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19 mai 2013

L'électrosensibilité due à des agressions répétées au cerveau


Dr. Roy Fox

L’électrosensibilité due à des agressions répétées au cerveau
par André Fauteux, éditeur et rédacteur en chef, Maison du 21e siècle, 15 mai 2013

Les personnes ayant perdu leur tolérance aux polluants ont tout intérêt à les éviter et à se désintoxiquer plutôt que de prendre des médicaments, selon un médecin expert de la Nouvelle-Écosse qui présentera une conférence sur l’électrosensibilité à la foire Projet ÉCOSPHÈRE Montréal, le 25 mai prochain au Parc olympique.




Contrairement aux pratiques médicales courantes ailleurs dans le monde, un des rares experts canadiens en médecine environnementale estime que la meilleure façon de réduire les symptômes d’électrosensibilité et autres hypersensibilités environnementales acquise est d’éviter les agents polluants et de désintoxiquer le corps. De plus, le Dr Roy Fox affirme que la prise de médicaments neuroactifs constitue un dernier recours qui comporte des risques pour les personnes intolérantes aux produits chimiques et aux champs électromagnétiques.

« Jamais je ne prescrirais des antidépresseurs ou des anxiolytiques à une personne souffrant d’électrosensibilité à moins qu’elle ne soit vraiment déprimée ou anxieuse et qu’elle ait déjà entrepris une psychothérapie ou utilisé des techniques d’autogestion des émotions (comme la méditation) qui seraient restés sans effet », nous a expliqué en entrevue téléphonique ce gastroentérologue et professeur de gériatrie à l’Université Dalhousie, à Halifax. « Il faudrait également que la dépression ou l’anxiété soient diagnostiquées selon les critères habituels et constituent un problème clinique sérieux. Bon nombre de patients hypersensibles tolèrent mal les médicaments, notamment les antidépresseurs et anxiolytiques. Les effets secondaires sont plus fréquents. Je ne connais pas d’études qui démontrent les avantages de ces médicaments dans une telle situation. Si je prescris des médicaments, j’anticipe qu’ils seront plus ou moins bien tolérés. Je commence donc par un médicament que je connais bien et qui est habituellement bien toléré, et je prescris une faible dose. »

Un médecin hypersensible


Le Dr Roy Fox parle d’expérience. Il faisait partie des 600 personnes qui ont été intoxiquées en 1990-1991 au Camp Hill Veterans’ Memorial Hospital près de Halifax. L’air intérieur de l’hôpital avait été contaminé par des composés organiques volatils (COV) neurotoxiques, en l’occurrence des amines émis par un produit anticorrosif utilisé dans les chaudières, qui ont été transportés accidentellement dans le système de ventilation de l’édifice.

Plus d’une centaine des 600 personnes affectées, dont des cadres supérieurs comme le Dr Fox, qui était premier directeur du Centre for Health Care of the Elderly, ont par la suite développé une sensibilité ou intolérance multiple aux produits chimiques (mieux connue sous son acronyme anglais MCS pour Multiple Chemical Sensitivity). Plusieurs individus étaient encore handicapés cinq ans plus tard et incapables d’exercer un emploi lucratif.

Perte de tolérance

Environ la moitié de ces personnes ont en outre acquis une hypersensibilité électromagnétique (HSEM), aussi appelée électrosensibilité (ES). « La diminution de l’ES semble aller de pair avec une amélioration de la santé et la réduction de la sensibilité chimique… Chez les quelques patients les plus gravement affectés, la réduction de la charge corporelle totale de polluants ou l’utilisation de techniques de désensibilisation pour réduire la sensibilité et les allergies aux produits chimiques ont eu pour effet d’améliorer de façon significative les symptômes d’ES », écrivait le Dr Fox dans un texte présenté lors de l’Annual International Symposium on Man and his Environment en 1997, qui avait pour thème la bioélectricité. Il expliquait la façon dont les personnes intoxiquées à Camp Hill ont été affectées : « Les amines chargées négativement sont susceptibles d’altérer les caractéristiques électromagnétiques des membranes cellulaires et d’avoir des effets intenses sur certaines fonctions comme leur perméabilité. »

