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13 août 2014

Connectés jusque sous la couette

Sexy Vibes transforme le smartphone en vibromasseur...
L'appli disponible sur Android a été retirée du
Google Play App store...
Connectés jusque sous la couette
par Laureline Duvillard, 24heures, 
10 août 2014

Les smartphones ont redéfini les frontières de l'intimité et ils accompagnent, via de nouvelles applications, les individus jusque dans leur vie sexuelle. Pour le meilleur et pour le pire.

Il ne parle pas mais il observe sans retenue et devant lui les individus se mettent volontairement à nu. Il connaît des millions de personnes mais il se comporte comme un vieux pote, d'ailleurs de vous, il sait presque tout. «Le smartphone vit avec nous, on dort souvent avec, on se réveille à côté, il nous accompagne partout et il devient un objet sexualisé», relève Francesco Bianchi-Demicheli, spécialiste en médecine sexuelle au Département de gynécologie et obstétrique des Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Ainsi, aux applications pour rencontrer l'amour d'une vie ou le coup d'un soir (Tinder, Grindr) s'ajoutent celles pour mesurer les performances sexuelles (Sextrack, Spreadsheets), transformer son smartphone en vibromasseur (Sexy Vibes), donner un coup de fouet à sa vie intime (Snake Love, Couple foreplay-sex game) ou suivre sa période d'ovulation dans le but d'optimiser ses chances d'avoir un enfant (Mon ovulation, Ladytimer). «Quand on a décidé d'avoir un enfant, j'avais déjà installé depuis quatre ans le calendrier Period Tracker pour surveiller mes règles, témoigne Annick, aujourd'hui enceinte. J'ai donc utilisé l'application pour connaître ma période de fertilité et avoir des rapports dans le bon laps de temps. Au début je partageais ça avec mon mari, mais ça le stressait alors j'ai continué à regarder toute seule.»

Comme une béquille

Ludiques, pratiques, les applications qui suivent les individus jusque dans leur intimité peuvent se révéler rassurantes. «Aujourd'hui, il faut réussir sa vie par soi-même, être performant, ce qui implique une lourde responsabilité, analyse Patrick Amey, maître d'enseignement et de recherche à Medi@lab à l'université de Genève. Pour se défaire du stress, de la culpabilité d’être responsable de ses succès mais aussi de ses échecs, ces applications servent, au même titre que les coachs, de béquilles technologiques ou de boussoles qui tracent la voie vers le 'Nord' de notre réussite individuelle.»

Mais paradoxalement, ces mêmes applications se montrent aussi anxiogènes. «Je recevais des notifications push Vous ovulez aujourd'hui, se souvient Céline*. Autrement dit, Il faut faire l'amour aujourd'hui. C'est arrivé une fois alors que nous étions de sortie. Du coup, nous sommes rentrés exprès, et c'était vraiment pas bien. Après, j'ai arrêté d'utiliser ce genre d'applications car elles règlent une vie de couple et mettent trop de pression en coupant toute spontanéité. Chacun est différent, se baser sur une application uniformisée est donc risqué!»

«Big Brother» au pied du lit

Invités au pied du lit, le smartphone comme la tablette peuvent prendre la forme d'un «Big Brother» qui jette un œil inquisiteur et instille un climat de pression permanente. «A l'heure actuelle, il n'existe pas d'étude sur l'impact des nouvelles technologies sur la vie privée, mais on sait qu'en général un contrôle excessif joue un rôle significatif dans les problèmes liés à la sexualité, de même qu'une sexualité stéréotypée qui sort de la spontanéité et de l'esprit d'ouverture et de liberté», remarque Francesco Bianchi-Demicheli.

Si le spécialiste loue les bienfaits du smartphone en tant qu'objet permettant de créer une intimité en toutes circonstances, notamment via les messages, il recommande par contre de le laisser hors de la chambre à coucher. «Une étude conduite par Harris Interactive indique qu'environ 10% des Américains propriétaires d'un smartphone l'utilisent pendant les rapports sexuels, c'est une très mauvaise idée», relève le spécialiste. Bref, si le smartphone vient à squatter la table de nuit, «il vaut mieux le mettre sur mode avion et prendre le vol avec son ou sa partenaire», conclut Francesco Bianchi-Demicheli.

*Prénom fictif. Identité connue de la rédaction.(24 heures)

http://www.24heures.ch/vivre/societe/connectes-couette/story/28690998

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