Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

6 juil. 2013

Suisse : Les Verts neuchâtelois préparent une initiative contre le gaz de schiste

"Un rapport confidentiel de Celtique Energie, révèle que la société britannique recherche du gaz de schiste sous la chaîne du Jura, alors qu’officiellement elle affirme vouloir prospecter uniquement des hydrocarbures conventionnels..." Noiraigue (canton Neuchâtel) est l’un des sites les plus prometteurs.  "Les écologistes craignent qu’il y ait du gaz dans l’eau... qui alimente les deux tiers de la population du canton de Neuchâtel.  Les Verts neuchâtelois préparent une initiative contre le gaz de schiste, 'visant
l’interdiction des forages d’hydrocarbures menaçant les ressources en eau potable, ainsi que ceux destinés à l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels, tel que le gaz de schiste, sur le territoire neuchâtelois'.  Ils considèrent que 'les risques pour les réserves d’eau potable alimentant 70% de la population du canton sont inacceptables'."  (Réf :  "Les Verts neuchâtelois préparent une initiative contre le gaz de schiste", arcinfo.ch, 20 juin 2013).

Lire aussi des extraits de cet article, publié dans Le Courrier :

Celtique Energie convoite le gaz de schiste neuchâtelois
par Claude Grimm, Le Courrier, 12 juin 2013



Un rapport confidentiel de Celtique Energie révèle que la société britannique recherche du gaz de schiste sous la chaîne du Jura, alors qu’officiellement elle affirme vouloir prospecter uniquement des hydrocarbures conventionnels. Noiraigue est l’un des sites les plus prometteurs.

Les écologistes craignent qu’il y ait du gaz dans l’eau... qui alimente les deux tiers de la population du canton de Neuchâtel. Il se pourrait cependant plutôt qu’il y ait de l’eau dans le gaz pour Celtique Energie Petroleum Ltd, qui ambitionne de rechercher et d’exploiter des hydrocarbures dans le sous-sol de Noiraigue, sur le territoire de la commune de Val-de-Travers (NE), ainsi que dans l’ensemble de la chaîne du Jura, des deux côtés de la frontière.

Dans deux documents internes destinés aux investisseurs – un rapport confidentiel et un diaporama –, que Le Courrier a pu se procurer, la société britannique affiche clairement son ambition d’exploiter du gaz de schiste. Il pourrait même s’agir d’un objectif prioritaire: le rapport révèle en effet qu’en comparaison avec le potentiel du gaz naturel, celui du gaz de schiste serait énorme.

Pourtant, la société Celtique Energie Neuchâtel SA, créée en 2009 avec 100 000 francs de capital-actions, ne déclare officiellement que deux objectifs pour le projet du Cygne blanc à Noiraigue: l’exploitation du gaz naturel, dont le réservoir pourrait, selon des études, atteindre 30 milliards de m3, dont 20 exploitables, soit l’équivalent de sept ans de consommation nationale. En cas d’échec du forage de prospection, la société envisage une solution alternative: stocker du gaz importé dans les couches imperméables de sel afin de pallier aux fluctuations des prix internationaux.

Gaz de schiste exclu, selon Celtique

Un peu partout dans le monde, l’opposition au gaz de schiste et à la technique de «fracking», fracturation hydraulique, s’organise. En cause notamment, les révélations aux Etats-Unis, où on comptait près de 500 000 puits d’exploitation en 2011, sur les eaux polluées, les robinets qui s’enflamment, les terrains qui s’effondrent et les boues radioactives. Pourtant, Celtique Energie Neuchâtel est catégorique: «En aucun cas la compagnie ne recherche de gaz de schiste», affirme-t-elle sur son site internet. «La transparence et l’information représentent les fondements essentiels à la réussite d’un projet» et «l’une des valeurs premières de l’entreprise», lit-on encore un peu plus loin…

Risques pour l’eau potable: des avis divergents

La grande question est de savoir si le forage du Val-de-Travers traversera les nappes aquifères – de l’Hauterivien, du Malm et du Dogger. Le cas échéant, cela pourrait engendrer des pollutions de l’eau potable provenant des sources des gorges de l’Areuse, en aval de Noiraigue, qui alimente les deux tiers de la population du canton. Il est donc impératif d’éviter de contaminer les eaux souterraines et de mettre en connexion des aquifères situés dans des couches géologiques différentes.

C’est pourquoi, alors qu’une notice d’impact est d’ordinaire suffisante pour un projet exploratoire, que des études complémentaires portant notamment sur les questions hydrologiques et géologiques ont été demandées à Celtique Energie Neuchâtel SA.

Le Grand Conseil a accordé à Celtique, par décret du 1er septembre 2010, le principe de l’octroi d’une concession d’exploitation d’hydrocarbures en cas de découverte. L’entreprise a donc l’intention d’effectuer, fin 2013, un forage exploratoire profond afin de vérifier la présence de gaz naturel, puis de l’exploiter si les réserves sont suffisantes.

