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28 janv. 2014

France : Le calvaire d'un électrosensible

Le calvaire d’un électrosensible
par Mélanie Carnot, Courrier picard, 
27 janvier 2014

Raoul Périchon, le porte-parole du collectif Voisinlieu sans ondes nocives, à Beauvais, est électrosensible. Les députés viennent de voter une loi pour reconnaître cette souffrance.

Il nous accueille chez lui à une seule condition : une fois la cour de sa maison franchie, « pouvez-vous mettre votre téléphone portable hors ligne s’il vous plaît ? » Une première approche qui peut paraître « abrupte ». Mais elle est nécessaire pour que Raoul Périchon livre son témoignage : cet habitant du quartier Voisinlieu, à Beauvais, est électrosensible. Il fait partie des personnes qui se disent allergiques aux ondes et aux champs électromagnétiques.

Au pied de sa maison trône encore l’antenne relais promise au déménagement par les opérateurs, contre laquelle ce professeur d’histoire mène un combat depuis bientôt trois ans au sein du collectif VSON (Voisinlieu sans ondes nocives). Depuis qu’il a découvert sa maladie, sur laquelle beaucoup de scientifiques et médecins s’opposent, certains parlent de « croyances ».

Le calvaire a commencé en mai 2011, pendant un voyage en Sicile, pour cet homme sportif, jusqu’alors en bonne santé. « Dans l’avion, je n’étais pas bien. Ça me brûlait dans la tête. Je m’étais déjà renseigné sur l’électrosensibilité. » À son retour, la souffrance est devenue permanente. « Je ressentais des crispations dans tout le corps, des décharges électriques aux extrémités. Je fuyais toutes les pièces de la maison. C’était invivable. »

La fin des loisirs simples

Par tous les moyens, Raoul Périchon essaie de chasser ce qui est à l’origine de ses maux : téléphone portable, wifi, il va jusqu’à demander à sa voisine de couper son mobile. « Je lui ai expliqué mon électrosensibilité. Elle a tout de suite compris. » À l’été 2011, l’enseignant s’équipe d’un appareil mesurant les hautes fréquences pour trouver la pièce où il pouvait le mieux dormir.

« Dans ma famille, on a commencé à vivre différemment. C’était très difficile à admettre au début. Je ne pouvais plus me trouver dans la salle à manger, manger avec mes enfants. »

C’est à Paris, auprès du professeur Dominique Belpomme, cancérologue reconnu convaincu de la dangerosité des ondes et champs électromagnétiques, que le Beauvaisien trouve un traitement. « J’ai subi des tests qui ont prouvé que j’avais un taux de mercure sensiblement dix fois supérieures la norme. » Favorable aux méthodes douces, Raoul Périchon suit un régime strict, passe uniquement au « bio », et s’en sort progressivement.

Sa vie sociale en devient complètement chamboulée. Lui, le président d’association, ne pouvait plus tenir de réunion, ni assister à des conférences. « Difficile de demander à une assemblée complète d’éteindre son téléphone. » Les restaurants, le cinéma, finis, le jardinage au plus près de l’antenne relais, impossible. Au travail, Raoul Périchon a eu la chance d’être compris par le proviseur. « J’ai demandé de travailler dans un bâtiment privé de wifi.

Aujourd’hui, j’enseigne dans une classe où je confisque tous les téléphones portables de mes élèves au début du cours. Certains outrepassent cette règle et je ressens les ondes au bout d’une heure. »

Dans la salle des professeurs, l’enseignant avoue être devenu « un ovni ». « Je ne fais qu’y passer. À la rentrée 2011, j’ai quasi fait mes adieux à mes collègues. Toute la convivialité de mon métier a disparu à cause de mon électrosensibilité. Si je reste, je leur demande de mettre leur téléphone hors ligne. Mais j’ai l’impression d’être devenu gênant. Alors que nous électrosensibles, nous pourrions être des lanceurs d’alerte. Car de plus en plus de personnes sont concernées. »

Un pas vient d’être franchi pour la reconnaissance de ce trouble, encore peu connu et médiatisé dans notre société. Le 23 janvier dernier, l’Assemblée nationale a voté une loi pour limiter l’exposition aux ondes électromagnétiques. Elle prévoit « l’opportunité de créer des zones à rayonnements électromagnétiques limités, notamment en milieu urbain, les conditions de prise en compte de l'électrohypersensibilité en milieu professionnel et l'efficacité des dispositifs d'isolement aux ondes ».

Mais le texte soumis aux députés reste modéré par rapport à sa première version et ne satisfait pas pleinement les associations anti-ondes. « Je connais des électrosensibles qui vivent complètement isolés, incompris. Heureusement que ma famille est là », témoigne Raoul Périchon, qui croit en l’utilité de la création de zones blanches en campagne.

MÉLANIE CARNOT

http://www.courrier-picard.fr/region/le-calvaire-d-un-electrosensible-ia186b0n300919

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