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2 déc. 2014

France : Paul François chevalier des anti-pesticides

A 50 ans, Paul François a engagé depuis dix ans un combat
pour la vie, contre les dégâts des produits phytosanitaires.
Photo : Phil Messelet
Paul François chevalier des anti-pesticides
par Jean-François Barré, charentelibre.fr, 
29 novembre 2014

Voir ce vidéo de 6 mn : "Phyto-Vctimes : 4 ans après" (2 décembre 2014)

Il a été intoxiqué aux pesticides il y a dix ans. Il est devenu le président d’une association qui lutte pour les victimes des produits phytosanitaires. Nicolas Hulot lui remet aujourd’hui la Légion d’honneur.

"J’étais quelqu’un qui n’avait qu’une vision du métier. La chimie qui avait apporté tout le confort à mes parents. Celle qui était le progrès quand je me suis installé en 1987." Il y a dix ans, Paul François, céréalier à Bernac, près de Ruffec, était un agriculteur conventionnel qui, de son propre aveu, ne se posait guère de questions quand il arrosait ses maïs de pesticides. Un agriculteur comme tous ceux qui ne lisent que d’un oeil distrait les têtes de mort des étiquettes des engrais.

Aujourd’hui, Paul François a changé. Derrière son bureau, à la ferme, il parle, raconte, sous la grande photo de ses deux filles. "C’est aussi pour elles. J’ai 50 ans. Mon objectif, c’est qu’à 60, des jeunes puissent reprendre mon exploitation sans chimie." Éradiquer les "pratiques mortifères". C’est dix ans d’un long cheminement vers une agriculture "raisonnable", d’une prise de conscience progressive mais radicale, à laquelle son accident de pesticide n’est pas étranger.

Ce n’est pas ce qui lui a fait décrocher la rosette qu’il pourra désormais arborer au revers. Ce n’est même pas sa croisade contre Monsanto, le géant de la chimie américain qu’il a fait ployer en première instance, en responsabilité, devant un tribunal lyonnais. C’est le fondateur de l’association Phyto Victimes qui a accepté le ruban. Une distinction pour l’agriculteur, un "honneur" pour le président d’association qu’il est devenu il y a trois ans afin de dénoncer les méfaits des pesticides à outrance, les maladies professionnelles, soutenir les agriculteurs qui, souvent dans le silence, tombent de cancers après des décennies dans les vignes, sombrent dans Alzheimer, se débattent avec Parkinson.

Paul François n’est plus l’agriculteur qui ne "pouvait pas entendre que l’on passe à côté d’une telle avancée technologique". À l’époque, il ne parlait pas encore des "firmes", n’était pas encore le pot de terre charentais parti en guerre, un peu tout seul, contre le géant Monsanto. Cette époque-là, c’était avant l’accident de la cuve. Avant le printemps 2004. Retour d’épandage. Une bouffée de Lasso dans le nez, l’herbicide à la mode à l’époque, alors qu’il était interdit aux États-Unis depuis des années. C’était avant les années de comas répétés, de malaises, de traitements, d’angoisses et d’inquiétudes, les hospitalisations et les expertises, le combat pour la reconnaissance des maladies professionnelles, le ralliement d’agriculteurs qui ont fini par reconnaître les souffrances qu’ils enduraient en silence. "Même si on avait parfois quelques doutes, on ne pouvait pas imaginer les problèmes sur la santé des utilisateurs, l’ampleur des dégâts."

La tête sur les épaules les pieds sur terre

Le "petit" céréalier s’est battu, opiniâtre, pugnace. Il a surmonté les coups de mou, a failli parfois baisser les bras, a toujours résisté. Ça lui a coûté beaucoup d’argent et rapporté quelques solides inimitiés chez ceux qui, demain, diront "encore lui, et cette fois c’est la Légion d’honneur". Ça lui a surtout permis de rencontrer "des gens extraordinaires, des scientifiques qui ont mis leur carrière entre parenthèses au service de la vérité", des lanceurs d’alerte et un auditoire attentif au Parlement européen. Discours d’anti-lobbyiste.

Il traite différemment. Dix ans de mutation. L’ébauche d’un combat pour les générations futures, sans jamais tomber dans la caricature. "Je suis un agriculteur. Je ne suis pas devenu un bobo écolo. Être dans les champs, ça permet de garder la tête sur les épaules et les pieds sur terre."

Et aujourd’hui, Paul François milite en "agriculteur de terrain" pour encore faire reconnaître les maladies professionnelles qui déciment la profession à bas bruit."Je ne peux plus entendre qu’il s’agit de dommages collatéraux. Ce n’est pas acceptable." Il espère, parce que souvent, les épouses, les filles incitent les maris et les pères à agir. Il espère parce qu’il intervient dans les écoles d’agriculture, qu’il entend des jeunes dire qu’ils n’ont pas envie de la maladie de Parkinson de l’oncle ou du père. Il s’interroge. "Je suis sur le cul quand je vois les rendements de certaines exploitations bio énormes." Et comprend que les agriculteurs aient encore du mal à envisager d’autres pratiques, mais refuse qu’on puisse leur dire"qu’ils n’ont pas fait attention".

Le combat est désormais de tous les instants. "J’ai 50 ans. Je ne pleure pas. C’est pour les victimes, que l’on se bat. Pour ne plus entendre “on m’a volé ma vie”."

http://www.charentelibre.fr/2014/11/29/paul-francois-un-combat-de-vie,1927614.php

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