Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

18 sept. 2013

Le système tue tout le monde


Lire le livre, « Infobésité » par Caroline Sauvajol-Rialland, publié en 2013, sur la surcharge informationnelle :

« Un cadre reçoit aujourd’hui un volume d’informations 10 fois supérieur à ce qu’il recevait il y a 15 ans et produit environ 10% de données de plus chaque année. Et l’humanité n’est pas en reste en affichant une production d’informations plus importante au cour des 30 dernières années qu’en 5'000 ans d’histoire. » 


L’ouvrage « s’interroge sur notre relation à l’information dans un contexte de généralisation du sentiment d’urgence… L’information serait-elle désormais davantage source de risques et de contraintes que de création de valeur pour les personnes comme pour les organisations ? Sommes-nous les victimes consentantes des nouvelles technologies ? » Selon une étude de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) publiée en 2007, appliqué à la France, pour une population active à l’époque de 27,8 millions de personnes, « le coût social a minima du ‘job strain’ est compris entre 1,9 et 3 milliards d’euros, incluant le coût des soins et la perte de richesse pour cause d’absentéisme, de cessation prématurée d’activité et de décès prématuré. »



Le système tue tout le monde, pas seulement les pauvres
par Massimo Fini, fortune.fdesouche.come, publié le 14 septembre 2013 par H€nri

En Suisse, en l’espace de quelques semaines, deux grands managers se sont suicidés : Pierre Wauthier, 53 ans, directeur financier de Zurich, un colosse de l’assurance, et Carsten Schloter, 49 ans, leader de Swisscomm Telecommunications. Wauthier était tendu, stressé par son chef qui le pressait d’atteindre des objectifs toujours plus élevés, jusqu’à ce que, n’y tenant plus, il se suicide. Le cas de Schloter est encore plus significatif, il a en effet laissé le mot suivant : « On ne peut pas rester connecté au travail 24h sur 24, rayer totalement la famille, les enfants, on ne peut pas oublier de vivre. »

Le modèle de développement actuel a réussi la misérable prouesse de faire se sentir mal même ceux qui vont bien. Alors, imaginons ce que c’est pour les autres. Tout part de la compétition économique, un concept hérité de la Révolution industrielle, parfaitement inconnu auparavant, et dont les effets dévastateurs ont été amplifiés par le phénomène de la globalisation. Ce dernier a lui aussi débuté vers le milieu du XVIIIe siècle, et est arrivé à pleine maturation aujourd’hui avec l’adoption du modèle de développement occidental par presque tous les pays dans le monde.

Compétition entre individus, compétition entre entreprises, compétition entre États, tout cela en massacrant la personne humaine. Nous admirons et redoutons la croissance chinoise, mais depuis que le boom économique a commencé sur les terres de Confucius, le suicide est devenu la première cause de mortalité parmi les jeunes, et la troisième parmi les adultes. Dans les usines chinoises, où l’on assemble les composants des produits Apple et où les ouvriers travaillent 16 heures par jour, ils ont dû tendre des filets de sauvetage pour empêcher les pauvres bougres de se jeter du toit et de se tuer. Peut-être vivaient-ils mieux lorsqu’ils se contentaient de leur bol de riz.

Les auteurs classiques de l’économie libériste, Adam Smith et David Ricardo, soutenaient que la compétition est une bonne chose, car elle faire baisser les prix et profite donc au consommateur (ce personnage sinistre qui a émergé lui aussi à notre époque moderne). Il ne me semble pas que cela se soit produit. Les prix des biens essentiels, la nourriture, l’habillement, le logement n’ont fait qu’augmenter, même en tenant compte de l’augmentation des salaires ; les seules choses dont le prix a diminué sont les objets inutiles, dont personne n’avait jamais ressenti le besoin avant.

Mais il y a surtout cette innovation psychologique qui est étroitement liée à la compétition économique, et que Ludwig von Mises, renversant 20 siècles de pensée occidentale et orientale a parfaitement résumée par cette phrase : « Ce n’est pas bien de se contenter de ce que l’on a. » Et cela a jeté les bases, comme s’il y en avait besoin, de l’insatisfaction et du malheur de l’homme. Car ce que l’on ne possède pas est sans limites ; une fois atteint un objectif, il faut un autre – contraints que nous sommes par ce mécanisme inéluctable qui nous domine et sur lequel s’appuie le système -, et encore un autre, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’on éclate, et que l’on suit remplacé par quelqu’un d’autre.

En fait, les chômeurs se trouveraient dans la position idéale s’ils n’étaient pas taraudés par le besoin d’avoir ce qu’ils n’ont pas et que les autres possèdent. Vivre sans travailler a toujours été le rêve de tout homme, tant qu’il a eu un cerveau pour réfléchir.

Voilà quelques années, par une sombre journée d’octobre, je me trouvais sur l’une des splendides plages d’Agrigento (dommage qu’à 100 m de là se trouve la sortie des égouts). La plage était déserte. Il y avait seulement un garçon à quelques mètres de moi. J’engageai la conversation. Il me raconta qu’il avait travaillé les quatre mois d’hiver comme maçon à Turin, et le reste du temps il le passait dans sa ville natale à vivre de ce qu’il avait gagné en pouvant compter sur la partie de sa famille qui était restée dans le Sud. « Bien-sûr, disait-il, je ne peux pas m’acheter une Porsche, mais ce que j’ai, c’est le temps ». Je lui répondis : « cher jeune homme, tu ne le sais peut-être pas, mais tu es un philosophe. » Et nous au contraire, nous sommes tous de savants crétins.

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