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8 mai 2015

Parlement du Canada : Comité permanent de la santé : Procès verbal sur l'exposition aux radiofréquences : 23 avril 2015 : Présentation par la Dre Magda Havas

"Les écoles qui ont installé des systèmes Wi-Fi, les compagnies de télécommunication qui ont installé des antennes dans les hôpitaux et les milieux résidentiels et les gouvernements provinciaux et les administrations municipales qui n'ont pas d'expertise en la matière se cachent tous derrière le Code de sécurité 6 de Santé Canada. Ils croient à tort qu'ils sont protégés. Ils ne se rendent pas compte que cette ligne directrice a été conçue pour protéger le personnel militaire contre le chauffage des tissus sur une période moyenne de six minutes. L'objectif n'était pas de protéger un bébé dans un berceau à côté d'un interphone de surveillance pour bébé qui émet des micro-ondes 12 heures par jour" : Dre Magda Havas

Parlement du Canada
Procès verbal sur l'exposition aux radiofréquences : Comité permanent de la santé, 23 avril 2015  (Traduction)


Mme Magda Havas (professeure, Études environnementales et des ressources, Trent University, à titre personnel):

Merci beaucoup de m'avoir invitée à participer à la discussion aujourd'hui. Je suis Magda Havas. Je suis professeure agrégée en Études environnementales et des ressources à l'Université Trent, à Peterborough, en Ontario.

Au cours des 25 dernières années, j'ai enseigné à des étudiants de l'université et je leur parle des effets biologiques des champs électromagnétiques et du rayonnement électromagnétique, ce que nous appelons de façon générale le « smog électrique ». Selon moi, le smog électrique est un nouvel enjeu en matière de santé publique, en grande partie — mais pas entièrement — en raison de la prolifération rapide des technologies sans fil. Les professionnels de la santé et le public sont de plus en plus préoccupés tandis que les maladies chroniques augmentent, tout comme les soins de santé.

Depuis 2000, j'ai été invitée à présenter plus de 300 exposés dans le cadre de conférences médicales: dans des universités, devant des représentants du Congrès et du Sénat américains ou à des groupes communautaires préoccupés par la présence de technologie Wi-Fi dans les écoles et d'antennes dans leur quartier. En 2002, Charles Caccia m'a demandé de présenter un exposé devant le Comité de l'environnement de la Chambre des communes. En 2010, j'ai comparu devant le Comité permanent de la santé pour discuter de la même question que celle dont nous parlons aujourd'hui. En 2013, nous avons présenté un exposé à l'Association médicale canadienne et au Collège royal des médecins et chirurgiens au sujet des effets néfastes du smog électrique et le besoin de protéger le public.

J'ai commencé ma carrière au milieu des années 1970 en tant que toxicologue en matière d'environnement. À ce moment-là, le nouvel enjeu était les pluies acides. J'ai été l'une des scientifiques qui ont étudié les dommages causés par les pluies acides dans les forêts et les lacs. Mes recherches examinées par des pairs et publiées et celles d'autres scientifiques ont permis l'adoption de législation sur l'air pur, ce qu'on a appelé l'Accord sur les pluies acides, adopté au niveau international par le premier ministre Mulroney et le président Bush, en 1991. Cet accord a permis de garantir à des millions de Canadiens et d'Américains un air plus pur et un environnement plus sain. De plus, il protégeait les écosystèmes aquatiques et terrestres.

Nous devons prendre des mesures législatives semblables pour contrer le smog électrique. L'accord sur les pluies acides a été le fruit du travail de la Canadian Coalition on Acid Rain, des ministres fédéral ou provinciaux de l'environnement comme Charles Caccia et Jim Bradley et d'un grand nombre d'études scientifiques réalisées dans l'est de l'Amérique du Nord et dans le nord de l'Europe centrale. Cet accord a été conclu 15 ans après le début de mes études sur les effets des pluies acides. Nous avons réussi à faire adopter une législation sur l'air pur parce que les députés ont fondé leurs décisions politiques sur la science et non sur la désinformation de représentants de l'industrie.

À ce moment-là, on ne prenait pas les pluies acides au sérieux. Les scientifiques de l'industrie affirmaient à qui voulait l'entendre que les pluies acides n'existaient pas ou qu'elles étaient naturelles et n'étaient pas responsables de la disparition de poissons et de la mort des arbres. Ce déni d'un problème est chose courante lorsqu'il est question de santé et d'environnement et qu'il y a des conséquences financières pour ceux qui génèrent la pollution. La même chose s'est produite dans divers dossiers: l'amiante, le DDT, le plomb et la cigarette. C'est maintenant le tour du smog électrique.

Je me trouve aujourd'hui dans une situation semblable à celle où je me trouvais lorsque je travaillais sur les pluies acides. Il y a des scientifiques de l'industrie qui affirment à répétition que la pollution électromagnétique ne cause pas le cancer et n'a pas d'effet néfaste sur la santé. Ces industries du sans-fil peuvent se cacher derrière le Code de sécurité 6 de Santé Canada, qui les protège davantage qu'il ne protège le public.

Les écoles qui ont installé des systèmes Wi-Fi, les compagnies de télécommunication qui ont installé des antennes dans les hôpitaux et les milieux résidentiels et les gouvernements provinciaux et les administrations municipales qui n'ont pas d'expertise en la matière se cachent tous derrière le Code de sécurité 6 de Santé Canada. Ils croient à tort qu'ils sont protégés. Ils ne se rendent pas compte que cette ligne directrice a été conçue pour protéger le personnel militaire contre le chauffage des tissus sur une période moyenne de six minutes. L'objectif n'était pas de protéger un bébé dans un berceau à côté d'un interphone de surveillance pour bébé qui émet des micro-ondes 12 heures par jour.

La science que j'enseigne remonte aux années 1940, lorsque les laboratoires de la Marine américaine documentaient des cas de maladie chez les opérateurs d'équipement radar. À l'époque, c'est ce qu'on appelait la maladie des micro-ondes. Aujourd'hui, on parle plutôt de sensibilité électromagnétique. Les opérateurs de radars tombaient malades en raison des mêmes fréquences utilisées plus tard dans les fours à micro-ondes, ce qu'on appelait à l'époque la portée radar. Les mêmes fréquences sont maintenant utilisées dans les dispositifs Wi-Fi. Nous ne voudrions pas vivre près de l'installation radar, mais nous générons les fréquences radars chez nous grâce à nos technologies sans fil.

Les symptômes de la sensibilité électromagnétique incluent les maux de tête, les douleurs chroniques, la fatigue chronique, les problèmes de sommeil, les difficultés de concentration, une piètre mémoire à court terme, des troubles de l'humeur, y compris la dépression et l'anxiété, des étourdissements, de la nausée et des acouphènes. Jusqu'à 3 % de la population, soit un million de Canadiens, ont des symptômes de sensibilité électromagnétique qui sont si graves qu'ils ne peuvent pas fonctionner dans notre monde moderne.

De plus, 35 %, soit 10 millions de Canadiens de plus, affichent des symptômes de légers à modérés. Ces symptômes ressemblent à ceux du vieillissement, et c'est pourquoi j'appelle la sensibilité électromagnétique le syndrome du vieillissement rapide.

Mes recherches montrent que le rayonnement des radiofréquences d'un téléphone sans fil à des niveaux bien inférieurs à 1 % des niveaux du Code de sécurité 6 provoque un rythme cardiaque irrégulier ou rapide chez les personnes sensibles. C'est ce qu'on appelle la tachycardie. Chez certaines personnes, le rythme cardiaque augmente de 60 battements par minute à 100 battements par minute lorsqu'ils sont couchés dans un lit sans savoir si l'appareil est allumé ou non. La tachycardie est souvent associée à l'anxiété. Les gens ont l'impression d'avoir une crise cardiaque.

Stephen Sinatra, un cardiologue américain, croit que les anomalies cardiaques mineures, dont l'une s'appelle le syndrome de Wolff-Parkinson-White, affectent un enfant sur 700. Combiné à de l'exercice et à l'exposition à des rayonnements micro-ondes, comme ceux des systèmes Wi-Fi ou des antennes de téléphonie cellulaire environnantes, il s'agit d'une combinaison dangereuse pouvant mener à un arrêt cardiaque.

Parmi les élèves des écoles primaires d'Ottawa — ils sont environ 143 000 —, et il y a peut-être jusqu'à 200 élèves qui, en raison de syndromes cardiaques, sont à risque s'il y a des systèmes Wi-Fi dans leur milieu scolaire. Dans le cadre des premières études auprès des opérateurs de radars, les médecins recommandaient aux travailleurs de faire l'objet d'un dépistage pouvant cerner toute irrégularité cardiaque avant de travailler là où il y a un rayonnement micro-onde. Il faudrait peut-être évaluer les enfants avant de les faire fréquenter des écoles qui ont installé des systèmes Wi-Fi.

Dans le cadre de mes recherches, j'essaie de trouver des marqueurs biologiques de la sensibilité électromagnétique afin que les médecins soient mieux outillés pour diagnostiquer cette maladie environnementale. Jusqu'à présent, nous en avons trouvé plusieurs — rythme cardiaque, variabilité du rythme cardiaque, viscosité sanguine, le sucre chez les diabétiques et des problèmes de coordination musculaire chez les personnes atteintes de sclérose en plaques. Il faut d'autres marqueurs biologiques. Contrairement aux autres études épidémiologiques, qui documentent une association entre un agent et un résultat, nos études démontrent une relation de cause à effet.

Les experts qui témoignent dans des audiences comme la nôtre ont des antécédents généraux ou précis dans le domaine des sciences ou de la médecine. Ceux qui ont des connaissances générales et aucune expérience auprès de patients ou grâce à des recherches, sont susceptibles de fournir des renseignements trompeurs. La raison en est que nous vivons actuellement un changement de paradigme quant à notre compréhension du lien entre l'énergie électromagnétique et le fonctionnement du corps humain.

Nous reconnaissons maintenant que nos cellules et nos organes communiquent les uns avec les autres à l'aide d'impulsions électromagnétiques plutôt qu'avec uniquement des messagers chimiques. Tout signal qui interfère avec cette communication peut avoir un impact néfaste sur la santé des personnes. Les effets sont non seulement fonction de l'intensité, mais aussi de la modulation de la fréquence des ondes.

Ce que vous voyez ici, au bas de la diapositive, c'est une photo de mon sang au microscope. Les cellules autour... quelques-unes sont connectées. La plupart sont libres. C'est ce à quoi ressemble du sang relativement sain.

Après l'utilisation d'un ordinateur pendant 50 minutes, mon sang devient comme celui que vous voyez dans le coin supérieur gauche. Les cellules sanguines collent ensemble. Dix minutes après avoir utilisé un téléphone sans fil, mon sang devient très collant, très visqueux, et il ne distribue plus l'oxygène dans mon corps comme il devrait le faire. C'est l'un des symptômes de la sensibilité électromagnétique.

Dans les écoles de médecine, on ne parle pas aux étudiants du smog électrique, puisqu'il s'agit d'un problème relativement récent, et on ne leur montre pas non plus comment diagnostiquer une sensibilité électromagnétique. Pour eux, cette maladie n'existe pas. Lorsque les médecins ne peuvent pas identifier une maladie, ils présument souvent qu'elle est de nature psychologique. J'ai parlé à des psychiatres qui me disent qu'ils voient régulièrement des patients aux prises avec des problèmes physiologiques, pas des problèmes psychologiques. Certaines de ces personnes ont une sensibilité électromagnétique.

Les scientifiques de l'industrie parlent souvent d'autres études selon lesquelles des sujets qui affirment avoir une sensibilité électromagnétique n'arrivent pas à déterminer subjectivement si un appareil est allumé ou non. Ils concluent donc faussement que cela signifie que la personne n'a pas de sensibilité électromagnétique. L'hypothèse erronée, ici, c'est que la perception n'est pas nécessairement liée à une action physiologique qui se produit et que les réactions se produisent immédiatement. Ni l'une ni l'autre de ces affirmations n'est vraie.

Nous pouvons être à l'extérieur un jour ensoleillé sans que le soleil ne soit visible ni chaud et quand même avoir un coup de soleil. Nous ne percevons pas la radiation ultraviolette. Le coup de soleil se développe au fil du temps. La sensibilité au soleil varie d'une personne à l'autre, tout comme la sensibilité électromagnétique. En effet, la sensibilité au soleil est une bonne analogie de la sensibilité électromagnétique. Plus longtemps on est exposé, plus grave sera le coup de soleil.

Si vous réfléchissez aux 20 ans qu'il a fallu pour s'attaquer au problème des pluies acides et aux 50 années qu'il a fallu pour s'attaquer au problème du tabac, les perspectives pour les technologies sans fil sont sombres. C'est parce qu'il n'y a pas une seule cause. Il y a plusieurs choses dans l'environnement qui génèrent le smog électrique.

Le fait est que les niveaux de rayonnements micro-ondes sont actuellement bien au-dessus des niveaux de fonds et continuent d'augmenter à mesure que plus d'appareils sans fil entrent sur le marché. Ces niveaux, même s'ils sont inférieurs à ceux prévus dans le Code de sécurité 6, ont un impact négatif sur la santé humaine. Nous pouvons attendre encore 5 ans, ou nous pouvons prendre des mesures dans la bonne direction dès maintenant pour réduire notre exposition. S'il faut pencher d'un côté, il faut pencher du côté de la prudence.

J'aimerais faire une courte démonstration si vous me donnez 30 secondes.

[J'ai ici un compteur qui mesure le rayonnement de radiofréquences. C'est un compteur directionnel. J'ai aussi un interphone de surveillance pour enfants sans fil qu'on place à côté du berceau de l'enfant. Vous voyez qu'on détecte du rayonnement micro-onde converti en son. Ce rayonnement se propage sur une grande distance. Les enfants sont essentiellement exposés à ce rayonnement en tout temps.
Il y a des technologies en Europe qui sont activées par la voix. Cette technologie n'est pas disponible ici, au Canada, alors nos enfants et d'autres personnes dans le foyer sont exposées alors qu'ils n'ont pas à l'être.

Merci beaucoup.

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