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9 août 2015

José Bové dénonce ces "multinationales qui contrôlent nos assiettes"

"José Bové évoque « une grande méconnaissance chez beaucoup d’agriculteurs sur l’impact des pesticides, l’utilisation massive d’engrais azotés, ou l’effet des nitrates sur l’eau ». Il n’a pas eu le temps - le livre était déjà imprimé - de rajouter le dernier « danger », craint-il, qui menace : « La commission européenne envisage d’autoriser l’entrée du poulet américain lavé au chlore, pour faciliter les négociations transatlantiques avec les États-Unis »."

José Bové dénonce ces "multinationales qui contrôlent nos assiettes"
par Arnaud Boucomont, midilibre.fr, 12 mars 2015

L'eurodéputé écologiste aveyronnais José Bové publie “L'alimentation en otage”. Un livre choc pour alerter. Interview.

Vous expliquez, dans votre livre, comment nos habitudes de consommation ont des conséquences à l'autre bout du monde, avec l'exemple des crevettes à bas prix...

Les ONG ont identifié cet esclavage en Asie, sur des bateaux où des familles travaillent 20 heures par jour, comment des villages entiers sont pris en otage pour la pêche ou les fermes aquacoles. Ça entraîne la destruction des mangroves, du littoral et des modes de vie des gens. On peut dire ça aussi pour l'huile de palme, pour le soja en Amérique du sud. On le voit aussi en Afrique avec la confiscation des terres agricoles pour faire de plus en plus d'agrocarburants.

Vous écrivez qu'à cause du réchauffement climatique “il faut se préparer à la fin des AOC viticoles, voire de certains labels de qualité des terroirs”. A quel horizon ?

Beaucoup de cépages ne pourront pas continuer dès 2040 ou 2050. Il faut s'attendre à une remontée en latitude de certaines AOC, déplacées de centaines de kilomètres, ou de leur disparition. On va avoir de vrais problèmes enLanguedoc, en Gironde. On peut aussi penser qu'il faudra abandonner l'élevage en Cévennes ou sur les Causses à cause de sécheresses trop importantes. Ça peut bouleverser l'idée de produire à l'herbe, comme c'est le cas de l'AOC roquefort. Il faut en tout cas prendre conscience de ça pour pouvoir ne pas se retrouver dans cette situation-là. D'où l'importance de la bataille sur le changement climatique. La Camargue peut disparaître avec la montée du niveau de la mer et même, avant ça, va se poser le problème de la salinisation.

Vous parlez du danger des pesticides. Mais comment ne pas être sûr, même dans un marché de proximité, que les légumes ou les fruits n'en sont pas bourrés ?

Il faut favoriser les circuits courts où il y a une identification des modes de production. Dans les grandes surfaces, c'est une question citoyenne. Il faut aller vers des produits qu'on peut tracer, mais il faut aussi que la législation évolue sur l'aspect qualitatif des produits.

Vous dénoncez aussi les “illusionnistes du beefsteack”...

On vous propose des ersatz de viande avec des substituts de viande comme les fameux steaks au soja. Mais l'aspect le plus important, c'est cette course en avant scientiste sur la reconstruction à partir de cellules souches de tissus de viande, qui est en train d'être expérimentée. On pourra ainsi continuer le mythe de la viande comme étant l'aliment central de la modernité et de la réussite sociale. On est passé en France de gagner son pain avant-guerre à gagner son bifteck pendant les Trente glorieuses. Alors qu'on n'a pas besoin de manger autant de viande que ça.

En guise de cadeau empoisonné pour la fin, le livre s'achève sur le dioxyde de titane, nanoparticule utilisée dans les chewing-gums, les plats cuisinés et les dentifrices...

Des études montrent que c'est peut-être cancérigène et vous le retrouvez sur les étiquettes avec la mention E 171. Ça sert à blanchir. Danone a abandonné, mais voulait le travailler avec des yaourts, pour les rendre plus blancs. Comme Coluche avec la lessive et le “plus blanc que blanc”. La commission européenne voudrait légiférer pour rendre légale l'utilisation des nanoparticules dans l'alimentation. Pour l'instant, ça se fait sans aucune législation. Au nom du principe de précaution, il faudrait au contraire ne plus pouvoir l'utiliser, mais il y a des pressions terribles des multinationales.

Agriculteurs et consommateurs captifs

Après son précédent livre, "Hold-up à Bruxelles", déjà écrit avec le journaliste Gilles Luneau qui cosigne également le dernier, l’eurodéputé écologiste aveyronnais José Bové publie donc "L’alimentation en otage", une charge documentée contre ces « multinationales qui contrôlent nos assiettes ». Les deux auteurs, aidés par l’équipe de l’eurodéputé, y expliquent comment une poignée de puissants concentrent tous les pouvoirs... Qu’il s’agisse des secteurs des matières premières, de la transformation et de la grande distribution.

Et ils pointent les dépendances multiples : celles des consommateurs qui « peuvent manger Nestlé du matin au soir, dans une logique de matraquage et de marketing, une injonction à consommer » ; celles des agriculteurs captifs du soja pour nourrir les bêtes ou des engrais... Et sans la conscience toujours des dégâts engendrés : José Bové évoque « une grande méconnaissance chez beaucoup d’agriculteurs sur l’impact des pesticides, l’utilisation massive d’engrais azotés, ou l’effet des nitrates sur l’eau ». Il n’a pas eu le temps - le livre était déjà imprimé - de rajouter le dernier « danger », craint-il, qui menace : « La commission européenne envisage d’autoriser l’entrée du poulet américain lavé au chlore, pour faciliter les négociations transatlantiques avec les États-Unis ».

> L’alimentation en otage. 17 €. Éditions Autrement. José Bové parlera de son livre ce jeudi 12 mars à Montpellier (18 h 30 au musée Fabre) à l’invitation de la librairie Sauramps.


http://www.midilibre.fr/2015/03/12/des-pressions-terribles-des-multinationales,1134905.php

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