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21 août 2015

Il y a trente ans, les Suisses dormaient mieux

Il y a trente ans, les Suisses dormaient mieux
echomagazine.ch, 13 mai 2015

45 minutes de sommeil perdues en trente ans: à ce rythme, les Suisses vont rattraper les autres petits dormeurs européens. Mais ce n’est pas toujours un bienfait ni un signe de bonne santé.

Si nous ne le trouvons pas, nous désespérons. S’il nous est retiré, nous devenons malades et dépressifs. Paradoxalement, le sommeil est une des grandes activités de l’espèce humaine, mais notre époque en fait un usage toujours plus restreint. On tombe ici et là dans les médias sur des titres disant que «la société est épuisée», qu’elle vit en «décalage horaire» ou que l’insomnie devient une épidémie. De fait, on dort de moins en moins et de plus en plus mal. Sept heures trente par nuit en Suisse en semaine, soit quarante minutes de moins qu’il y a trente ans (voir encadré). Et un quart des personnes interrogées déclare dormir plutôt médiocrement ou mal.

Ces chiffres figurent dans une étude publiée fin 2014 par les universités de Bâle et de Zurich ainsi que par l’Office fédéral de l’environnement, étude qui fait la comparaison avec les années 1980. Ses auteurs expliquent ce phénomène par l’obsession actuelle d’être connecté et accessible en permanence via les smartphones, tablettes et ordinateurs ainsi que par la transformation du monde du travail et le développement de la vie sociale nocturne.



Baisser la lumière

«En principe, il revient à chacun de connaître ses besoins en matière de sommeil. Mais beaucoup n’ont même pas conscience que le manque de sommeil peut avoir des conséquences négatives, souligne Christian Cajochen, chronobiologiste et explorateur du sommeil à l’Université de Bâle. Les gens devraient également savoir ce qu’est l’hygiène du sommeil, mais la plupart n’en ont aucune idée.» Par hygiène du sommeil, l’expert entend «les recettes de grand-mère» comme pas de café le soir, baisser la lumière, des horaires de sommeil réguliers, etc,...
Pourquoi dormons-nous? La science n’a pas encore trouvé de réponse à cette question. On sait simplement que c’est un besoin. Cette plongée nocturne rend le corps et l’esprit aptes à affronter la journée suivante et à digérer la précédente. «C’est un rythme dicté par la biologie, parce que nous sommes une espèce diurne», indique Christian Cajochen.
Les besoins varient selon les individus. Il y a de grands et de petits dormeurs, mais il y a des limites. «Nos expériences en laboratoire nous ont appris qu’un dormeur moyen qui ne dort que six heures par nuit pendant plus de deux semaines présente un déficit de sommeil qui équivaut à vingt-quatre heures.» Le plus souvent, les gens habitués à dormir peu ne réalisent pas qu’ils manquent de sommeil.

Pas d’hibernation possible

En hiver, 40% des personnes interrogées par les chercheurs dorment un peu plus longtemps que le reste de l’année. Mais on ne peut véritablement parler d’un «mode hivernal», ajoute Christian Cajochen. «Autrefois, on n’avait pas d’autre choix que de se coucher à la tombée de la nuit. Aujourd’hui, on dispose de lumière artificielle la nuit comme le jour. Cela a des avantages mais également des inconvénients.» On mésestime ainsi les rythmes dictés par la nature, ce qui peut avoir des conséquences sur la santé.
«Les humains ne peuvent pas simplement décider de se mettre en état d’hibernation. Nous devons aussi prendre conscience que nous n’avons pas les ressources physiques et psychiques pour rester actifs pendant vingt-quatre heures», affirme Bernd Schildger, qui se qualifie lui-même de gros dormeur.

Comparable à l’alcool

Il est établi que le manque de sommeil perturbe la capacité de jugement, mais aussi la concentration. «Des tests ont montré qu’une personne épuisée est ralentie et présente un risque pour la sécurité, selon Christian Cajochen. Elle a le niveau de performance de quelqu’un qui a un pour mille d’alcool dans le sang. Il y a un risque de micro sommeil, un de ces endormissements d’une fraction de seconde qui peuvent, au volant, avoir des conséquences dévastatrices. Mais il n’est malheureusement pas possible de le prévenir en ‘soufflant dans le ballon’, comme c’est le cas pour contrôler le taux d’alcoolémie.»
Le chercheur ajoute que, sous la pression du manque de sommeil, le risque de prendre de mauvaises décisions s’accroît. Quand on pense que des décisions importantes dans des domaines comme la politique mondiale, l’économie ou le climat sont prises lors de conférences et de réunions qui durent souvent toute la nuit, cela donne à réfléchir. «Dans de telles conférences, il faudrait en principe fixer un temps de sommeil raisonnable.»