(Dans une lettre qu’il a écrite à une personne hypersensible qui nous l’a fait suivre, l’oncologue parisien Dr Dominique Belpomme souligne que « la plupart des organismes vivants — y compris donc les bactéries — sont électrosensibles. Ce qui individualise l’électrohypersensibilité, c’est que certains organismes susceptibles sous l’effet d’une exposition prolongée aux champs électromagnétiques deviennent plus intolérants que d’autres à de tels champs que normalement ». Il souhaite donc que l’Organisation mondiale de la santé cesse de parler de HSEM et adopte son terme Syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM).)

À la suite de son intoxication à Camp Hill, le Dr Fox a fait des études postdoctorales d’un an en médecine environnementale à Dallas (Texas), à l’Environmental Health Centre (EHCD) et à l’hôpital Tri-City de cette ville. Le Dr William J. Rea, chirurgien thoracique et cardiovasculaire et fondateur de l’EHCD, a cosigné le premier article scientifique décrivant une méthode efficace pour évaluer l’hypersensibilité acquise aux champs électromagnétiques, publié en 1991 dans le Journal of Bioelectricity.

Centre médical d’avant-garde

En 1994, le Dr Fox fut nommé directeur par intérim du Nova Scotia Environmental Health Centre, établissement spécialisé dans le traitement des maladies environnementales. En 1997, il fut nommé directeur au moment où cette institution d’avant-garde déménageait dans un immeuble érigé par la province au coût de 3 millions de dollars. Ce centre médical fut construit avec différents matériaux de construction tolérés par les patients devenus hypersensibles aux produits chimiques. Il en est aujourd’hui le directeur médical et le Centre a été rebaptisé Intergrated Chronic Care Service. Relevant de l’Autorité de santé de la région de Halifax, le Service se spécialise dans le traitement des personnes souffrant de conditions chroniques complexes, souvent d’origine environnementale, comme le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie et les sensibilités environnementales acquises.

« Nous avons toujours de 600 à 700 patients à la fois, dit-il. Certains viennent du Québec, où nos honoraires médicaux sont remboursés parce que la province n’a pas d’établissement semblable. » Le fait que des médecins de la Nouvelle-Écosse soient devenus hypersensibles a « certainement contribué » à convaincre cette province des Maritimes à prendre les maladies environnementales plus au sérieux, reconnaît le Dr Fox.

Un mal croissant

Les intolérances acquises aux produits chimiques et aux champs électromagnétiques ont des caractéristiques semblables à celles de d’autres conditions qui sont surtout causées pas des agressions environnementales sur le système nerveux, précisait le Dr Fox lors de notre entrevue. En 2010, on estimait que 5 % des Canadiens souffraient de sensibilité chimique, de fatigue chronique et/ou de fibromyalgie, et plusieurs étaient trop malades pour travailler à temps plein, selon une étude cosignée par le Dr Lynn Marshall, professeur de médecine familiale à l’Université de Toronto et présidente de l’Environmental Health Institute of Canada. (En 2007, Statistiques Canada révélait que 3 % des Canadiens avaient reçu un diagnostic médical d’hypersensibilité environnementale ou à de multiples produits chimiques.)

Par ailleurs, des sondages européens ont révélé que jusqu’à 13 % des gens disent être devenus électrohypersensibles. De plus, jusqu’à 35 % (2,3 milliards de personnes) des humains semblent atteints d’une perte de tolérance aux champs électromagnétiques (CEM), selon la chercheure ontarienne Magda Havas, experte sur les effets des champs électromagnétiques comme les hautes fréquences transitoires, une forme d’interférence électrique communément appelée électricité sale. « Lorsque nous avons filtré l’électricité sale des salles de classe, 30 à 35 % des enseignants ont vu leur santé s’améliorer », explique cette spécialiste de l’impact des champs électromagnétiques sur la santé, qui travaille à l’Université Trent, à Peterborough. « Je crois que de 1 à 5 % des Canadiens sont extrêmement sensibles et qu’environ 30 à 35 % sont un peu ou modérément sensibles. »

