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1 sept. 2014

France : Philippe, électro-hypersensible : "Si je sors de mon bocal, je brûle"

Philippe Tribaudeau, électrohypersensible et président de
l'associaiton Une terre pour les EHS. (Laure Birgy)
Philippe, électro-hypersensible: "Si je sors de mon bocal, je brûle"
par Cécile Casciano, lexpress.fr,  25 août 2014

Philippe ne supporte pas les ondes électromagnétiques générées par les téléphones, le wi-fi ou tout autre appareil électrique. Son association organise, à partir de ce lundi, un rassemblement d'électro-hypersensibles. L'origine de leurs symptômes fait débat.

Notre conversation téléphonique est une épreuve. Philippe Tribaudeau, 53 ans, habite dans un hameau drômois de cinq âmes. Ce n'est pas une forme de misanthropie qui l'a conduit là-bas, mais le mal dont il dit souffrir: l'électro-hypersensibilité, l'EHS pour les intimes. Lui semble atteint d'une forme sévère, puisqu'il doit non seulement fuir les téléphones portables, le wi-fi, la 3G mais aussi tous les appareils électriques, même un simple téléphone filaire. Il fait parfois des exceptions, pour organiser le rassemblement d'EHS(1) -qui se déroulera du 25 août au 1er septembre, à l'initiative de l'association qu'il préside- ou parler à des journalistes quand personne d'autre ne "peut s'y coller".

Ce sera d'ailleurs son seul coup de fil de la journée, en haut-parleur, pour être le plus loin possible des champs électromagnétiques émis par l'appareil. Sinon, il "brûle".
Des "brûlures dans le cerveau"

En 2008, Philippe a commencé à souffrir de ce qu'il compare à "une forme d'allergie, un vrai handicap". Alors professeur de technologie dans un collège en Côte-d'Or, il passe ses journées en salle informatique, entouré d'une vingtaine d'ordinateurs. Un jour, il commence à ressentir des brûlures et picotements "sur le visage, dans le cerveau, sur les bras". Il se rend compte qu'il va mieux dès qu'il s'éloigne de ces appareils.... Mais son travail ne le lui permet pas.

Au fil du temps, la situation empire. Il a d'importants maux de tête, il ne peut plus travailler, dort plusieurs mois en forêt dans son camping-car pour s'éloigner des ondes. "J'avais une compagne, j'ai tenté de rester le plus longtemps possible près d'elle... En quelques mois j'ai perdu mon travail, j'ai quitté mes amis, j'ai laissé ma maison, mes meubles, mes livres, ma musique, je suis tombé dans l'errance." Il rejoint un temps une autre EHS dans une grotte, puis trouve une maison préservée des "sources d'irradiation artificielle" dans laquelle il vit aujourd'hui. "Ce qui me manque le plus, c'est la liberté de mouvement. Je suis bien dans mon bocal mais si j'en sors, je brûle."

Philippe Tribaudeau habite désormais dans le hameau de
Souvestrière, dans la commune de Boule (Drôme) (Laure Birgy)

D'autres EHS eux, restent en ville, cernés par la 3G et la 4G, le wi-fi, les téléphones portables. Ils se calfeutrent parfois dans leurs caves, prient leurs voisins de (re)passer au téléphone filaire et d'abandonner le wi-fi, demandent à leur employeur d'adapter leur poste de travail... Philippe lui, a aménagé sa maison en conséquence. "Seule une partie est électrifiée, raconte sa compagne Laure. La nuit, nous coupons le disjoncteur. Et j'attends qu'il soit absent si je dois lancer une machine."
Les résultats d'une expertise de l'Anses attendus en 2015

L'histoire de Philippe et des autres EHS(2) donne du grain à moudre à la communauté scientifique. En l'absence d'études concluantes -pour l'instant?- elle refuse de croire, en très grande majorité, à un lien entre l'exposition aux ondes et des symptômes très variés (migraines, sensations de brûlure, problèmes digestifs, insomnies, pertes de mémoire, acouphènes, tachycardie...).

L'Académie nationale de médecine avait d'ailleurs tapé du poing sur la table en mai dernier, juste après l'indemnisation d'un jeune homme par la Maison des handicapés de l'Essonne pour équiper son logement de dispositifs anti-ondes. L'institution soulignait leur inutilité et le consensus scientifique sur "l'innocuité" des ondes "dans les conditions règlementaires de leur utilisation". Sans toutefois nier la "souffrance" des "sujets se considérant électro-sensibles". Comme l'Organisation mondiale de la santé, qui dès 2005, reconnaissait leurs symptômes, mais sans les attribuer aux ondes.
"On me gave de médicaments pour chaque symptôme"

Ces symptômes, Marion les supporte depuis cinq ans et demi. "Au début très peu de gens, même parmi les bons amis, acceptaient de me croire", regrette cette dame de 81 ans. "J'étais exceptionnellement en forme pour mon âge... Puis un magasin de téléphonie mobile, laissant le wi-fi en marche 24h/24, s'est installé juste en-dessous de mon logement." Deux mois plus tard, elle se met à souffrir d'acouphènes, de maux de tête, de douleurs dans les jambes, de pertes d'équilibre... "Les médecins ne connaissaient pas le problème et ne trouvaient pas d'informations dans les publications médicales. Depuis, on me gave de médicaments pour chaque symptôme. Ils sont souvent non remboursés par la sécu et sans grand résultat sur ma santé."

Une partie de la communauté médicale verrait dans le récit de Marion l'exemple-type de "l'effet nocebo", une des hypothèses possibles pour expliquer ce dont souffrent les EHS. Les symptômes existent mais sont provoqués par l'idée que quelque chose -ici les ondes- rend malade, un mécanisme inverse de celui de l'effet placebo. Ou alors, les maux décrits cachent une maladie encore non identifiée, et attribuée à tort aux ondes, comme l'évoquait Canard PC dans une enquête très documentée parue en 2012.L'expertise sur l'électro-hypersensibilité menée actuellement par l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) dont les résultats sont attendus courant 2015, permettra peut-être d'y voir plus clair.

En attendant, Philippe continue de militer. Comme beaucoup d'autres EHS, il évoque le puissant lobby des télécoms, le manque d'indépendance de certains experts: "Nous sommes dans un schéma classique de scandale sanitaire, comme celui de l'amiante". Certains sceptiques dépeignent les EHS comme des gens rétifs au progrès: "Pas du tout!, s'insurge-t-il. Nous sommes beaucoup à avoir baigné dedans, a avoir été ingénieurs ou informaticiens. Aujourd'hui j'enrage de ne plus pouvoir surfer sur Internet! C'est tout un monde qui se ferme... Même envoyer un banal e-mail m'est impossible."

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/philippe-electro-hypersensible-si-je-sors-de-mon-bocal-je-brule_1569513.html

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