Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

5 juin 2015

Suisse : A Lavaux, les hélicoptères sulfatent au lait maigre

A Lavaux, les hélicoptères sulfatent au lait maigre Viticulture
par Cécile Collet, 24 heures, 4 juin 2015

Viticulture : Des tests de traitement sans produits de synthèse sont menés dans le vignoble. Ils pourraient se généraliser


La scène est digne d’un Plonk & Replonk: des hommes, pamir sur les oreilles, versent des berlingots de lait maigre dans une cuve reliée à un hélicoptère vrombissant, qui s’envole répandre le mélange sur les coteaux. Il ne s’agit pourtant pas d’un montage. Pour la première fois cette année, 43 ha entre Villette, Cully et Saint-Saphorin sont sulfatés par voie aérienne sans produits de synthèse (SPS). Et le mélange contient 10% de lait maigre (ainsi que du soufre, du cuivre, un extrait d’algue et du phosphonate de potassium).

Les raisons qui ont poussé Nicolas Pittet et Constant Jomini, vignerons à Aran et à Chexbres, à proposer ces tests de traitement doux contre le mildiou et l’oïdium sont multiples. L’actualité fédérale – soit la révision en cours de l’ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) – en est une. «Les règles sont en train de se durcir, constate Nicolas Pittet. Si on continue sans rien changer, le sulfatage par hélicoptère risque tout simplement de tomber.»



L’image du vin

Mais d’autres raisons motivent les réformateurs. «Nous ne tirons pas à boulets rouges sur le passé; les produits de synthèse utilisés aujourd’hui sont très respectueux de l’environnement et n’ont rien à voir avec ce qui existait il y a quelques décennies», précise Constant Jomini. Pourtant, ils ont décidé de changer les habitudes. Une cinquantaine de leurs pairs les ont suivis, et ils espèrent en convaincre davantage pour l’année prochaine. «Les vignerons sont enthousiastes. Ils en ont marre de passer pour de méchants pollueurs, explique Nicolas Pittet, qui teste le mélange au sol depuis deux ans, comme d’autres à Lavaux. Il y a un coup marketing gigantesque à faire valoir!»

Améliorer l’image de la viticulture pour vendre davantage de vin. Ce pari «écologique» et lacté, Pascal Roduit l’a fait avant eux, il y a neuf ans. «Nous étions quatre copains (ndlr: deux vignerons et un géomaticien avec lui) pris pour des farfelus, puis finalement rejoints par les stations fédérales», raconte-t-il. Au début, 3 ha isolés étaient traités par hélicoptère en dessus de Sierre (domaine Vocat). Aujourd’hui, ce sont 120 ha dans tout le Valais. «Les maisons nous donnent leurs plus belles vignes, dont sont issus leurs vins haut de gamme. Elles voient une plus-value à ne pas avoir de résidus.»

Le lait est une des douze matières testées par Agribort Phyto, leur société. Parmi elles, la chitine de crevette, l’extrait de renouée, le saule et différentes huiles, utilisés pour stimuler les défenses immunitaires de la plante. «Nous nous sommes basés sur les recettes de nos grands-pères vignerons et sur une observation empirique de la vigne. C’est d’ailleurs comme ça que les Bordelais ont pensé à utiliser le cuivre pour combattre le mildiou à la fin du XIXe: les plantes grimpant sur les cheneaux de cuivre résistaient mieux à la maladie!» Le chercheur insiste: ce ne sont pas les substances qui sont novatrices, mais leur alliage, qui permet jusqu’à 100% d’efficacité.

Malgré la nature biologique de ces éléments, le terme «bio» est ici à éviter soigneusement. Car si certains produits sont homologués pour les traitements bio au sol, ils ne le sont pas tous pour l’épandage par voie aérienne, que Bio Suisse aimerait voir limité au maximum.

Jamais sans hélico

La difficulté à obtenir des labels ne freinera pas pour autant les «boilles volantes», essentielles au traitement doux dans certaines pentes escarpées. «Ces produits tiennent moins bien, explique Constant Jomini. Il faut donc réagir rapidement selon la météo, et seul l’hélicoptère le permet.» Aujourd’hui, 10% du vignoble romand traité par hélicoptère (1800 ha) l’est sans produits de synthèse, avance Pierre-Yves Felley, secrétaire de l’Association romande pour le traitement des terres agricoles par voie aérienne (ARTTAVA).

Et les sociétés d’agrochimie surfent sur la vague. «Bayer a acheté un grand laboratoire bio il y a deux ans et propose deux produits pour les grandes cultures dès 2016», révèle Bertrand de Mestral. Selon le vendeur, le traitement des vignes devrait suivre. Du côté d’Air-Glaciers, on attend les résultats fédéraux avant d’investir. A Lavaux, Nicolas Pittet prévient : «Sans hélicoptère, certaines parcelles ne pourront plus être traitées. Pourtant les maladies sont là. Et, en monoculture, on ne peut pas se permettre de perdre une récolte.» Son souhait: que Berne ôte les pamirs qui l’empêchent d’entendre les nécessités du terrain.

Pourquoi du lait

Le lait maigre 1,5% constitue 10% du produit traitant utilisé à Lavaux. Pourquoi du lait? Et pourquoi maigre? D’abord, le lait fait office de «colle». Sa consistance permet de fixer les autres substances du mélange sur la plante, afin qu’elles ne soient pas lessivées au premier crachin. Sa composition permet aussi d’agir comme il le fait pour un mammifère, en transmettant les anticorps de la mère au nouveau-né: la lactoferrine et la lactoperoxydase agissent contre les champignons et les bactéries. Aussi, le sucre (lactose) contenu dans le lait permet de diviser la dose de cuivre de moitié. Enfin, la graisse du lait – mais pas trop, histoire de ne pas faire l’effet d’une loupe et griller la plante – «tape» sur le champignon au moment de la germination.

http://www.24heures.ch/vaud-regions/lavaux-helicopteres-sulfatent-lait-maigre/story/24424300

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire