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5 sept. 2015

France : Etude : Première démonstration concrète de l'effet “cocktail”

William Bourguet, Patrick Balaguer, Vanessa Delfosse,
chargée de recherche.  Christophe Fortin
Montpellier : l’effet cocktail des médicaments démontré
par Sophie Guiraud, midilibre.fr, 
4 septembre 2015

Des Montpelliérains ont prouvé la toxicité de molécules combinées, alors qu'individuellement inoffensives. Un pavé dans la mare de la politique du médicament.

C'est une découverte majeure, la première démonstration concrète de l'effet “cocktail” potentiellement ravageur de substances chimiques individuellement inoffensives. L'étude, publiée ce jeudi 3 septembre dans la revue scientifique britannique Nature Communication, met la communauté scientifique montpelliéraine à l'honneur, l'Inserm, le CNRS, et plus particulièrement l'équipe de William Bourguet, spécialisée dans les perturbateurs endocriniens, au centre de biochimie structurale (CBS).

"Nous avons sélectionné 40 molécules présentes dans les pesticides, les médicaments, les polluants environnementaux, et nous avons testé leur interaction. Sur 780 combinaisons possibles, l'une d'elles montre un effet toxique démultiplié", explique William Bourguet. Autrement dit : "Au lieu de 1+1 = 2, on avait 1+1 = 50." Les molécules testées sont l'éthinylestradiol, œstrogène des pilules contraceptives, et le trans-nonachlor, composant d'un pesticide interdit depuis plus de vingt ans, "mais toujours présent dans l'environnement, on en trouve notamment dans les analyses de lait maternel", précise William Bourguet.

Seuls au monde

L'étude, lancée il y a trois ans, a été réalisée en laboratoire, in vitro, à partir des travaux menés sur un récepteur hormonal, le PXR, "une cible importante pour les molécules environnementales" qu'on pourrait définir comme une “sentinelle” de l'organisme qui réagit aux agressions toxiques des perturbateurs endocriniens : "On a eu les bons résultats, au bon moment", commente le Montpelliérain. Prochaine étape : des tests in vivo, sur l'animal, "avec probablement les mêmes résultats", prédit le chercheur, convaincu que cette première étape ouvre un champ nouveau et prometteur : "Le gros du travail va commencer. Il existe 48 autres “gros” récepteurs hormonaux, et des milliers de combinaisons à tester."

"Ce sont des sujets qui interpellent", rappelle-t-il, persuadé que des équipes sont prêtes à prendre le relais dans le monde entier. Montpellier a un temps d'avance : "On a la seule équipe à s'attaquer au problème en matière de biologie structurale au CBS, et sur des aspects fonctionnels avec l'institut de recherche en cancérologie de Montpellier, emmenés par Patrick Balaguer", explique le scientifique. Sans compter "des savoir-faire externes" puisés dans la communauté scientifique montpelliéraine, à l'institut de génomique fonctionnelle notamment.

"Il va y avoir un problème réglementaire"

"On observait ces phénomènes depuis des années sans comprendre le mécanisme", insiste le chercheur, qui se félicite par ailleurs qu'"on commence enfin à prendre conscience du problème".Avec une longue chaîne de réactions à venir, notamment pour l'industrie du médicament : "Il va y avoir un problème réglementaire. Aujour- d'hui, quand on met un produit sur le marché, on le teste individuellement. Demain, il faudra intégrer l'effet cocktail", estime William Bourguet, qui explique que la démonstration n'est pas si compliquée, grâce à "la mise au point d'un modèle mathématique qui évitera de fastidieuses manipulations".

Avec son équipe, il se projette déjà dans un autre énorme chantier : analyser 1 600 médicaments pour voir si en les combinant, on trouve le même potentiel nocif que l'inquiétante combinaison de l'éthinylestradiol et du trans-nonachlor.

http://www.midilibre.fr/2015/09/04/l-effet-cocktail-demontre,1208891.php

Etude en anglais : 
"Synergistic activation of human pregnane X receptor by binary cocktails of pharmaceutical and environmental compounds", Nature Communications, 3 septembre 2015

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