais sur le site, « JapanTimes ».


par Meris Michaels



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