Caractéristiques de l’hypersensibilité

En 1999, six critères faisant consensus ont été identifiés par des chercheurs pour établir le diagnostic d’hypersensibilité chimique multiple, qui peut être déclenchée par une exposition aiguë ou chronique à un produit chimique :
• Les symptômes sont reproductibles avec des expositions répétées aux produits chimiques.
• La condition est chronique.
• De très faibles niveaux d’exposition provoquent la manifestation des symptômes.
• Les symptômes s’atténuent ou disparaissent lorsque les irritants sont supprimés.
• On constate des réactions à de multiples substances non reliées sur le plan chimique.
• Les symptômes affectent plusieurs organes et systèmes corporels.

Surexcitation du système nerveux

Les mêmes critères peuvent être appliqués à l’électrosensibilité, selon le Dr Fox. « Je considère que la sensibilité aux CEM et aux produits chimiques n’est pas une maladie unique et distincte, mais plutôt la manifestation d’un changement sous-jacent du système nerveux central. Dans la littérature, la sensibilité centrale, ou syndrome de sensibilisation, apparaît comme un changement pathophysiologique qui explique la MCS, les migraines, l’irritabilité du côlon et de la vessie, la fibromyalgie, la fatigue chronique et la douleur chronique. Les personnes affectées ont un seuil [de tolérance aux agents stressants] moins élevé et un taux d’excitation du système nerveux plus élevé. Aux États-Unis, le professeur de rhumatologie Muhammad B. Yunus a publié des études sur les syndromes de sensibilité centrale, dont la fibromyalgie. Un grand nombre de facteurs divers entretiennent la sensibilité, par exemple les infections, la dysfonction endocrine, le stress environnemental, le stress psychologique ou l’inflammation chronique des articulations. Les patients apprennent à limiter leurs réactions en évitant de s’exposer aux agents sensibilisants. »

« Bien qu’elle semble être causée par une combinaison de facteurs stressant le système nerveux, l’électrosensibilité est définie par la réactivité aux champs électromagnétiques domestiques [60 Hertz] et de radiofréquences [dont les micro-ondes ou hyperfréquences dans les bandes entre 400 mégahertz et 300 gigahertz]. La première attaque, ou l’aggravation des symptômes, semblent dépendre du degré d’exposition aux CEM émis par les lignes à haute tension, les appareils filés, les antennes de transmission, et les appareils sans fil comme les téléphones mobiles. »

Il n’y a toutefois pas de consensus médical concernant le diagnostic et le traitement des hypersensibilités environnementales, que de nombreux médecins et même l’OMS soupçonnent encore d’être d’origine psychosomatique. Mais le Dr Fox est formel : « Je peux confirmer que 90 % des patients référés à notre Service ont un historique médical confirmant qu’ils sont hypersensibles à l’environnement, dont un sur dix a subi des réactions sévères, comme une crise l’asthme aigu ou d’anaphylaxie. Les hypersensibles ne sont pas plus sujets aux maladies mentales que d’autres groupes de patients. L’électrosensibilité ne s’agit pas d’une phobie », affirme celui qui est l’auteur de plus de 110 articles scientifiques. « Depuis que je travaille dans ce domaine, le diagnostic de psychosomatique ou de maladie somatoforme me dérange toujours. Les gens pensent de manière tellement linéaire, en noir et blanc. La réalité est bien plus complexe. »

Impacts psychologiques

Le Dr Fox comprend pourquoi les médecins ont tendance à poser un tel diagnostic. « C’est vraiment difficile lorsqu’il n’y a pas de confirmation objective ou de traitement immédiat. » Mais tout en réfutant une possible origine psychologique des maladies environnementales, il dit qu’on ne peut ignorer l’impact psychologique d’une sensibilité soudaine à certaines choses que l’on utilise quotidiennement.

