Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

21 oct. 2013

Quand l'électrosensibilité entre en littérature

"En janvier 2012, alors qu’il travaille à un nouveau roman, Jean-Yves Cendrey se voit soudain affecté de troubles physiques aussi intenses que persistants qui l’obligent à abandonner l’ouvrage en cours. Tandis que les médecins demeurent impuissants à délivrer n diagnostic, l’écrivain, incarcéré dans un corps souffrant inédit, affronte l’angoisse de se voir irrémédiablement glisser vers le néant. Mais, au terme de maintes épreuves, il débusque son invisible agresseur, lequel n’est autre que notre univers saturé d’ondes électromagnétiques. Contraint d’assumer son nouveau statut de « sujet électrosensible », il rejoint ainsi la cohorte de ces sacrifiés dont la pathologie fait l’objet, de la part de nos sociétés, d’un persévérant déni."  (Point de vue des éditeurs, posté sur le site de Priartem.)

Jean-Yves Cendrey, l'écrivain électro-hypersensible
par Odile Benyahia-Kouider, Nouvel Observateur, 1er octobre 2013

En 2012, pris de malaises à Berlin, l'écrivain français découvre qu'il est EHS. Il s'insurge contre le tout-technologique. De notre envoyée spéciale en Allemagne.



Jean-Yves Cendrey, le Tarass Boulba de la littérature française, reprend du service. Avec sa musculature de boxeur et son regard de fauve écorché vif, on le sent prêt à décocher un uppercut à la moindre raillerie. Après des années de récits tourmentés, liés à la découverte de deux affaires de pédophilie, l'une dans le village normand de Cormeilles et l'autre à Aix-en-Provence, l'indocile écrivain coulait des jours heureux à Berlin avec son épouse, la romancière Marie NDiaye, et leurs enfants. Cendrey travaillait à son troisième roman berlinois quand il a été pris, au début de l'année 2012, de maux violents. Migraines continues, raideur dans la nuque, sensation de vertige, brûlures au visage, genoux en compote, brusques aphasies, insomnies, bourdonnements d'oreille, malaises...

« Battling Cendrey » à terre ? Inimaginable. N'ayant jamais souffert d'autre maladie que du rhume des foins, l'imprécateur de Cormeilles ne s'épargne aucun examen. Le cerveau, le coeur, le sang, tout y passe. Rien. Et pourtant la douleur persiste. Mais pas partout. Dans son appartement berlinois, c'est l'enfer. Dans sa maison des bords de la Garonne, il revit.

Après moult voyages plus épiques et drolatiques les uns que les autres, le narrateur de «Schproum» finit par découvrir le pot aux roses. Car son fils aussi est subitement pris de maux de tête et de saignements de nez. A Berlin, une antenne-relais a été plantée à moins de 100 mètres de ses fenêtres. En Gironde, en revanche, pas d'antenne à proximité, ni de wi-fi.

Jean-Yves Cendrey en est certain: il est devenu EHS, électro-hypersensible. Pour échapper aux «mauvaises ondes», la famille abandonne en octobre 2012 le spacieux appartement de Charlottenburg pour se réfugier sur les hauteurs de Berlin-Ouest, dans l'immeuble du Corbusier. Le célèbre immeuble de dix-sept étages fonctionne comme une cage de Faraday: il protège ses habitants des nuisances électromagnétiques.

Une fois le sommeil retrouvé, Jean-Yves Cendrey peut se remettre à l'ouvrage. Le roman devient brûlot:

"On m'a dépossédé de ma liberté puisque j'ai dû faire le deuil de mon roman avorté pour raconter le récit de mon mal, explique le persifleur de génie. On m'a attaqué en tant qu'écrivain."

Dans « les Jouets vivants » et « Corps ensaignant », Jean-Yves Cendrey dénonçait l'inaction de l'Education nationale, de la justice et de la police, autant d'institutions défaillantes qui l'avaient poussé à livrer lui-même aux gendarmes l'instituteur pédophile qui sévissait à Cormeilles dans l'indifférence générale.

Dans « Schproum », l'anar poétique est son propre cobaye. Avec son style truculent, le pourfendeur de la monstruosité ordinaire interroge les pouvoirs publics sur leur manque de réactivité et ses contemporains sur le monde qu'ils ont bâti. Chacun veut avoir accès à la technologie, sans en mesurer les conséquences.

"Le summum du cynisme, s'insurge Jean-Yves Cendrey, c'est qu'on pousse des copropriétés à accepter une antenne sur leur toit en expliquant qu'on ne risque rien quand on est en dessous. Alors les voisins d'en face, on s'en fout ?"

Inutile de lui signaler que les scientifiques n'ont pas encore établi de lien direct entre les douleurs des EHS et les ondes.

"Il faut s'écarter du scientisme, coupe l'écrivain, et en revenir à une forme de sagesse populaire. La société veut nous faire renoncer à notre savoir empirique pour nous imposer une médecine de laboratoire. Il faut revenir à une médecine de symptômes telle qu'elle a cours dans d'autres pays, notamment en Asie. Quand les abeilles meurent par millions à cause des pesticides et que les pêcheurs de la Garonne vous disent que les anguilles sont invendables tant elles sont infestées de PCB, il n'y a pas besoin de faire de grandes études pour savoir de quoi il retourne."

Jean-Yves Cendrey n'a jamais milité dans une association ni un parti politique. D'ailleurs il ne vote plus depuis longtemps. Ces mois de souffrance n'ont nullement altéré sa lucidité et sa capacité de révolte. C'est la première fois qu'un écrivain français s'intéresse aux ondes. Son témoignage mérite d'être pris au sérieux.

Schproum, par Jean-Yves Cendrey,
Actes Sud, 202 p., 19,8

http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2013/20130930.OBS9100/jean-yves-cendrey-l-ecrivain-electro-hypersensible.html

1 commentaire:

  1. BRAVO !
    Les électro-sensibles (EHS) ont à présent un écrivain dans leurs rangs !
    Cette catégorie croissante de citoyens qui sont effectivement dépossédés de leur libertés, liberté de vaquer en ville, liberté d'emprunter les transports publiques, liberté d'assister à un spectacle, liberté de baignade à la plage ou à la piscine, liberté de se rendre dans une administration, liberté vestimentaire puisque ces gens doivent porter des vêtements de protection blindés, y compris -et surtout- sur la tête et le visage !
    La plupart des électro-sensibles ne savent même pas de quoi ils souffrent car l'immense majorité des médecins pratiquant réfutent l’existence même de cette « allergie ». Donc ces patients sont laissés pour compte et leur situation ne va qu'empirer car l'irradiation est cumulative !
    Pourtant, un document de l'organisation mondiale de la santé (OMS) datant de 1974 décrit déjà tous les symptômes de la maladie des ondes connue depuis l'invention du Radar dans la fin des années 1930. Le comble de l'irone est que ce document est archivé dans la bibliothèque de notre Office fédéral de la santé publique qui continue de prétendre que les micro-ondes ne causent aucun trouble de la santé.
    Lien vers une copie pdf du document
    "Biologic Effects and Health Hazards of Microwave Radiation"
    WHO International Symposium Research Agreement No. 05-609-04
    http://mistic.heig-vd.ch/taillard/microwave_effects/

    S. Berger
    Devenu EHS en 2011
    24.10.13

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