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8 mai 2015

Parlement du Canada: Comité permanent de la santé: Rayonnement des radiofréquences: 28 avril 2015: Présentation par la Dre Riina Bray

"Nous observons l’HSE [EHS] chez des gens qui ont des facteurs de stress prédisposants comme des arythmies cardiaques, des pathologies neurologiques, un épuisement physique et mental et d’anciennes expositions prolongées à des CEM, comme les enseignants et les techniciens travaillant dans des établissements sans fil, les travailleurs de l’industrie du transport aérien, les gens spécialisés en informatique ou en technologies de l’information et les professionnels de la santé travaillant dans des établissements où la surveillance est assurée par la technologie sans fil.

"Compte tenu de ce que j’ai observé et lu, je pense que les personnes les plus susceptibles de souffrir d’HSE sont les foetus, les enfants, les aînés, les handicapés et les gens ayant des affections prédisposantes — habituellement de nature cardiaque ou neurologique — ou une surcharge toxique. Ces risques pour la santé environnementale sont une création humaine, mais ils sont peu étudiés et insuffisamment réglementés. Ils peuvent avoir des effets nocifs sur la santé de tous ces gens. Ces risques, ce sont les ondes radio et les micro-ondes dont la fréquence oscille entre 10 kilohertz et 10 gigahertz, voire des centaines de gigahertz." : Dre Riina Bray

Parlement du Canada:  Comité permanent de la santé : Témoignages sur le rayonnement des radiofréquences, 28 avril 2015  (Traduction)

Dre Riina Bray (directrice médicale, Environmental Health Clinic, Women’s College Hospital, Maple, Ontario, à titre personnel):

 Bonjour. Je m’appelle Riina Bray. J’ai un baccalauréat en génie chimique et une maîtrise en pharmacologie avec spécialisation en toxicomanie et en toxicologie. J’ai étudié en médecine à l’Université de Toronto, et je me suis spécialisée en médecine familiale. De plus, je suis titulaire d’une maîtrise en sciences de la santé et en santé publique avec spécialisation en médecine familiale et communautaire.



Depuis 2002, je suis directrice médicale de la clinique de santé environnementale de l’Hôpital Women’s College et je suis professeure agrégée du Département de médecine familiale et communautaire de l’Université de Toronto. Durant plus de 10 ans, j’ai été présidente du Comité sur la santé et l’environnement du Collègue des médecins de famille de l’Ontario. J’ai donné des cours universitaires et de nombreuses conférences destinées à mes pairs ou au public, et j’ai instruit et encadré des centaines d’étudiants en médecine. J’ai fait des recherches sur la santé environnementale, et j’ai créé et publié du matériel didactique. De plus, depuis 10 ans, je mène des enquêtes sur les champs électromagnétiques, ou CEM, et la santé humaine.

Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité, je vous remercie de m’avoir invitée à parler de l’expérience que j’ai acquise en soignant des patients qui ont développé une hypersensibilité aux CEM en raison d’une exposition chronique très élevée quotidienne aux CEM.
Depuis que ces diagnostics ont été établis il y a 10 ans, leur nombre a augmenté radicalement, et c’est peut-être en raison de la sensibilisation accrue du public ou de l’utilisation croissante et débridée d’appareils sans fil. C’est difficile à déterminer.

Les gens qui sont sensibles aux CEM, ou ceux qui souffrent d’hypersensibilité électromagnétique, ou HSE, sont comme des canaris dans des mines de charbon, et ils peuvent s’estimer chanceux d’avoir trouvé ce qui les rend malades. Bon nombre d’entre eux trouvent leur vie quotidienne et leur travail difficiles et inconfortables. La plupart du temps, ces patients sont accompagnés de membres de leur famille qui pensaient que leurs proches devenaient fous, mais qui, en les observant, se sont rendu compte qu’ils disaient la vérité.

Nous observons l’HSE chez des gens qui ont des facteurs de stress prédisposants comme des arythmies cardiaques, des pathologies neurologiques, un épuisement physique et mental et d’anciennes expositions prolongées à des CEM, comme les enseignants et les techniciens travaillant dans des établissements sans fil, les travailleurs de l’industrie du transport aérien, les gens spécialisés en informatique ou en technologies de l’information et les professionnels de la santé travaillant dans des établissements où la surveillance est assurée par la technologie sans fil.

Compte tenu de ce que j’ai observé et lu, je pense que les personnes les plus susceptibles de souffrir d’HSE sont les foetus, les enfants, les aînés, les handicapés et les gens ayant des affections prédisposantes — habituellement de nature cardiaque ou neurologique — ou une surcharge toxique. Ces risques pour la santé environnementale sont une création humaine, mais ils sont peu étudiés et insuffisamment réglementés. Ils peuvent avoir des effets nocifs sur la santé de tous ces gens. Ces risques, ce sont les ondes radio et les micro-ondes dont la fréquence oscille entre 10 kilohertz et 10 gigahertz, voire des centaines de gigahertz.

En dépit de la façon dont ils se sentent, ces gens ne peuvent pas empêcher leur corps ou le corps de leurs enfants d’être exposés à ces rayonnements, et ils doivent faire confiance au gouvernement qui affirme que ces ondes sont incontestablement inoffensives. Parmi les sources de rayonnement qui causent la plupart des problèmes de santé dont se plaignent les patients que nous avons examinés, nous retrouvons la technologie utilisée dans les aéroports, les tours de téléphonie cellulaire, les téléphones cellulaires, les routeurs Wi-Fi, les concentrateurs Wi-Fi, les ordinateurs portatifs, les iPad, les interphones de surveillance et l’éclairage fluorescent.

Au nombre des signes et des symptômes, nous retrouvons des affections cutanées, des maux de tête, des acouphènes, la confusion mentale, l’apathie, la fatigue, des problèmes de concentration, des étourdissements, l’humeur dépressive, l’irritabilité, des malaises, des palpitations, des nausées et des dérangements gastro-intestinaux. Nous avons constaté qu’environ la moitié de ces patients étaient sensibles à des produits chimiques. Les moniteurs Holter nous ont aidés à prouver que les symptômes cardiaques pouvaient être provoqués en augmentant les degrés d’exposition, par exemple, en se rapprochant d’une tour de téléphonie cellulaire ou d’un concentrateur Wi-Fi.

L’HSE est caractérisée par ces signes et ces symptômes, qui se manifestent en raison d’heures prolongées d’exposition aux CEM à la maison, au travail ou à l’école et qui se calment lorsque la personne est retirée de cet environnement. Selon l’ampleur du problème, les symptômes peuvent se manifester en moins de cinq minutes. Le patient doit alors s’absenter du travail ou de l’école afin de se rétablir suffisamment. Nous avons remarqué que le rétablissement pouvait exiger jusqu’à une journée de repos, bien qu’il puisse parfois être beaucoup plus rapide, soit en seulement quelques minutes, selon l’état de santé de la personne.

Voici la question qui continue de me préoccuper. Qu’en est-il des gens qui n’ont pas encore développé une sensibilité ou qui sont malades, mais qui n’ont pas encore réalisé que les CEM sont à l’origine de leurs symptômes et qui continuent de travailler dans un milieu où les champs électriques et magnétiques sont élevés? La présence de plusieurs concentrateurs Wi-Fi, de plusieurs ordinateurs portatifs ou de plusieurs téléphones cellulaires dans un même endroit peut créer un champ de plus d’un million de microwatts par mètre carré. Ce niveau a été mesuré dans une école secondaire à proximité d’une classe voisine. Dans la classe en question, le champ électrique serait supérieur à 107 microwatts par mètre carré.

Quels degrés d’exposition les élèves et les enseignants d’une telle classe subissent-ils jour après jour, année après année? Quelqu’un a-t-il fait des recherches à cet égard? Non. Les commissions scolaires interdisent aux enseignants de mesurer eux-mêmes ces niveaux ou d’éteindre les concentrateurs Wi-Fi, même s’ils ne sont pas utilisés. S’ils ignorent ces interdictions, ils perdent leur emploi.

En ma qualité de médecin qui se spécialise en santé environnementale depuis plus de 20 ans, je suis mortifiée par le manque de reddition de comptes à l’égard de l’emploi d’ondes radio et de micro-ondes dans la vie de tous les jours des Canadiens, jeunes et vieux. Je suis consternée par les recherches peu pratiques et irréalistes qui ont été effectuées dans ce domaine et je trouve aberrant que nous ayons négligé de mener les enquêtes adéquates et pertinentes requises.