« Certains de nos patients sont affectés psychologiquement, mais il s’agit d’un petit nombre, soit moins de 5 %, ce qui n’est pas plus élevé que dans la population en général. Cependant, chez les 95 % restants, des facteurs psychologiques peuvent contribuer à leur malaise et limiter leur potentiel de guérison : le stress de l’isolement et les problèmes financiers, par exemple. Lorsque le système nerveux est surexcité en réaction à un polluant, il manifeste de l’anxiété. Cependant, tout problème de santé qui compromet l’aptitude du corps à fonctionner d’une manière cohésive et normale constitue un stress qui altère le fonctionnement du système nerveux. Le système nerveux d’une personne qui se sent menacée devient hypervigilant afin d’assurer son autodéfense. Une sensibilité accrue est en réalité un mécanisme de surprotection. La vulnérabilité au stress environnemental varie, et les gens y réagissent différemment. Plusieurs systèmes corporels sont habituellement impliqués et la plupart de nos patients ont reçu des diagnostics multiples. »

Depuis l’étude du Dr Rea, qui date de 1991, plusieurs autres ont démontré que l’électrosensibilité est causée par l’exposition aux CEM. C’est ce qu’a également démontré en 2011 le chercheur Andrew Marino, biophysicien et professeur de médecine à la Louisiana State University. Dans le cadre d’une étude contrôlée réalisée en laboratoire en double aveugle, une collègue électrosensible du Dr Marino a été exposée à des champs électriques afin de déclencher des symptômes (ni les chercheurs ni la sujette ne savaient quand les champs étaient émis).

Néanmoins, l’OMS maintient toujours son énoncé de 2005 selon lequel il n’y aurait pas de preuve scientifique liant les symptômes d’EHS à l’exposition aux CEM. Quoi qu’il en soit, le Dr Fox et des milliers d’autres médecins de par le monde (voir les sites des organismes International Commission for Electromagnetic Safety (ICEMS) etCellular Phone Task Force) affirment que ce lien est bien réel.

Difficile à démontrer scientifiquement
 

Le Dr Fox a vu des patients gravement affectés par l’électrohypersensibilité, également appelée sensibilité aux micro-ondes ou sensibilité électrique. Toutefois, il avoue qu’il est difficile de le prouver en exposant les patients aux CEM en laboratoire, comme l’ont fait les Drs Rea et Marino. « J’ai tenté de le faire ici au Centre, mais il est très difficile d’exclure la présence des CEM dans le monde moderne. » Un collègue du Laboratoire de recherche en micro-ondes/RF et sans-fil au département de génie électrique et informatique de l’Université de Dalhousie dispose d’une chambre qui empêche l’intrusion des micro-ondes. Cependant, il s’est avéré difficile de tester nos patients [également hypersensibles aux produits chimiques] dans cette chambre parce que les matériaux de construction dégageaient une forte odeur et émettaient des polluants qui les rendaient malades. » Selon le Dr WJ Rea et le prof. Magda Havas, il est très difficile de prouver cette condition en laboratoire : les plus malades ne peuvent pas tolérer ces tests de provocation et chaque individu réagit à des fréquences différentes ainsi que de façon différente, souvent à retardement.

« Le système nerveux de chaque espèce peut détecter les CEM, mais cette faculté n’est pas développée chez la plupart des humains, ajoute le Dr Fox. Ils n’ont pas appris à reconnaître les CEM parce que ce n’était pas utile à travers l’histoire. Mais lorsque le système nerveux détecte un changement, par exemple lorsqu’il entre dans un champ électromagnétique puissant perçu comme une menace, il se met en mode alerte et a une réaction de lutte ou de fuite. Il est aussi très difficile de calmer cette réaction en évitant l’exposition aux polluants présents dans la vie moderne. De nombreux aspects de la vie moderne peuvent déclencher cet état d’alerte, par exemple les moisissures ou toute substance que le corps perçoit comme nuisible. Notre approche consiste à reconnaître ce fait et à enseigner aux gens à limiter leur exposition aux polluants afin d’abaisser leur seuil d’alerte. »