Si gisement de gaz il y a, il se situe dans une couche perméable de grès, appelée Buntsandstein, à environ 2300 mètres de profondeur. Sa partie supérieure forme un dôme étanche constitué d’évaporites (notamment des sels) qui, s’il n’est pas fracturé, a pu permettre la création d’une poche d’hydrocarbures.

Celtique Energie se veut rassurante quant à la technique de forage utilisée, le rotary, couramment utilisée pour forer les puits hydrauliques et pour la géothermie, et non celle de la fracturation hydraulique ou chimique, assure l’entreprise: «Après la traversée de l’aquifère, un tubage en acier isole le forage de façon étanche et permanente» afin de «garantir une protection maximale des nappes phréatiques.»

«On ne dit pas qu’il n’y a pas de risque, mais que le risque est minime», affirme Thomas Borer, consultant pour Celtique en Suisse. «Dans le monde, des milliers de forage de ce type, en particulier en milieu karstique, ont été faits, sans que cela ne pose problème. Il s’agit d’une technique aujourd’hui bien maîtrisée», poursuit-il.

Etonnamment, alors que les résultats des études complémentaires n’ont pas encore été révélés, Celtique annonce sur son site internet: «Le forage du puits évitera tout contact avec les eaux potables: il ne recoupera vraisemblablement pas l’aquifère du Crétacé (Hauterivien, ndlr) ou l’aquifère du Malm.»

Des conclusions que confirme le professeur Philippe Renard, du Centre d’hydrogéologie et de géothermie (CHYN) de l’université de Neuchâtel, qui a réalisé une modélisation 3D de la structure géologique du sous-sol de la région de Noiraigue: «A la suite des observations de surface sur la géologie, on pense que l’aquifère principal du Malm, présent dans la plupart des sources karstiques, ne recoupe pas le forage. Quant à la modélisation des écoulements effectuée par l’entreprise allemande DHI-WHASI, elle nous dira s’il y a un risque de connexion hydraulique entre le forage et les sources. Mais il ne s’agira pas d’une connexion hydraulique directe, l’aquifère du Malm ne se trouvant pas là.»

«La circulation des eaux souterraines dans ce système est particulièrement complexe, avec des plis, failles, fractures naturelles, cavernes, etc. Si les études en cours indiquent, malgré les connaissances actuelles, que l’intégralité des aquifères n’est pas directement affectée, alors il serait souhaitable d’envisager une contre-expertise», déclare Sergio Santiago, géologue et conseiller général écologiste à Val-de-Travers. Il est cependant convaincu que «les études complémentaires, aussi détaillées soient-elles, ne permettront pas d’exclure totalement le risque de pollution inévitablement engendré par un forage de cette ampleur».

Roland Stettler, géologue, ancien chimiste des eaux et délégué à l’environnement de la Ville de Neuchâtel, n’est pas opposé à l’idée de rechercher du gaz naturel, mais il estime qu’il s’agit «du pire endroit du canton pour envisager un tel projet». «Lors des forages, même en géothermie, on ajoute des additifs lorsqu’on traverse des couches de grès, qui se referment. Si on trouve du gaz, le risque est que des remontées de gaz polluent l’eau. Je vois aussi d’un mauvais œil la création d’un réservoir pour du gaz importé car il sera difficile d’assurer son étanchéité à 100%», relève-t-il.

C’est donc au nom du principe de précaution que les Verts ont adopté à l’unanimité, lors de leur assemblée générale du 1er juin, une résolution contre ce projet de forage d’hydrocarbures. La semaine dernière, c’était au tour des Villes de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel de s’opposer à tout forage, même à titre exploratoire, estimant qu’«une mise en danger de cette ressource vitale pour la région n’est pas tolérable». Quant aux autorités de Val-de-Travers, elles refusent de prendre position avant de connaître les résultats des études complémentaires, qui devraient leur être présentées cette semaine.

Par ailleurs, les habitants de Noiraigue commencent à s’interroger sur les impacts de ce projet et à s’inquiéter des intentions réelles de Celtique Energie. Les prémices d’une mobilisation citoyenne?

Le Jura comparé aux Etats-Unis

Les documents confidentiels de Celtique Energie Petroleum Ltd que Le Courrier s’est procurés révèlent quelques informations très instructives. Dans le diaporama daté du 4 décembre 2012, que la compagnie a très probablement réalisé à l’intention d’investisseurs, elle indique noir sur blanc, sur une coupe stratigraphique du Jura, qu’elle vise les gaz de schiste dans les étages de l’Autunien, particulièrement favorables à leur formation, et du Toarcien.

Elle va même jusqu’à comparer dans des tableaux le potentiel des gisements de schiste de l’ensemble de la chaîne jurassienne avec la situation de six sites de gaz de schiste aux Etats-Unis, le pays au monde qui en exploite le plus. Résultat? Ces données montrent que les potentiels jurassiens et américains sont... comparables!

http://www.lecourrier.ch/110340/celtique_energie_convoite_le_gaz_de_schiste_neuchatelois

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire