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8 mai 2015

Parlement du Canada : Comité permanent de la santé : Procès verbal sur l'exposition aux radiofréquences : 23 avril 2015 : Présentation par Dr Anthony Miller

"Ces études viennent appuyer les données probantes selon lesquelles les champs de radiofréquences sont non seulement un cancérigène possible chez l'humain, mais un cancérigène probable, ce qui lui vaudrait la classification 2A. Si c'est le cas, il devrait être impossible de faire fi d'un tel danger dans les approches réglementaires" : Dr Anthony Miller

Parlement du Canada
Procès verbal sur l'exposition aux radiofréquences : Comité permanent de la santé, 23 avril 2015 (Traduction)

Dr Anthony Miller (professeur émérite, Dalla Lana School of Public Health, University of Toronto, à titre personnel):

Monsieur le président, membres du comité, merci beaucoup de me donner l'occasion de parler de l'examen fait par Santé Canada des données probantes liées au Code de sécurité 6, qui, selon moi, a mené à des conclusions dangereuses.

Je suis médecin épidémiologiste spécialisé en étiologie, en prévention et en dépistage du cancer. J'ai fait des recherches sur le rayonnement ionisant et le cancer, les champs électromagnétiques et d'autres aspects des causes du cancer. J'ai siégé à de nombreux comités chargés d'évaluer la cancérogénicité de diverses expositions, y compris de groupes de travail du Centre international de recherche sur le cancer, qu'on appelle couramment le CIRC, et dont le Canada est membre. J'ai été le premier membre canadien de son conseil scientifique.



J'ai été chercheur principal invité dans le cadre du programme des monographies du CIRC, de septembre 2011 à janvier 2012, où j'ai entre autres passé en revue des articles scientifiques qui ont été utilisés par un groupe de travail pour déterminer que les champs de radiofréquence sont un cancérigène de classe 2B, c'est-à-dire un cancérigène possible. J'ai aussi été l'un des pairs examinateurs invités par la Société royale du Canada pour participer à l'examen de l'ébauche du rapport de son groupe d'experts sur le Code de sécurité 6.

J'ai un certain nombre de préoccupations au sujet des documents qui ont récemment été publiés par Santé Canada sur le Code de sécurité 6, y compris le document intitulé « Justification ». Ce que Santé Canada a dit dans sa dernière version du Code de sécurité 6, c'est qu'il faut faire une distinction entre le code et certaines lignes directrices municipales et nationales, qui sont fondées sur des considérations sociopolitiques. Selon moi, c'est une déclaration surprenante, parce qu'elle semble interdire la prise en compte de toute nouvelle donnée probante sur les dangers pour la santé, donnée, justement, qu'il faudrait évaluer si l'objectif est la sécurité des humains.

Depuis l'examen du CIRC, dans le cadre duquel il a été déterminé que les champs de radiofréquences étaient un cancérigène possible chez l'humain, un certain nombre d'études ont fait l'objet de rapports. Selon moi — et aussi selon un certain nombre de collègues qui ont rédigé deux ou trois articles avec moi sur cette question, dont l'un que vous rencontrerez la semaine prochaine —, ces études viennent appuyer les données probantes selon lesquelles les champs de radiofréquences sont non seulement un cancérigène possible chez l'humain, mais un cancérigène probable, ce qui lui vaudrait la classification 2A. Si c'est le cas, il devrait être impossible de faire fi d'un tel danger dans les approches réglementaires.

Une des études les plus importantes a été réalisée en France. Il s'agit d'une importante étude cas-témoin, dans le cadre de laquelle on a constaté un risque deux fois plus élevé de gliomes, la forme la plus maligne de tumeurs cérébrales, après deux années d'exposition au rayonnement des téléphones cellulaires. Après cinq ans, le risque était cinq fois plus élevé. Les chercheurs ont aussi découvert que ceux qui vivaient en zone urbaine — où il y a probablement un certain nombre d'autres cancérigènes pouvant influer sur l'apparition de tumeurs cérébrales —, le risque était encore plus élevé.

Cela nous ramène au Code de sécurité 6 et au rapport que Santé Canada a commandé afin d'obtenir un examen des données probantes. C'est le document qui a été produit par le groupe d'experts de la Société royale. Je crois qu'il y avait des conflits au sein du groupe d'experts. Comme vous le savez probablement, le président a changé, et le groupe n'avait pas suffisamment d'expertise en épidémiologie. On a demandé à un de mes amis, Paul Demers, de présider le groupe d'experts. Je crois que vous l'avez rencontré récemment. Selon moi, on l'a placé dans une position intenable.

Si vous lisez attentivement le document, il est dit que le groupe n'a pas eu suffisamment de temps pour examiner toutes les données et que, par conséquent, il a dû s'appuyer sur les examens réalisés par d'autres personnes sans procéder une évaluation minutieuse de ces études. Selon moi, c'est la raison pour laquelle les conclusions du groupe sont fausses.

Il est important de reconnaître qu'il n'y a pas de niveau sécuritaire d'exposition à des cancérigènes chez l'humain. Même si le risque croît parallèlement à une augmentation de l'intensité de l'exposition et que, pour bon nombre de cancérigènes, comme la fumée du tabac, le risque s'accroît encore plus en fonction de la durée de l'exposition, la seule façon d'éviter le risque carcinogène, c'est d'éliminer complètement l'exposition. C'est la raison pour laquelle nous avons tendance à interdire les cancérigènes dans l'environnement. L'amiante est un exemple précis de la raison pour laquelle tant d'efforts sont déployés pour que les gens, surtout les jeunes, ne fument pas. De plus, nous comprenons maintenant que la constitution génétique des gens varie, et que certains gènes font en sorte que diverses personnes sont plus susceptibles que d'autres aux effets des cancérigènes. Les codes de sécurité devraient être conçus pour protéger les personnes les plus susceptibles.

En tant qu'épidémiologiste, j'ai beaucoup travaillé sur le cancer du sein, et l'une des choses les plus préoccupantes que j'ai découvertes, c'est une série de rapports sur des cas, à commencer par certains rapports de Californie. En outre, un cas semblable a récemment été découvert en Saskatchewan. En tout, il y a maintenant sept rapports de cas de femmes qui ont contracté un cancer du sein inhabituel exactement là où elles mettaient leur téléphone cellulaire dans leur soutien-gorge. Ce sont des tumeurs inhabituelles. Elles sont multifocales, ce qui signifie qu'elles apparaissent à plusieurs endroits. L'emplacement des tumeurs semble refléter l'endroit où les femmes plaçaient leur téléphone cellulaire. Le rayonnement du téléphone cellulaire semble avoir accru chez ces femmes le risque de contracter un cancer du sein, risque qu'elles couraient présumément déjà. Il s'agit dans tous les cas de femmes relativement jeunes. Ce sont des cas très inhabituels, et ils nous préoccupent beaucoup.

Il y a aussi des cancers du cerveau et des tumeurs de la glande parotide, des tumeurs des glandes salivaires. On a relevé plusieurs cas de personnes qui ont contracté ces types de cancers. Récemment, en Israël, une étude a permis de cerner un risque accru d'apparition de ces cancers, particulièrement lorsque l'exposition augmentait.

Compte tenu de la longue histoire naturelle du cancer et du fait que les populations humaines n'ont pas été exposées pendant assez longtemps pour que l'on puisse exclure un effet carcinogène, il est selon moi extrêmement important d'adopter une approche fondée sur la précaution en matière d'exposition des humains aux champs électromagnétiques, particulièrement dans le cas des enfants. Il convient de signaler que les gens, s'ils sont bien informés, peuvent réduire leur exposition aux champs électromagnétiques venant d'appareils qui utilisent la technologie Wi-Fi, mais, dans le cas des tours de téléphonie cellulaire et des compteurs intelligents, ils n'ont aucun contrôle sur leur exposition. Puis, il y a la question des personnes qui fabriquent ces appareils et ceux qui font la promotion de la technologie Wi-Fi dans toutes sortes de situations... Nous en sommes arrivés à une situation où les résidences des gens sont saturées de radiofréquences.

Il sera très difficile de prouver de façon concluante que cela a un impact. Au sein d'une grande population, si le taux d'occurrence normal est relativement rare — et les tumeurs cérébrales sont relativement rares —, même si on double le risque, qu'on le triple ou qu'on le quadruple, il sera difficile de le cerner précisément. Nous devons réaliser ces études.

D'ici là, afin d'éviter une possible épidémie de cancer causé par les champs électromagnétiques des appareils Wi-Fi ou d'autres dispositifs, nous devrions renforcer les codes qui visent à protéger le public. Selon moi, Santé Canada n'a pas fait du bon travail. Il faut réviser la version actuelle du Code de sécurité 6.

Merci, monsieur le président.

Voir le texte complet du procès verbal :
http://www.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx?DocId=7936469&Mode=1&Language=F

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