Facteur de dépression

Le manque de sommeil est aussi néfaste pour le métabolisme. Il peut provoquer un excédent de poids et des maladies cardiovasculaires. «Les problèmes de sommeil présentent un haut risque de déboucher sur la dépression. Chez plus de 90% des patients dépressifs, la maladie a commencé par l’insomnie.»
Selon l’expert, le sommeil est aussi souvent sous-estimé par le médecin de famille et la prescription de comprimés n’est pas une solution à long terme. «Il n’y a en principe pas de somnifère idéal. Les troubles du sommeil doivent être traités dans les différentes cliniques spécialisées qui existent en Suisse. Là on ne commence pas par donner des médicaments, on essaie de prendre le problème à la source.»
Les gens qui dorment suffisamment sont plus productifs, fonctionnent mieux et provoquent moins d’accidents. Il existe déjà en Suisse des services de ressources humaines qui s’intéressent au sommeil. «Ils ont compris que des collaborateurs en bonne santé et qui dorment suffisamment influencent positivement les résultats de l’entreprise.»

Pas de prévention en vue

Selon Christian Cajochen, le sommeil est perçu de plus en plus comme un facteur de santé et il devrait faire partie de la politique de la santé. «A mon avis, c’est à l’Etat d’encourager l’hygiène du sommeil, comme l’Office fédéral de la santé (OFSP) le fait pour l’alimentation. Il s’agit d’un aspect social important qui occasionne des coûts.» Le chronobiologiste souhaiterait que l’OFSP lance une campagne de prévention, par exemple en faisant la promotion des micro-siestes ou en sensibilisant les personnes qui travaillent en équipe ou les chauffeurs de poids lourds.
A l’OFSP, le thème n’est pas encore considéré comme un facteur de coûts. «Ce n’est pas sur notre agenda et nous n’avons projeté aucune campagne de prévention. Il n’y a aucune pression politique comparable aux problèmes d’alimentation ou de drogue», répond le porte-parole Daniel Dauwalder.

Gaby Ochsenbein, swissinfo.ch

Des lits désertés

Aujourd’hui, les Suisses dorment en moyenne 40 minutes de moins qu’il y a 30 ans, soit 7,5 heures par nuit les jours ouvrables et 8,5 les autres. Les Suisses se couchent aussi près de 45 minutes plus tard qu’il y a 30 ans. Les personnes interrogées ont indiqué que la durée de sommeil nécessaire est de 7 heures, soit 41 minutes de moins qu’il y a 30 ans.
En comparaison avec d’autres pays, les Suisses dorment plus longtemps. En France, on dort 6,9 heures par nuit pendant les jours ouvrables et 8 heures les autres, en Grande-Bretagne 6,9 et 7,3 et aux Etats-Unis 6,8 contre 7,4 heures.

Le doudou des ados

L’Université de Genève conduit une vaste étude sur le sommeil des adolescents. Ceux-ci devraient dormir davantage que la moyenne, soit 9 heures par nuit, estime le Laboratoire du sommeil des Hôpitaux universitaires genevois, qui conseille donc de se coucher autour de 22 heures et surtout d’arrêter bien avant la consultation des écrans numériques, gros perturbateurs du sommeil. La lumière LED émise par les écrans perturbe en effet l’hormone du sommeil appelée mélatonine. Le spectre lumineux active le cerveau et inhibe la mélatonine, retardant l’endormissement. Il faudrait donc éviter d’utiliser ses appareils numériques après 21h. Ainsi le corps peut entrer dans une phase de pré-sommeil.

«Beaucoup de jeunes considèrent leur smartphone un peu comme un doudou, ils aiment l’avoir sous l’oreiller quand ils s’endorment. C’est aux parents de poser un cadre, ce qui n’est pas forcément facile: ils n’arrivent pas toujours à prendre le téléphone à leur enfant au moment du coucher», dit la sociologue genevoise Claire Belleys dans le dernier numéro de Migros Magazine. EM/Swissinfo

http://www.echomagazine.ch/archives/articles-2015/23-a-la-une/927-sante-il-y-a-trente-ans-les-suisses-dormaient-mieux

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