Grenouille dans l’eau chaude

Un des patients du Dr Fox, intoxiqué à Camp Hill, avait passé de longues heures à l’ordinateur durant une fin de semaine afin de terminer un rapport. Il devint aussi très sensible à l’exposition aux CEM, raconte le Dr Fox. « Une personne travaillant dans le secteur de la production d’énergie lui a mentionné que lui se raccordait à la terre. Il a donc essayé des dispositifs de mise à la terre étayés par des recherches scientifiques ainsi que le Chi Gong. Ses symptômes ont diminué. »

Les personnes dont le système nerveux est constamment en alerte sont celles qui souffrent le plus. « Lorsqu’elles sont soumises à une exposition additionnelle, leur système nerveux, un réseau très complexe, passe de l’ordre au chaos. Ce que nous tenons pour acquis en tant qu’humains est perturbé : cerveau embrouillé, expériences sensorielles désagréables dans certaines parties du corps, douleur, manque de coordination, anxiété et peur. »

Le Dr Fox compare notre réaction aux niveaux croissants de CEM à celle d’une grenouille plongée dans un contenant d’eau chaude dont la température augmente imperceptiblement jusqu’à ce que la grenouille soit cuite. La plupart des gens s’adaptent et tolèrent l’augmentation progressive des CEM et, comme la grenouille, ils restent dans le contenant. Toutefois, les pointes de plus en plus élevées de RF pulsatoires émises par les antennes et les appareils sans fil incitent un grand nombre de personnes à sauter hors du contenant, comme lorsque l’on dépose une grenouille dans de l’eau bouillante.

Désaccord entre médecins

Le Dr Gilles Thériault, professeur d’épidémiologie occupationnelle à l’Université McGill et clinicien à la Clinique de santé au travail et environnementale de l’Institut thoracique de Montréal, est l’un des rares experts médicaux des CEM au Québec. Il est en désaccord avec les scientifiques, comme ceux de la Commission internationale pour la sécurité électromagnétique (ICEMS) et les cosignataires du plus récent rapport BioInitiative 2012 (y compris son collègue de McGill le physicien Paul Héroux), qui affirment que l’exposition chronique à de très faibles CEM peut avoir des effets nocifs sur la santé.

L’an dernier, le Dr Thériault nous a écrit dans un courriel : « Je crois encore qu’il n’y a pas de preuves scientifiques justifiant la crainte des CEM pour la santé humaine. Selon moi, les connaissances sont insuffisantes et je regrette qu’il n’y ait pas plus de fonds affectés à des recherches indépendantes. Beaucoup des patients que je vois à la clinique attribuent leurs symptômes à l’exposition aux CEM ou aux RF. Notre rôle consiste à les diriger vers des soins cliniques adéquats pour traiter leurs maladies sous-jacentes. La dernière chose que je dirais à mes patients serait d’éviter l’exposition aux polluants qu’ils croient nocifs pour eux, puisque cela aggraverait leur crainte et leur soi-disant intolérance. »

Selon le Dr Fox, cette approche est « bonne mais restrictive. Il importe vraiment de ne pas recommander aux gens de se retirer du monde pour vivre sur une île déserte. Toutefois, lorsque toute exposition aggrave l’état d’un malade, celui-ci doit minimiser son exposition afin de laisser le corps entamer son processus de guérison. Nous enseignons encore aux gens à réduire leur exposition aux produits chimiques et aux champs électromagnétiques, et ils se sentent mieux. » D’autre part, il reconnaît que les hypersensibles sont souvent des gens passionnés qui veulent changer le monde. « Ça rend les choses difficiles pour tout le monde. Ceux qui croient que le problème sera résolu lorsque plus personne n’utilisera de téléphone portable peuvent toujours rêver. Ils ne guériront jamais. »

