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1 déc. 2012

Le drame de Tchernobyl met en lumière l'incapacité de l'Europe à prendre rapidement la mesure de pareils événements

Un enfant en Pologne reçoit de l'iode
(30 avril 1986)
Cet article concerne Tchernobyl et les médias suisses. Aujourd’hui, les médias grand public, surtout des pays pro-nucléaires, ne disent pas toute la vérité sur Fukushima. « Le drame de Tchernobyl met aussi en lumière l’incapacité de l’Europe à prendre rapidement la mesure de pareils événements. » (Voir les photos de Tchernobyl du Denver Post.)

1986: Retombées nucléaires
par Philippe Dumartheray, 24 Heures, 19 novembre 2012

La centrale de Tchernobyl explose. Personne n’en saura rien pendant deux jours.

Il est 1h 23 minutes, ce samedi 26 avril 1986. Le réacteur No 4 de la centrale de Tchernobyl, situé dans l’actuelle Ukraine, explose. Une déflagration s’ensuit et soulève la dalle (supérieure) de protection, d’un poids estimé à 2 millions de kilos. Le monde va pourtant mettre beaucoup de temps à apprendre cette catastrophe nucléaire. Deux jours après le drame, l’Agence télégraphique suisse (ATS) évoque un taux anormal de radioactivité en Europe du Nord. Quelques heures plus tard, l’agence AFP fait état, sans plus de précision, d’un accident survenu dans une centrale atomique, à Tchernobyl.

Trois jours après l’explosion, les journaux commencent à relater l’événement. Mais très sobrement. «Un des réacteurs a été endommagé, des mesures ont été prises pour éliminer les conséquences de l’accident.» Le 30 avril, 24 heures évoque sur une pleine page la catastrophe en titrant "Les techniciens sont impuissants". On sait alors que, selon Moscou, l’accident aurait fait deux morts, un chiffre rapidement mis en doute en Occident, où l’on parle de plusieurs centaines voire de milliers de morts.

Aujourd’hui encore, le véritable bilan n’est pas connu. 24 heures annonce aussi qu’un nuage radioactif a atteint la Pologne et la Finlande, et que les pharmacies des pays nordiques sont prises d’assaut. Dans un encadré, un porte-parole du Département fédéral de l’intérieur déclare: «Il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour les Suisses.»

Incendie de graphite

Le 30 avril toujours, les autorités soviétiques demandent de l’aide aux Occidentaux en «cherchant des informations sur le moyen d’éteindre un incendie de graphite». On prend alors conscience que le cœur du réacteur a fondu. En fin de soirée, des touristes finlandais de retour d’Ukraine annoncent que «25'000 personnes ont été évacuées». Mais on ne prend pas encore véritablement la mesure de l’événement. Le même jour, le Journal de Genève mentionne que la construction de la centrale de Kaiseraugst pourrait débuter en 1989.

Cinq jours plus tard, le quotidien vaudois consacre à nouveau plusieurs pages à la catastrophe et cible sur le «silence de mort» qui règne à Tchernobyl. Le 2 mai, la CIA articule le chiffre de 2000 à 3000 morts, alors que l’on constate une augmentation de 20 à 30% des valeurs radioactives en Suisse romande, mais «sans danger pour la santé»!

La Suisse est touchée par la catastrophe. Deux nuages l’ont traversée entre le 30 avril et les premiers jours de mai. Trois régions sont particulièrement affectées: le Tessin, le lac de Constance et le Jura, où des précipitations ont plaqué au sol des substances radioactives. Durant l’hiver 2001-2002, la viande de sanglier tessinois recelait jusqu’à plusieurs milliers de becquerels, alors que la viande ne dépasse pas 30 becquerels par kilo normalement.

Le 5 mai, toujours dans 24 heures, les nouvelles consacrées à Tchernobyl sont reléguées à l’intérieur du journal. On y apprend que le taux de radioactivité mesuré en Suisse est en baisse, à l’exception du canton du Tessin et de certaines régions de Suisse romande, le Jura notamment. Et la Commission fédérale de protection atomique et chimique de publier des recommandations pour la population. Ne pas boire l’eau des citernes, l’eau potable ne pose pas de problème. La consommation de lait frais n’est pas dangereuse, mais la commission recommande de remplacer le lait frais par du lait en poudre pour les enfants de moins de 2 ans et les femmes enceintes. Et les légumes doivent être bien lavés.

Tchernobyl démontre la faillite du système atomique soviétique, prélude à un effondrement économique et politique à venir. Le drame met également en lumière l’incapacité de l’Europe à prendre rapidement la mesure de pareils événements. En Suisse, quelques mois plus tard, en novembre, un incendie éclate dans un dépôt de Schweizerhalle, zone industrielle du groupe pharmaceutique Sandoz. Bâle vit une des pires catastrophes environnementales d’Europe [près de 1'351 tonnes de pesticides et de produits agro-chimiques ont pris feu au bord du Rhin]. Des milliers de poissons meurent et une odeur âcre se répand sur la ville…(24 heures)

http://www.24heures.ch/vaud-regions/1986-Retombees-nucleaires/story/13594662

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