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26 avr. 2015

Je n'ai jamais eu de téléphone portable

Un homme téléphonant sur Times Square, à New York, le
31 mai 2011 (Richard B. Levine/Newscom/SIPA)
Je n'ai jamais eu de téléphone portable. Au moins, mes rendez-vous arrivent à l'heure
par Jean-Noël Lafargue, Enseignant, Édité et parrainé par Henri Rouillier, Nouvel Observateur, 4 avril 2015

LE PLUS. Jean-Noël Lafargue a 46 ans, il est enseignant, spécialiste de l'art et des nouveaux médias. Sa particularité ? Il n'a jamais eu de téléphone portable. Pour lui, la question ne s'est jamais posée. Il a internet et c'est très bien comme ça. Vivre sans portable en 2015, c'est un handicap ? Pas sûr. Témoignage.

J’ai 46 ans et je n’ai jamais eu de téléphone portable. Dans ma famille, il n’y a guère que ma fille qui en a eu un une fois : elle rentrait tard le soir de son cours de théâtre et ça rassurait ses parents de pouvoir la joindre. C'était un modèle très courant, réputé extrêmement solide. Il s'est pourtant cassé au bout de quelques semaines sans avoir vraiment servi, et nous n’en avons pas racheté.

Je n'ai jamais senti le besoin d'en avoir un

Cette vie sans téléphone portable n’a pas fait l’objet d’une décision à proprement parler. Ça s’est fait tout seul. Au début de l’ère du téléphone portable, au milieu des années 1990, j’utilisais déjà internet et je consacrais déjà un important budget à mon abonnement. Du coup, je ne voyais pas l’intérêt d’investir dans dans un mobile.

Et au fur et à mesure du temps, je n’ai jamais senti le besoin d’en avoir un. Aujourd’hui, je suis même très content de ne pas avoir cédé. Il y a beaucoup d’avantages à ne pas avoir de portable : en premier lieu, celui ne pas être sollicité n’importe quand. Puisqu'ils ne peuvent pas prévenir de leur retard, les gens avec qui j'ai rendez-vous se forcent à être à l'heure.

En soit c’est amusant. J'apprécie aussi le fait d'être dans l'instant lorsque je suis avec des amis ou en voyage. Ne pas avoir de téléphone mobile n'est pas si rare, mais ce qui surprend les gens, ce qui semble anormal, c'est de savoir que nos enfants (17, 19 et 25 ans) n'en ont pas non plus.

Un mouchard dans la poche ? Non, ça va

Il y a beaucoup d’arguments contre l’utilisation du mobile auxquels je souscris pleinement. On sait par exemple que des liens sont faits entre l’usage des portables et l’apparition de tumeurs du cerveau, notamment non malignes. S’il n’y a pas d'explication du mécanisme précis, et s'il peut exister d'autres causes, l'augmentation de l'incidence de ces affections est indiscutable et semble contemporaine de l'existence du téléphone mobile.

Ensuite, le téléphone portable est un puissant outil de traçage, voire d’espionnage. Même si je ne me sens pas visé, et que je donne suffisamment d'informations sur moi-même avec Internet, je n'aime pas l'idée de me balader avec un mouchard dans la poche. Le fait que le téléphone soit aujourd'hui un moyen de paiement, alors qu'il est facile le hacker, peut poser des problèmes très concrets d'escroquerie.

En parlant d'escroquerie, je suis résolument contre la politique menée par les opérateurs de téléphonie mobile, qui n'est pas très bienveillante. J’ai connu tellement de gens qui avaient des problèmes de facture, de dépassement de forfaits, de double-prélèvements, et surtout, d'absence d'interlocuteurs pour régler ces problèmes... Vous me direz, ça arrive aussi avec n’importe quel fournisseur d’accès à internet…

Un handicap qui n'en est pas un

Il ne faut pas se mentir, ne pas avoir de portable peut être un handicap. Le plus courant, c’est quand les gens qui vous invitent à dîner oublient que vous ne pouvez pas les appeler pour connaître le code de leur porte ou qu'ils ne peuvent pas vous l'envoyer par SMS.

Mais c’est un handicap qui n’en est pas vraiment un. Le fait de ne pas avoir de portable, c’est aussi un petit plaisir, celui de s’extraire volontairement d’une communauté pour ainsi mieux l’observer.

Le plus anecdotique, c’est quand j’ai essayé de souscrire un hébergement en ligne à un site internet. C’est tout bonnement impossible sans avoir de téléphone portable. Les hébergeurs vous demandent systématiquement votre numéro de mobile. Quand une telle situation se produit, je m’arrange. J’utilise le numéro d’un ami, par exemple. Il ne faut pas non plus oublier que les cabines téléphoniques existent toujours (enfin plus pour longtemps) et qu’elles prennent la carte bleue.

Le portable qui m'intéresse, c'est celui des autres

Ce qui peut faire sourire, c’est que je suis enseignant en art, spécialiste des nouveaux médias, et qu’il m’est arrivé de créer des applications pour mobile avec mes étudiants. Pour autant, le fait de ne pas avoir de portable n’est pas du tout pénalisant : "ne pas posséder" ne signifie pas "ne pas connaître". Il y a 15 ans, j’ai conçu bon nombre de CDROM… On faisait la même chose que ce qui est produit aujourd’hui sous forme d'applications pour les mobiles. Ça ne m’a jamais vraiment impressionné.

En fait, je trouve que le téléphone portable est un objet intéressant. On peut lui trouver nombre d’utilisations artistiques, notamment via la géolocalisation… Mais honnêtement, le portable qui m’intéresse le plus, c’est celui des autres.

Le téléphone portable ne peut pas me manquer, puisque ne nous manquent que les choses qu’on a déjà eues.

Propos recueillis par Henri Rouillier.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1349127-je-n-ai-jamais-eu-de-telephone-portable-au-moins-mes-rendez-vous-arrivent-a-l-heure.html

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