Brundtland est électrosensible

De plus en plus de gens connus se disent hypersensibles aux micro-ondes émises par les téléphones cellulaires, les autres appareils sans fil et certaines même par des antennes de téléphonie, de radio ou de télévision situées dans un rayon d’un à plusieurs kilomètres. Pour sa part, le Dr Gro Harlem Brundland, ancienne première ministre de la Norvège et ancienne directrice exécutive de l’Organisation mondiale de la santé, dit souffrir de maux de tête dès qu’un cellulaire est allumé — et pas nécessairement en communication — dans un rayon de 3 à 4 mètres. (Lire son témoignage livré à Magda Havas devant un auditoire ontarien, en avril 2012.)

Aucun appareil sans fil émettant des micro-ondes n’est d’ailleurs utilisé dans la clinique du Dr Fox. « Nous n’avons pas de sans-fil dans notre Centre et nous encourageons les gens à éteindre leur téléphone cellulaire [le mettre en mode avion]. Lorsque nous avons construit la clinique, nous avons prévu pouvoir couper l’alimentation électrique complètement dans certaines pièces. Nous avons des fluorescents, mais les cliniciens ne les allument pas. Comme tous nos dossiers ont été informatisés au cours des 10 dernières années, nous utilisons des ordinateurs tous les jours, mais ils sont câblés. Nous n’avons pas vu la nécessité d’utiliser le Wi-Fi. »

Université de Toronto : même approche

Le groupe du Dr Marshall au Women’s College Hospital de l’Université de Toronto est du même avis et a même déjà invité le professeur Magda Havas pour en discuter. Comme l’indique son site Web, « Nous, à la Environmental Health Clinic, sommes d’avis que les véritables limites d’exposition sécuritaires aux ordinateurs sans fil (Wi-Fi) et téléphones cellulaires ne sont pas encore connues, alors il serait sage de prendre des précautions. Le Bureau de santé publique [BSP] de Toronto a publié de l’information et une brochure à ce sujet : Cell Phone Use by Children and Youth. »

Quant à l’exposition aux radiofréquences (RF) et aux micro-ondes, la brochure affirme : « La recherche étant limitée, nous ne pouvons pas nier la possibilité que les enfants aient besoin d’une plus grande protection contre les RF. En 2005, le BSP a commencé à sensibiliser les parents à l’importance de minimiser l’utilisation du téléphone cellulaire par les enfants et à d’autres pratiques importantes (…) À l’instar du ministère de la Santé de Grande-Bretagne, le Bureau de santé publique de Toronto recommande que les enfants, notamment les préadolescents, utilisent une ligne terrestre dans la mesure du possible et qu’ils réduisent au maximum l’utilisation du cellulaire, qu’ils limitent la longueur des appels, et qu’ils utilisent un microcasque, une oreillette ou l’option mains libres. » Le Dr Fox va plus loin et ajoute que « Nous avons besoin de règlements et de limites d’exposition pour éviter que les enfants ne passent des heures au téléphone cellulaire. »

Appui de la Nouvelle-Écosse

Malgré l’absence de consensus scientifique sur les causes des maladies environnementales et leurs traitements, le gouvernement et la population de la Nouvelle-Écosse ont soutenu l’approche de l’équipe du Dr Fox : « Au fil des ans, il y a eu beaucoup de controverse, mais il semble que nous soyons mieux acceptés parce nous sommes perçus comme ayant une approche rationnelle. Peu d’observations scientifiques étayent nos connaissances. Les gens doivent considérer non seulement l’impact de la pollution sur le système nerveux, mais aussi le rythme accéléré et sans répit de la vie moderne. De nombreux facteurs contribuent à la stimulation nerveuse chez les humains. Lorsque nous tentons d’aider les gens, nous avons de la difficulté à les convaincre de ralentir. La façon dont nous utilisons nos appareils accélère notre rythme de vie et nous laisse peu de répit. Je médite et j’enseigne aux patients des façons de calmer leur esprit, comme la cohérence cardiaque. L’Institute of HeartMath a réalisé des recherches intéressantes dans ce domaine et a mis au point des outils électroniques pour l’utilisation du biofeedback. » (Détails en français sur coherencecardiaque.ca.)

