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26 janv. 2013

Mali : une guerre pour des ressources ?

Or, uranium, gaz, pétrole...

Mali: une guerre, néanmoins, pour des ressources? 
par Nicolas Dufour, Le Temps, 25 janvier 2013

Pour certains médias, la lutte contre le terrorisme qui justifie l’intervention française au Mali cacherait quelques appétits en matières premières, tout au moins pour sécuriser la zone qui en fournit. La méfiance vient d’Algérie, mais un expert tunisien évoque aussi une «géopolitique des tubes»

Une guerre contre le terrorisme, désintéressée sur le plan des luttes d’influence ou des appétits stratégique: l’implication française au Mali est souvent présentée ainsi. Un citoyen interlocuteur cité par un média malien dans notre «Toile francophone» de la semaine passée résumait ce point de vue: «La France ne nous aide aucunement pour en tirer profit après cette récupération dans la mesure où le Mali n’a rien comme ressource à partager. »

D’aucuns installent néanmoins un doute. Le portail Ouestaf commence par rappeler que «l’économie malienne repose en grande partie sur l’or qui lui rapporte 70 % de ses recettes d’exportation.» Il décrit ensuite le pays comme un territoire où l’extraction se poursuit à l’ordinaire, tensions ou non: «En août 2012, alors que le Mali était en pleine crise, Randgold avait même procédé à l’inauguration de la mine de Loulo-Gounkoto, détenue à hauteur de 80% par la multinationale contre 20 % pour l’Etat malien.»

Puis le site pose les termes du débat: «La richesse du sous sol malien, en or, bauxite, phosphate, granite… pousse certains analystes à justifier l’intervention militaire actuelle de la France comme une volonté de s’accaparer au final ces ressources. Cette thèse est rejetée par certains analystes, arguant du fait que les ressources minières les plus importantes se trouvent dans la partie sud du pays, et que le pétrole attendu au nord depuis longtemps n’est toujours pas apparu.»

La méfiance, c’est n’est guère surprenant, est venue d’Algérie, pays critique à l’égard de l’opération hexagonale. El Watan relevait cette semaine: «Les richesses minières et donc l’enjeu des intérêts économiques comme justificatif à la guerre ne saute pas aux yeux a priori. Pourtant, à y regarder de plus près, le lien entre guerre est enjeux économiques n’est pas si fortuit que cela. La proximité du Mali par rapport au Niger (4e producteur mondial d’uranium), son appartenance à la région du Sahel considérée par les experts comme «espace charnière pour le transport du pétrole et du gaz» et plus globalement au continent africain théâtre de luttes d’influence entre les puissances économiques mondiales, sont autant de facteurs pouvant expliquer l’intervention française au Mali.» Le journal cite Damien Deltenre, doctorant à l’Université catholique de Louvain, spécialiste des questions liées aux ressources naturelles, lequel avance que le Mali «est «limitrophe du Niger et de l’Algérie, où les intérêts français sont beaucoup plus importants (uranium, gaz, pétrole)».

Dans un autre article, El Watan s’appuie sur un chercheur en relations internationales, Ahmed Kateb, qui affirme: «Le Sahel se trouve être un espace charnière pour le transport du pétrole et du gaz», et donc au centre des «luttes d’influence» entre les Etats-Unis, la France et la Chine notamment. Ainsi, «le théâtre soudanais déterminera le débouché vers l’Asie du pétrole du Sud-Soudan et peut-être du Tchad via la mer rouge, le théâtre tchadien, intermédiaire, est important pour l’évacuation du pétrole du bassin du lac Tchad, du bassin de Doba et celui du Termit au Niger, vers l’Amérique via les ports camerounais et nigérians. Enfin, le Sahel occidental (Mali et Niger) est stratégique pour la sécurité du gazoduc Lagos-Beni Saf qui reliera le Nigeria et l’Algérie pour le transport du gaz nigérian vers l’Europe».

D’Alger aussi, Maghreb Emergent accueille le propos d’un un militant associatif algérien, Hakim Addad, qui renchérit dans le registre critique: «Cette guerre n’a rien d’une action désintéressée, gratuite, pas plus que ne le fut la «libération» de la Libye de son tyran. La France, soutenue par ses alliés européens et américains, ne cherche qu’à défendre son «protectorat» et à s’y renforcer. Les richesses que recèlent la région du Sahel, tous pays réunis, sont immenses et surtout nécessaires tant pour le présent que pour l’avenir des continents européen, américain et aussi asiatique. Pour la sauvegarde et l’amélioration de leurs mode et cadre de vie, si enviés par les Africains ! Il faut assurer que le pétrole, le gaz, l’uranium, l’or et, depuis pas longtemps, le gaz de schiste soient toujours entre les «bonnes» mains, avec l’aide des sous-traitants locaux qui sont aux commandes des pays de la région.»

Plus mesuré, mais allant finalement dans le même sens: le Tunisien Mehdi Taje, politologue spécialiste de géopolitique et en particulier du Sahel et du Maghreb, qui, à La Tribune.fr, parle d’une «géopolitique des tubes» dans la région: «Les concurrents sont surtout les Chinois. Ce sont eux qui ont permis au Niger de devenir producteurs de pétrole il y a moins d’un an et demi. Il y a une véritable géopolitique des tubes au Sahel. Les oléoducs et gazoducs y sont cruciaux. D’ailleurs, les richesses naturelles ne sont pas que pétrolières ou gazières. L’uranium occupe une place stratégique notamment pour la France. Sur le sujet, les Chinois sont en embuscade : ils sont en train de négocier avec le gouvernement du Niger, ce qui fragilise la position d’Areva. Et le nord du Mali recèlerait davantage d’uranium que le Niger... Il faut aussi prendre en compte le fer, le phosphate et les terres rares.»

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/97810014-665b-11e2-9e0f-0488a6bb7e67/Une_guerre_n%C3%A9anmoins_pour_des_ressources#.UQMB2r881jR

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