Aucune étude longitudinale n’a été effectuée, si ce n’est celle qui se déroule en ce moment et qui porte sur des gens qui n’ont pas demandé de faire l’objet d’une telle étude, qui n’ont pas accordé leur consentement à un comité d’éthique de la recherche et sur lesquels aucune donnée n’est recueillie. Ce n’est pas du tout une étude.

Certains de mes patients se rendent à Green Banks, en Pennsylvanie, afin de se rétablir. Dans cette collectivité, les sources de CEM qui pourraient perturber le fonctionnement des radiotélescopes sont interdites. Tous les symptômes de ces patients faiblissent après quelques jours passés là-bas, mais, malheureusement, leurs symptômes reprennent de plus belle à leur retour au Canada. Les patients hypersensibles qui ont été diagnostiqués et soignés adéquatement se remettent lentement en une à deux années grâce au traitement de leurs comorbidités actuelles, à l’utilisation d’écrans de protection pour réduire leur exposition aux CEM, et ce, à leurs propres frais, à l’évitement consciencieux des milieux où des taux élevés de rayonnement existent et à la prise de mesures d’adaptation adéquates au travail et à l’école.

Nous devons trouver des réponses, entre autres, aux questions suivantes. Qu’est-ce que les autres médecins observent dans la collectivité? Ils me disent qu’ils signalent un plus grand nombre de patients préoccupés par leur exposition aux CEM et qu’ils remarquent des symptômes liés aux CEM. Toutefois, nous devons recueillir adéquatement des statistiques. Nous devons également mener un sondage d’opinion publique à ce sujet. L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes serait utile à cet égard. Nous devons déterminer combien de plaintes les médecins reçoivent à ce sujet. Combien y a-t-il de gens qui ressentent des malaises provoqués par quelque chose qu’ils ne peuvent ni toucher, ni voir, ni sentir, ni goûter? Nous devons protéger adéquatement les citoyens du Canada et, pour ce faire, nous devons nous renseigner à ce sujet.

Quelle exposition cumulative aux CEM les enfants, y compris les foetus, subissent-ils quotidiennement, et quel degré d’exposition aux CEM pourrait leur causer des problèmes de santé au cours de leur enfance ou des maladies plus tard?

Certains médecins prennent quelques initiatives. Par exemple, la société médicale autrichienne a publié un rapport sur le diagnostic et le traitement des patients ayant une HSE, et, à l’heure actuelle, nous réalisons des recherches qui examinent les biomarqueurs liés à cette affection.

En ma qualité de médecin, d’éducatrice, de défenseure des droits des patients et de chef de file en soins de santé, j’ai l’impression que les médecins manquent sérieusement de connaissances de base scientifiques, technologiques et biologiques dans le domaine des CEM. Ils doivent prendre conscience des sources de CEM et des répercussions de ces rayonnements sur le corps humain. Ils doivent comprendre l’HSE, une affection qui touche gravement environ 3 % de la population, ainsi que la façon dont elle est liée à d’autres affections concomitantes. Il faut qu’ils saisissent les effets des CEM sur les enfants et les problèmes qui surviennent à l’école, dans les garderies ou pendant la grossesse. Il faut qu’ils prennent conscience des façons qu’ils peuvent aider leurs patients à se protéger en réduisant au minimum leur exposition aux CEM, c’est-à-dire en prenant des mesures sensées et en se servant d’écrans de protection.

Dans notre société, l’intensité du phénomène des CEM s’est radicalement accrue; il est passé de 10-6 microwatts par mètre carré, soit le niveau de fond naturel de nos plus récents ancêtres, à 107 microwatts par mètre carré. L’intensité est donc 10 millions de millions de fois plus élevée qu’auparavant. Cette nouvelle devrait être alarmante. Le tabac, les pesticides, le plomb, le mercure, le BPA, les particules en suspension dans l’air et une foule d’autres risques pour la santé environnementale, dont les limites de « sécurité » sont réputées être de plus en plus faibles, nous rappellent que l’utilisation d’ondes radio et de micro-ondes, qui est prétendument réglementée et jugée sécuritaire, connaîtra très probablement un sort défavorable semblable. J’espère qu’il n’est pas trop tard pour agir. Cela peut être évité si nous utilisons la technologie de manière responsable.

Merci beaucoup.

Texte complet de la séance, y compris les témoignages de la Dre Martha Herbert et de la Dre Devra Davis :
http://www.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx?Mode=1&Parl=41&Ses=2&Language=F&DocId=7945128&File=0

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