L’équipe du Dr Fox traite ses patients de manière holiste : « Notre approche thérapeutique consiste à considérer la personne dans sa globalité, au-delà du diagnostic, et de chercher à améliorer son état de santé et à réduire sa réactivité par le biais d’une évaluation pluridisciplinaire. Le traitement comprend des conseils sur le contrôle de l’environnement, sur l’amélioration de l’alimentation pour éviter les aliments non tolérés, l’adaptation du rythme de vie, l’apprentissage de divers exercices, et l’enseignement de différentes approches visant à calmer le système nerveux rendu hyperréactif à cause de l’exposition aux CEM. Bref, notre approche consiste à amener les patients vers un état de santé optimal afin qu’ils puissent utiliser leurs propres ressources pour rétablir leur équilibre. Et cela fonctionne : bien que cette approche n’élimine pas leur sensibilité, ils réagissent moins et gèrent de manière plus efficace leurs symptômes qui finissent par diminuer. »

Le sauna sec est un autre élément clé du traitement car il aide le corps à se désintoxiquer : la sueur contient souvent des neurotoxines, comme les pesticides, et des métaux lourds, comme le plomb et le mercure. « Ces métaux attirent les fréquences électriques comme des aimants et les renforcent », affirme le nutritionniste Brian Clement, directeur du célèbre Hippocrates Health Institute, fondé en Floride en 1956 par Ann Wigmore, pionnière de l’alimentation végétalienne, vivante et riche en enzymes, complétée par l’exercice, une attitude positive et des thérapies non invasives.

Le Dr Fox offre un dernier conseil, le plus important peut-être : « Pour créer de l’espace dans sa vie, il ne s’agit pas de cesser toute activité, mais plutôt de trouver son propre rythme et de ne pas solliciter le corps au-delà de ses capacités. Et pour ce faire, il faut être conscient de ces capacités. »

Enfin, lorsqu’on lui demande pourquoi il n’offre pas le même traitement que le Dallas EHC, le Dr Fox explique : « Les naturopathes et les spécialistes en médecine environnementale ajoutent différents types de nutriments, de vitamines et de minéraux pour détoxifier le corps. Les preuves que cette approche améliore le résultat final sont minces. Selon moi, elle ne fait qu’aggraver la situation chez les patients très sensibles. Certains des produits recommandés sont dispendieux, et je préfère que les gens dont les moyens sont limités dépensent leur argent sur des choses qui vont améliorer leur santé à long terme, comme des changements dans leur demeure, etc. S’il nettoie son environnement et s’il modifie son alimentation et fait attention aux produits personnels qu’il utilise, un individu pourra se détoxifier à un rythme qu’il peut soutenir. Nous offrons l’usage du sauna à infrarouge, et nous utilisons le magnésium par voie intraveineuse pour soulager la fatigue et la douleur chez certains patients qui semblent avoir une carence de ce minéral. Il y a peu de preuve pour appuyer l’utilisation de certains des traitements offerts à Dallas. Plusieurs traitements sont utilisés pour améliorer le système immunitaire, mais il y a peu d’indications qui appuient le fait que le système immunitaire est endommagé ou déficient. On peut se demander pourquoi Dallas et les différentes approches naturopathiques ne considèrent pas la personne dans son ensemble et pourquoi ils ne se penchent pas sur le problème d’un système nerveux surexcité. »

À propos de l'auteur (Profil de l'auteur)
Journaliste de profession, André Fauteux s’est spécialisé en maisons saines et écologiques en 1990. Il a lancé en 1994 le premier magazine canadien en la matière, la Maison du 21e siècle, dont il est toujours l'éditeur et le rédacteur en chef.

http://maisonsaine.ca/lelectrosensibilite-due-a-des-agressions-repetees-au-cerveau/

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