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22 janv. 2013

Fukushima, la décontamination bâclée

"Près de deux ans après l'accident de Fukushima, qui a obligé 160'000 personnes à abandonner leur domicile dans une région devenue pour partie inhabitable, 48 réacteurs sur les 50 de l'Archipel sont suspendus. À la différence du précédent pouvoir exécutif qui visait un objectif «zéro nucléaire» à horizon 2040, le nouveau gouvernement de droite, conduit depuis fin décembre par Shinzo Abe, estime que la relance des réacteurs atomiques jugés sûrs est un impératif pour la santé économique du Japon. Il envisage aussi d'en construire de nouveaux. 

"À Fukushima, le démantèlement de 4 des six réacteurs endommagés devrait durer une quarantaine d'années. Mais le gouvernement ne sait toujours pas ce qu'il pourra faire des 87.000 tonnes de boues des stations d'épuration radioactives et des cendres d'incinérateurs de déchets."

Fukushima, la décontamination bâclée
par Christine Fauvet-Mycia, Le Figaro, 10 janvier 2013

Des ouvriers témoignent des méthodes contestables ou de l'impuissance des entreprises privées, chargées de décontaminer toute une région, dans le nord-est du Japon, après la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011.

Laver, déblayer, récupérer les résidus radioactifs pour les purifier ou les stocker: après le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 qui ont gravement endommagé la centrale nucléaire de Fukushima et contaminé toute une région dans le nord-est du Japon, c'est une tâche immense qui a été confiée à des entreprises privées. Elles s'en acquittent tant bien que mal, à la fois pressées par le temps, soucieuses de limiter les coûts, mais aussi impuissantes à trouver des solutions pour traiter, évacuer des dizaines de milliers de tonnes de matières imprégnées de résidus radioactifs.

Recueillis par le Asahi Shimbun, dont les reporters ont passé 130 heures sur le site à observer, photographier les pratiques de décontamination et questionner les ouvriers qui y travaillent, les témoignages sont inquiétants, comme ce sentiment exprimé d'efforts poursuivis en vain. Ils affirment que le rejet dans la nature de végétaux, de terre, d'eau contaminée est une pratique ordinaire. Ils parlent de l'herbe coupée qui n'est souvent pas ramassée et laissée sur place. Ils évoquent les eaux utilisées en partie rejetées dans les rivières alentour. Ces rivières dans lesquels des ouvriers viennent rincer leurs bottes contaminées à la fin de leur journée de travail. D'autres expliquent aussi qu'il leur est demandé parfois de ne s'occuper que des sites de mesure des rayonnements.
Nouvelles excuses du ministère de l'Environnement

Le chef du bureau spécial du ministère de l'Environnement a reconnu que ses services ont confirmé au moins deux cas dans lesquels l'eau sale utilisée pour laver les bâtiments a été répandue dans la nature, au lieu d'être recueillie afin d'être purifiée. Le vice-ministre de l'Environnement, Shinji Inoue, s'est rendu dans la province de Fukushima afin de présenter des excuses et tenter d'apaiser les craintes de résidents.

Après ces témoignages publiés par le Asahi Shimbun, l'administration centrale japonaise, qui a déjà débloqué 1000 milliards de yens (neuf milliards d'euros), a promis de renforcer le contrôle des tâches de décontamination. Et le ministère de l'Environnement a «ordonné aux entrepreneurs concernés d'étudier la situation et de rendre un rapport d'ici à vendredi».

Quatre sociétés sont principalement chargées des travaux de décontamination dans quatre agglomérations, Iitate, Naraha, Tamura et Kawauchi, où les niveaux de radioactivité permettent d'espérer un retour des habitants.

160.000 personnes contraintes d'abandonner une région contaminée

Près de deux ans après l'accident de Fukushima, qui a obligé 160.000 personnes à abandonner leur domicile dans une région devenue pour partie inhabitable, 48 réacteurs sur les 50 de l'Archipel sont suspendus. À la différence du précédent pouvoir exécutif qui visait un objectif «zéro nucléaire» à horizon 2040, le nouveau gouvernement de droite, conduit depuis fin décembre par Shinzo Abe, estime que la relance des réacteurs atomiques jugés sûrs est un impératif pour la santé économique du Japon. Il envisage aussi d'en construire de nouveaux.

À rebours de l'opinion publique, une majorité (54%) des maires des 135 communes sur lesquelles sont implantées les centrales à l'arrêt ou qui en sont voisines est favorable à leur redémarrage en cas de feu vert du gouvernement. Le Yomiuri Shimbun, qui publie ce sondage, souligne que les installations nucléaires constituent souvent les premiers employeurs locaux.

À Fukushima, le démantèlement de 4 des six réacteurs endommagés devrait durer une quarantaine d'années. Mais le gouvernement ne sait toujours pas ce qu'il pourra faire des 87.000 tonnes de boues des stations d'épuration radioactives et des cendres d'incinérateurs de déchets. Personne ne veut accueillir un site de retraitement.

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http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/10/01003-20130110ARTFIG00489-fukushima-la-decontamination-baclee.php?cmtpage=1

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