Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

5 avr. 2012

Nouvelles de Genève: “Non” au gaz de schiste !

Le 11 février 2012, par un froid sibérien, près de 2'500 personnes, y compris les maires de plusieurs communes de la région de Genève ont manifesté à Saint-Julien-en-Genevois, France, contre la prospection du gaz de schiste.  Anne Mahrer, Députée des Verts à Genève, se trouvait parmi eux.  Il est urgent de résister aux actions des compagnies de pétrole et de gaz car les premiers forages pourraient commencer cette année.  Six demandes de permis  ont été faites dans les régions de Rhône-Alpes, Savoie, Gex et le Jura.
Menace d'exploitation de gaz de schiste sous
le lac Léman près du Château de Chillon
L’extraction du gaz de schiste par la fracturation hydraulique, connue comme “fracking” en anglais, est interdite en France depuis le 30 juin 2011, et pourtant les permis octroyés avant cette date n’ont pas été révoqués.  Les compagnies peuvent toujours explorer les réserves de pétrole et de gaz en France, non pas par extraction hydraulique, mais par d'autres techniques, comme l’acidification.

En Suisse, il n’y a aucune loi fédérale  interdisant l’extraction du gaz de schiste.  Le canton de Fribourg en a voté l’interdiction.  Elle est autorisée dans le canton de Vaud.  Après Noville dans ce canton, la compagnie suisse  Petrovibri s’intéresse maintenant aux communes voisines en France entre Evian et St Gingolph.   Un permis d'explorer a été demandé en juillet 2009 mais c’est seulement maintenant que le public est au courant.  Un journal local mentionne une étendue qui pourrait atteindre  800 kilomètres carrés. Selon Petrovibri, la réserve du lac Léman pourrait, au mieux, répondre aux besoins de toute la Suisse pendant 20 ans.


L’impact de l’exploitation du gaz de schiste dans la région coûterait cher dans beaucoup de domaines.  Les vignes seraient affectées.  Les résidences perdraient de leur valeur.  Il faudrait construire des routes pour permettre aux gros camions d' acheminer  l’eau de forage et les équipements aux puits.
Pour les écologistes et les biologistes, ce serait un désastre .  Le lac Léman est une des plus grandes réserves d’eau douce en Europe occidentale.  Il relie le Rhône à la mer Méditerranée. Introduire de l'eau contaminée dans le sous-sol serait une catastrophe environnementale.  Cette région se trouve à proximité des aquifères d’Evian et de Thonon.  Petrovibri dénie que les aquifères seraient pollués.
La France et la Bulgarie ont interdit l’extraction du gaz de schiste.  D’autres pays l’acceptent:  l’Argentine, la Chine et la Pologne sont en train de développer cette technique, et l’Afrique du Sud va bientôt  suivre.
« L’extraction du gaz de schiste est un procédé dangereux que d’autres pays doivent considérer sérieusement, » dit Wenonah Hauter, Directrice exécutive de « Food and Water Watch ».  « Le forage moderne et l’extraction du gaz de schiste ont entrainé des problèmes environnementaux et sanitaires, et présentent de graves risques  à long-terme pour les sources d’eau. »
La technique d’extraction du gaz de schiste injecte sous haute pression, un mélange d’eau, de sable et de substances chimiques dans les formations souterraines de schiste afin de libérer les réserves de pétrole et de gaz.  Il peut entrainer d’énormes dégâts à l’environnement et pour la santé.
Séismes :  L’extraction du gaz de schistepourrait être responsable des 50 séismes peu profonds ( magnitude de 1.0 à 2.8),  en Oklahoma en 2011.  La plupart de ces séismes ont eu lieu sur 24 heures.  On a confirmé que la technique a entrainé « des évènements sismiques  faibles » la même année en Ohio.  Le plus récent du 31 décembre 2011 était d’une magnitude de 4,0.  
Utilisation d’eau :  L’extraction du gaz de schiste nécessite des quantités massives d’eau, jusqu’à des millions de litres de cette précieuse ressource pour un seul puits.  Cela crée des pénuries .  Aux Etats-Unis, l’EPA (Environmental  Protection Agency) estime qu’on pompe de 265 à 530 milliards de litres d’eau par an dans les puits pour extraire le gaz de schiste.
Contamination de l’eau : lors de l'extraction du gaz de schiste, d’énormes quantités de polluants, y compris des métaux lourds et des éléments radioactifs  remontent à la surface. Des effets néfastes sur la santé ont été constatés.  Dans la région de Marcellus en Pennsylvanie, il a fallu mettre en quarantaine des vaches qui avaient bu de l’eau contaminée par un élément radioactif, le strontium.  Dans le comté de Susquehanna, trois déversements en une semaine ont pollué l’eau du robinet et tué les poissons d'une rivière.  Des milliards de litres de liquides peuvent rester sous  terre pendant des décennies après l’extraction du gaz, et ainsi contaminer les eaux souterraines pour des générations à venir. 
Utilisation de substances chimiques toxiques :  Des substances chimiques sont ajoutées à l’eau pressurisée pour élargir les fractures de schiste.  Même si elles représentent seulement 0,5 à 1% des  95 millions de litres d’eau nécessaires à ce travail,  cela fait au minimum 475'000 litres de substances toxiques.
Pollution atmosphérique :  Les puits doivent être bien cimentés pour empêcher  les liquides de forage ou le gaz de s’échapper avant leur stockage.  La technique d’extraction de gaz de schiste peut dégager des polluants atmosphériques nocifs et des composés organiques volatils.  Combinés avec les gaz d'échappement des gros camions et des machines sur les sites, elle crée un smog toxique.  En Wyoming, le taux de pollution au niveau du sol d’un site a surpassé celui de Los Angeles,  affectant  la qualité de vie des résidents de la région.  Si l 'étanchéité des puits n'est pas parfaite, , le méthane s'échappe et peut contaminer l’eau potable.  Dans de fortes concentrations, ce gaz  peut s'enflammer même dans l'eau, et provoquer des explosions, ce qui est arrivé en Pennsylvanie où des maisons ont été détruites.  De plus, la libération de méthane par la fracturation pourrait accélérer le changement climatique.


