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29 janv. 2014

Suisse : Les réseaux sociaux ne laissent aucun répit aux élèves

Une dispute mineure sur les réseaux sociaux entre un collégien de Pully et un autre de Béthusy serait à l'origine du rixe à Lausanne. Décidés à régler leur différend face à face, les deux protagonistes ont fait appel à des amis pour les accompagner... Une bonne trentaine de jeunes - apparemment 16 Lausannois et 19 de Pully âgés pour la plupart entre 14 et 16 ans - se sont retrouvés. (Réf : Arcinfo.ch)

Les réseaux sociaux ne laissent aucun répit aux élèves

par Laureline Duvillard, 24 heures
24 janvier 2014

La rixe entre des collégiens de lundi soulève la question de l’impact de la vie sociale virtuelle dans le cadre scolaire

Il se dressait seul dans un coin de la cour et avait l’habitude d’essuyer les déjections verbales de ses collègues du préau. Les heures d’école étaient un cauchemar, mais, de retour chez lui, à l’abri, il pouvait souffler un peu. Le bouc émissaire d’autrefois n’aurait, aujourd’hui, aucun répit. Via Facebook, Whats-App on Twitter, les messages menaçants ou insultants peuvent fuser « 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 », comme le souligne Sébastien Gendre, responsable du département Prévention et formation d’Action Innocence. Une association de protection de l’enfance sur internet qui intervient régulièrement dans les établissements scolaires de Suisse romande, pour sensibiliser les enfants et les adolescents à une utilisation adéquate du web et des réseaux sociaux.

Car si les dérapages surviennent généralement hors des heures de cours, ils rejaillissent dans le cadre scolaire. La bagarre qui a opposé seize élèves lausannois à dix-neuf élèves pulliérans, lundi, après des insultes proférées sur Facebook, WhatsApp ou Twitter, est l’exemple d’une violence virtuelle qui dégénère jusque dans les couloirs d’un collège.

Menaces et diffamation

« Nous avons assez régulièrement des élèves qui viennent se plaindre d’insultes sur les réseaux sociaux et, dernièrement, nous avons eu plusieurs cas de photos compromettantes qui ont tourné sur le web », explique Jean-François Martin, doyen de l’Etablissement primaire et secondaire de Vevey. « Il s’agit donc plus de problèmes individuels que de grosses bagarres, mais ils sont parfois assez graves, au point que nous avons déjà poussé des parents à porter plainte. »

Les rixes d’envergure planifiées sur les réseaux sociaux restent donc marginales. Par contre, les cas de violence verbale, de menace et de diffamation sont monnaie courante. « Il est rare d’arriver dans une école où il ne s’est jamais rien passé, relève Sébastien Gendre. Même si la majorité des élèves se comporte bien, il suffit d’un cas pour que tout l’établissement soit concerné. Et les situations ne sont jamais simples, les réseaux sociaux rendent l’audience large et la diffusion rapide. » S’ensuit une perte de maîtrise de l’image ou du message.

Si les établissements secondaires d’Yverdon considèrent ce sujet comme « confidentiel », de Renens à Gland, en passant par Lausanne, on relève dans toutes les institutions interrogées des cas d’élèves victimes de cybermobbing, ou de collégiens dont les photos compromettantes ont fait le tour du web. « On constate beaucoup trop de cas, cela ne devrait pas transpirer sur le site scolaire », déclare Alberto Angeretti, directeur de l’Etablissement secondaire de Renens.

Lâchés « sans casque »

Dans le monde virtuel, où l’instantanéité est la règle, les adolescents ne calculent pas toujours les conséquences de leurs actes. Un conflit, une erreur dans l’adresse e-mail du destinataire, et l’image prise lors d’une soirée arrosée ou la photo transmise au petit copain devient la risée de tous. Responsable du bureau romand de la Fondation Pro Juventute, René Longet, constate qu’avec l’anonymat, les gens se lâchent. Et l’agression virtuelle peut être pire qu’une agression physique. Attention, il ne faut pas diaboliser les réseaux sociaux, mais apprendre aux jeunes à les utiliser intelligemment. Comme on leur enseigne dès le plus jeune âge les risques de la circulation. Il faut les sensibiliser aux dangers de cette autoroute virtuelle, où ils sont lâchés à vélo sans casque ». Un défi de la responsabilité de l’école mais également des parents. Des adultes eux aussi généralement mal informés des risques.

« On constate deux erreurs, explique René Longet : sous-estimer le phénomène et penser qu’en interdisant l’utilisation d’outils informatiques à ses enfants, on règle le problème. Mais, tôt ou tard, les jeunes seront confrontés aux réseaux sociaux, c’est pourquoi il est nécessaire de leur fournir un mode d’emploi. » Chez Pro Juventute comme chez Action Innocence, les ateliers de formation pour adultes sont toujours plus demandés. Une façon de compléter la sensibilisation faite à l’école, qui reste parfois insuffisante, malgré les efforts fournis.

Le 147 est à l’écoute des jeunes
Les jeunes qui désirent parler d’une situation difficile ou demander conseil peuvent faire appel à la ligne d’aide 147 de Pro Juventute. Dans toute la Suisse, cette ligne traite chaque année environ 100'000 appels, principalement passés par des ados entre 13 et 15 ans. Les professionnels de Pro Juventute prennent ce service comme « un baromètre des préoccupations des jeunes », selon René Longet. C’est sur la base de cette ligne de conseils que Pro Juventute décèle les problématiques du moment et élabore des thèmes de campagne. Après avoir lancé en 2012 une campagne sur le cybermobbing, Pro Juventute a choisi l’année dernière de cibler sa prévention sur le sexting, soit la diffusion abusive de messages ou de photos intimes, avec une perte de contrôle de son image. Un phénomène qui touche toujours plus de jeunes.

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