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29 juil. 2013

Gaz de schiste : Une étude sur les risques de pollution

par Sylvestre Huet, Libération, 18 juillet 2013

Oui, on trouve des traces de méthane dans les eaux souterraines aux alentours d’exploitations de gaz de schiste. Le propos n’émane pas d’une ONG militante, mais de scientifiques et universitaires.

Il a été publié dans une revue à comité de lecture respectée : les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Les neuf chercheurs américains auteurs de l’article (1) ont analysé l’eau potable de 141 puits utilisés par des familles du nord-est de la Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Une région où l’exploitation des gaz de schiste par la technique de la fracturation hydraulique bat son plein.

Les scientifiques ont détecté des concentrations en méthane dans les échantillons d’eau 6 fois plus fortes en moyenne dans les 59 puits situés à moins d’un kilomètre d’une exploitation de gaz de schiste. Pour l’éthane, les concentrations sont 23 fois plus élevées. Et du propane a été détecté dans 10 échantillons, provenant tous de puits situés à moins d’un kilomètre d’une exploitation. En termes de normes sanitaires, 12 échantillons dépassaient la limite des 28 mg/litre de méthane - avec un maximum près de 70 mg/l -, à partir de laquelle les autorités recommandent une action immédiate pour y remédier.

L’analyse très précise des caractéristiques - notamment isotopiques - des gaz détectés a permis aux chercheurs d’exclure d’autres causes (géologiques) que l’exploitation des gaz de schiste à ces observations. En revanche, les analyses n’ont montré aucun signal de contamination par les métaux, la radioactivité ou les sels, dans des études antérieures.

L’origine de ces contaminations semble, selon les chercheurs, plus liée à la mauvaise qualité de certains puits d’exploitation et de leurs étanchéités en ciment : des réalisations violant les règles en vigueur. Des transgressions d’ailleurs souvent relevées par les autorités locales, notent-ils. En revanche, la fracturation des roches souterraines, nécessaire à l’extraction et opérée par l’injection brutale de liquides chargés en sable et produits chimiques, ne semble pas à l’origine de la migration des gaz vers les puits d’eau potable. L’un des indices qui conduisent les chercheurs à cette conclusion est qu’aucune contamination n’a été relevée dans certains des puits situés à moins d’un kilomètre, voire 500 mètres, d’une exploitation. Il faut noter que cette démonstration ne vaut que pour le site étudié, puisque ce risque de migration dépend surtout des particularités géologiques locales.

D’où la conclusion très mesurée des scientifiques : «Nous devons comprendre pourquoi, dans certains cas, l’extraction du gaz de schiste contamine les eaux souterraines et comment éviter que cela arrive partout.» Certes, elle s’explique par le degré de danger sanitaire relevé, puisque la contamination ne concerne pas tous les puits. Mais aussi par la mention de recherches n’ayant pas détecté de contamination des eaux potables dans une autre région d’extraction - la formation de Fayetteville dans l’Arkansas - à la géologie différente.

Mais si l’alerte est lancée sur un mode plutôt soft, c’est également en raison de la pétition de principe initiale de l’article quant à l’importance énergétique des gaz de schiste pour l’économie américaine, présentée comme «un bénéfice» par les auteurs. Les sources non conventionnelles contribuent désormais à la moitié de la production de gaz naturel des Etats-Unis, qui a augmenté de 30% depuis 2005. Ne remettant pas en cause cette politique énergétique, les chercheurs estiment que la transparence des données et l’action des agences de sécurité sanitaire devront construire une «connaissance et une confiance du public» envers cette industrie extractive.

(1) Robert Jackson et al., «PNAS» du 9 juillet 2013.

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2013/07/gaz-de-schiste-une-%C3%A9tude-sur-les-risques-de-pollution.html

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