Production d’eaux usées :  Un seul puits peut produire  jusqu'à 19 millions de litres d’eaux toxiques et salées.  Les compagnies stockent ces eaux dans de profonds  puits souterrains.  En Pennsylvanie, où le terrain rend le stockage difficile, on transfère les eaux usées dans des usines de traitement qui ne peuvent pas séparer tous les contaminants.  Selon l’EPA, il y a aux Etats-Unis, plus de 144'000 puits de type II (puits prospectant le pétrole et le gaz) qui injectent  plus de 37 milliards de litres d’eau salée par jour.
Effets sanitaires :  L’extraction du gaz de schiste est en augmentation dans le Midwest américain où les résidents se plaignent d' effets sanitaires nocifs : maux de têtes, évanouissements,  et chez le bétail, cécité spontanée et chute du poil. Au Texas, dans une ville située près de 22 stations de compression de gaz (partie du processus de l’extraction), on a trouvé des niveaux élevés de neurotoxines et de substances cancérigènes, y compris le benzène. Au « Endocrine Disruption Exchange », les scientifiques qui testent les fluides d’extraction de gaz de schiste ont découvert que 25% peuvent entrainer le cancer, 37% un dérangement du système endocrinien,  et 40 à 50% peuvent affecter les systèmes nerveux, immunitaires et cardiovasculaires.
Lors de son discours sur l'état de l'Union, le Président Obama a approuvé l’extraction du gaz de schiste.  Le Congrès américain a accordé à l’industrie l’exonération des sept lois environnementales majeures fédérales, y compris les "Clean Air et Clean Water Acts".  Le « United States House and Energy Commerce Committee » a mentionné qu'aux Etats-Unis, entre 2005 et 2009, 14 compagnies de pétrole ont injecté dans les puits, plus de 14'700 millions de litres de substances chimiques liées à l’extraction du gaz de schiste,   y compris 192 millions de litres de fluides contenant des cancérigènes connus ou suspects. 
L’industrie du pétrole et de gaz nous dit que l’extraction du gaz de schiste est sûre.
Un article du Time Magazine sur cette technique conclut,  « l’industrie du gaz de schiste va modifier les régions des Etats-Unis et du monde, d'une façon indésirable.  C’est le prix à payer pour une énergie extrême, le prix qu’on continuera de payer jusqu’à nous réduisions notre envie de carburants ou trouvions  des alternatives abordables, fiables et propres … »
Pour beaucoup de personnes, ce prix est peut-être déjà trop élevé en termes des dégâts environnementaux et sanitaires.
par Meris Michaels


Références:

1. “The Gas Dilemma”, by Bryan Walsh, Time Magazine, 11 April 2011.
2. “New Jersey State Legislature First in U.S. to Ban Dangerous Gas Drilling Technique (Fracking)”, Food and Water Watch, 30 June 2011.
3. “Fracking May Have Caused 50 Earthquakes in Oklahoma”, by Brian Merchant, Treehugger, 4 November 2011
4. “Confirmed: Fracking Caused Ohio Earthquakes”, Common Dreams, 9 March 2012
5. “Report: Fracking Could Cause a New Global Water Crisis”, Common Dreams, 7 March 2012
6. “109 Organizations Take Issue With Obama’s Support for Fracking”, Environmental Working Group, 5 March 2012
7. “Regulation Lax as Gas Well’s Tainted Water Hits Rivers” – by … New York Times, 26 February 2011
8. “Refusé en France, le gaz de schiste tente l’Europe », by Cathy Macheret, Tribune de Genève, 5 October 2011
9. “La recherche de gaz de schiste menace encore le Léman”, by Marion Moussadek, Le Matin, 1 March 2012
10. “Recherche d’Hydrocarbures : une pollution du Léman redoutée”, Le Dauphiné, 28 February 2012
11. “Prospecting for Gas and Oil in Lake Geneva”, Swissinfo.ch, 20 January 2008
12. “Ohio Fracking Wells Closed After Earthquakes”, CNN, 2 January 2012.
13. “Europe Has Every Right to Be Emotional About Fracking” by Anna Witowska, 11 February 2012, Food & Water Watch Blog.



3 commentaires:

  1. Merci pour ce reportage.. Où en est-on à l´heure actuelle? Est-ce qu´il y des initiatives locales pour combattre le fracking?

    RépondreSupprimer
  2. En Suisse, il n’existe pas de loi fédérale concernant la surveillance des gisements et leur exploitation. C’est aux cantons d’adapter des lois. Par exemple, dans le canton de Vaud, on s’en tient au moratoire de septembre 2011 sur l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste. Le canton de Fribourg a décidé de suspendre toutes les recherches d’hydrocarbures sur le territoire. Les cantons de Neuchâtel et de Genève maintiennent le statu quo. Dans le Jura, on répond «n’être pas entré en matière dans les quelques demandes d’exploration reçues». Comme ailleurs, les autorités attendent une prise de position de la Confédération.

    Concernant la France, lors de l’inauguration de la conférence environnementale en mi-septembre 2012, le Président français, François Hollande, « a fermé la porte, pour le moment, » à la recherche sur les gaz de schiste. Il a souligné, "Dans l'état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l'exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd'hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et l'environnement".

    Voici deux groupes que vous pouvez contacter concernant des initiatives locales :
    Genève : Greenpeace suisse: www.greenpeace.org/switzerland/fr/ - leur bureau se trouve à la Maison des Associations, 15 rue Savoises, Genève

    Région Rhône-Alpes : www.stopgazdeschiste.org

    RépondreSupprimer
  3. Mise à jour sur la fracturation hydraulique en Suisse :

    Texte déposé par Lukas Reimann, Conseiller national, Parlement suisse le 3 décembre 2012 :

    "Des entreprises britanniques voudraient se livrer à la prospection de gaz de schiste dans la région du lac de Constance à l'aide de la technique controversée de la fracturation hydraulique. Ce type de forage nécessite l'emploi de nombreux produits chimiques. Le lac de Constance constitue le réservoir d'eau douce de plus de 4 millions de personnes, il est donc d'une importance cruciale pour la région. Ce projet comporte un risque trop élevé pour l'environnement, la sécurité et le tourisme.

    "Le Conseil fédéral s'engagera-t-il résolument à contrer ces plans controversés et défendra-t-il également les intérêts suisses vis-à-vis de l'Allemagne?"

    Le Parlement européen, a approuvé le 5 décembre 2012 par une large majorité une motion de la commission de l’environnement au sujet de la soi-disant fracturation hydraulique. Dans ce document, les députés ont demandé, entre autres, d’interdire cette méthode d’extraction de gaz, à l’avenir, dans les zones de protection des eaux potables.

    Réponse du Conseil fédéral (10 décembre 2012) (traduction non officielle de l'allemand):
    Une délégation suisse représente les intérêts de la Suisse à la Commission pour la protection internationale de l’eau pour le lac de Constance (IGKB). On a traité le thème de la « production de gaz non conventionnel à partir de gisements de gaz naturel (fracturation) » à la Conférence de cette Commission en 2011, où l’on a adopté une résolution qui indique que les « recouvrements d’hydrocarbures du lac de Constance et des environs du point de vue de l’IGKB ne sont pas compatibles avec la protection de l'eau potable, la protection préventive des eaux et du bon exercice de « Oberliegerverantwortung » (responsabilité globale).»

    RépondreSupprimer