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23 oct. 2012

Les "vigies d'Hippocrate" réclament une Organisation mondiale de la santé indépendante du lobby nucléaire

Sophie Morel et Julien Catlin
Ils font le siège de l’OMS depuis cinq ans
par Antoine Grosjean, Tribune de Genève, 24 septembre 2012 

Les «vigies d’Hippocrate» réclament une Organisation mondiale de la santé indépendante du lobby nucléaire

Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, les «vigies d’Hippocrate» sont fidèles au poste depuis plus de cinq ans. Chaque jour ouvrable, de 8 h à 18 h, ces militants de la cause antinucléaire font le piquet sous les fenêtres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au Grand-Saconnex.

Ils sont plus de 300, issus d’une dizaine de pays, à se relayer ainsi pour réclamer une OMS indépendante quant à l’impact sanitaire des activités nucléaires. Ils reprochent au gendarme de la santé d’être inféodé à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). «Tchernobyl: 50 morts ou 985'000 morts?» interroge une banderole. «Fukushima: l’OMS dissimule, comme à Tchernobyl», accuse une autre.

Militants venus de France

Le jour de notre passage, Sophie Morel, 50 ans, infirmière, et Julien Catin, 37 ans, responsable technique d’un écocentre, assurent le piquet, pancartes suspendues au cou. Elle a fait le déplacement depuis la Normandie, lui est venu de la région d’Aix-les-Bains. Pendant leur séjour, des membres genevois du collectif Independent WHO (OMS indépendante) les hébergent.


«Je ne regrette pas d’être venu, confie Julien, qui fait sa première vigie, pour deux jours. Hier, je me demandais si c’était vraiment utile, mais en fin de journée, j’étais ravi! Je ne m’attendais pas à une telle densité d’échanges. Beaucoup de gens s’intéressent à la problématique. Des touristes en visite dans le secteur des organisations internationales s’arrêtent, des automobilistes nous saluent et nous encouragent. Il y a même parfois des employés de l’OMS qui viennent discuter.»

Combinaisons de ski

Sophie en est à sa deuxième vigie. La première fois, c’était durant l’hiver 2009. «Nous avions pris des combinaisons de ski, tellement il faisait froid, se souvient-elle. Et nous allions marcher à tour de rôle pour nous réchauffer. Quand ces manifestations quotidiennes ont commencé ici en avril 2007, nous n’imaginions pas que ça durerait si longtemps.» Elle reste toute la semaine et a même pris des vacances pour cela. «Je ne sais pas quel est l’impact de ces vigies, mais c’est important de se dévouer pour quelque chose en laquelle on croit. C’est une façon sympa de passer ses vacances, on rencontre des gens intéressants.»

A l’occasion, les militants ont été rejoints par des scientifiques, des médecins ou des personnalités telles que Danielle Mitterrand, épouse de l’ancien président français.

Discussion avec l’OMS

Alison Katz, ancienne employée de l’OMS, faisait partie en mai 2011 du groupe d’Independent WHO qui a rencontré, en compagnie du conseiller administratif Rémy Pagani, la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan: «Nous avons alors appris que l’OMS n’avait plus de département rayonnement et santé, raconte Alison Katz. Elle tient ses informations sur les conséquences sanitaires des activités nucléaires de l’AIEA, dont la mission est de faire la promotion de l’énergie atomique…»

Margaret Chan leur a affirmé que la coopération et la coordination entre les deux organisations internationales, formalisées par leur accord de 1959, n’empêchaient pas l’OMS d’exécuter son mandat de santé publique en toute indépendance.

Mais pour les «vigies d’Hippocrate», la façon dont a été gérée la catastrophe de Fukushima ne fait que confirmer leurs soupçons. Selon Julien Catin, c’est «un mauvais remake de Tchernobyl». Comme les autres militants, il est prêt à revenir manifester aussi longtemps que nécessaire.

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