Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

21 oct. 2012

Des déchets hautement radioactifs rentrent en Suisse

Dessin de Burki paru dans 24 Heures
Après la catastrophe de Fukushima au Japon, la Suisse a décidé de sortir du nucléaire. Elle compte actuellement cinq réacteurs nucléaires qui doivent être mis peu à peu hors service d'ici à 2034. Le 17 octobre 2012, un train de déchets nucléaires hautement radioactifs retraités est parti de la France pour la Suisse. « Ce 8e transport porte à 308 le nombre de conteneurs retournés vers le pays depuis 2001, » a constaté le groupe nucléaire, l’Areva, qui a jusqu'à fin 2015 pour tout renvoyer en Suisse. 

Des déchets radioactifs rentrent à la maison
par Caroline Zuercher, Tribune de Genève, 19 octobre 2012 

Alors que le débat sur le stockage en profondeur bat son plein, un convoi de déchets vitrifiés arrive dans notre pays

Ce sont trois wagons très particuliers qui ont quitté mercredi Valognes [France], un terminal situé dans la péninsule de la Hague, à quelques kilomètres de l’usine Areva de retraitement des déchets nucléaires. A leur bord, 84 conteneurs et des déchets renvoyés à la Suisse après leur vitrification. Ils sont issus de combustibles ayant permis de produire « l’équivalent d’environ douze ans de consommation électrique d’une ville comme Zurich ». Leur destination : le site d’entreposage de Zwilag, à Würenlingen (AG). L’itinéraire et la durée du trajet sont tenus secrets. Tout juste Catherine Argant, directrice de la communication à l’usine Areva de la Hague, précise-t-elle que la livraison devrait arriver à destination après « un ou deux jours ».

Convois bientôt terminés
Depuis 2001, 308 conteneurs du même type sont rentrés en Suisse. Mais cette pratique appartiendra bientôt au passé. Suite à de nombreux débats, notamment autour des rejets des usines qui le pratiquent, Berne a décrêté en 2005 un moratoire sur le retraitement. En revanche, la Suisse reçoit encore en retour les déchets envoyés avant 2005 dans la Manche ou à Sellafield, en Grand-Bretagne. 

Ces voyages devraient s’arrêter à l’horizon 2015. Et cela dans une relative indifférence. Si de tels transports suscitent régulièrement des manifestations, en particulier en Allemagne, Greenpeace n’a prévu aucune action dans notre pays. En Suisse, ces livraisons devraient plutôt alimenter le débat sur l’entreposage. Le convoi parti de la Hague va en effet rejoindre les quelque 1500m3 de déchets hautement radioactifs déjà stockés au dépôt intermédiaire de Würenlingen. Ceux-là même qui, dans quelques années, devraient trouver le repos éternel dans les grandes profondeurs.

Faut-il les enterrer ?
Mais en pleine polémique sur le travail de la Nagra [Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs], certains politiques se demandent à nouveau si l’enfouissement est la meilleure solution. C’est le cas d’Isabelle Chevalley (Vert’libéraux/VD) : « Nous devons garder sous contrôle les déchets hautement radioactifs et espérer que les générations futures trouveront une solution, » s’exclame la conseillère nationale. « Les scientifiques veulent les enterrer et comptent sur le fait que les substances radioactives s’échapperont suffisamment lentement pour ne plus être nocives. » 

« Il faut réexaminer cette question. Peut-être les déchets devraient-ils rester en surface ou accessibles pour que nous puissions les surveiller », renchérit son collègue Roger Nordmann (PS/VD). Et d’ajouter que face aux fortes résistances locales, on peut aussi se demander si la Suisse réussira à dénicher le lieu idéal.

Le géologue genevois Walter Wildi, connu pour ses positions critiques envers l’énergie nucléaire, balaie ce débat : « Il y a un très large accord dans le monde scientifique sur l’enfouissement. Les difficultés, liées aux bafouillements de la Nagra, ne rendent pas le stockage en surface plus sûr. » Pour le scientifique, les grandes profondeurs permettront au contraire de protéger le combustible usagé des tremblements de terre, du feu, d’éventuelles chutes d’avions, de sabotages ou encore de guerres.

A Berne, l’Office fédéral de l’énergie )OFEN) rappelle pour sa part que le Conseil fédéral a défini sa stratégie en 2008, en se basant sur les connaissances scientifiques et techniques. Le reste, conclut Marianne Zünd, porte-parole de l’OFEN, sont des « discussions politiques. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire