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19 oct. 2015

De la Révolution numérique… à la Terreur des ondes – partie 1

De la Révolution numérique… à la Terreur des ondes – partie 1
par Arthur Tenard, erepublique21.info,
1er septembre 2015

Les nouveaux moyens de télécommunication et Internet sont le charbon et l’acier du vingt et unième siècle : après la révolution industrielle, c’est à celle du numérique de bouleverser les habitudes de production, de consommation, tout autant que les relations sociales. Des évolutions sans précédents qui n’avaient pu être anticipées que par les auteurs de science-fiction aux esprits les plus fertiles[1], Isaac Asimov à leur tête. Et la science-fiction, c’est pour maintenant.

Les limites des potentialités de la révolution numérique sont à ce jour encore difficiles à profiler : dématérialisation des échanges entre particuliers ou avec l’administration ; création d’une nouvelle dynamique de croissance post-industrielle, avec ses conséquences en matière de création (et destruction) d’emplois ; soutien d’un nouveau modèle d’innovation reposant sur l’initiative individuelle…

A chaque Révolution sa Terreur. Le mineur redoutait qu’un coup de grisou l’emporte soudainement, c’est aujourd’hui à l’ordinaire riverain de craindre pour sa santé devant la prolifération des antennes-relais. Délire paranoïaque pour certains ; pour d’autres, prochaine crise sanitaire, d’une ampleur comparable à celle causée par l’utilisation de l’amiante dans le secteur de la construction.

Toujours est-il qu’une multitude d’associations, s’appuyant sur certaines études d’un milieu scientifique encore très partagé sur la question, tentent depuis quelques années d’alerter les pouvoirs publics sur les dangers potentiels pour la santé publique de l’accès pour tous, partout et tout le temps, aux réseaux Internet et de téléphonie mobile, irréductible à une exposition permanente aux ondes électromagnétiques des antennes-relais. Elles plaident pour une application du principe de précaution, et font de la dénonciation des pressions supposées des lobbies télécom leur cheval de bataille.

Longtemps atones, les pouvoirs politiques et judiciaires semblent aujourd’hui s’être emparés de la question, pour faire bénéficier à tous des avantages évidents de l’ère du « tout connecté », sans le risque d’un retour de fronde en forme de scandale sanitaire, même encore hypothétique à ce jour.

Les risques mésestimés (?) d’une couverture réseau généralisée

Actuellement les études scientifiques portant sur les effets pathogènes des ondes électromagnétiques sont encore contradictoires, mais elles tendent à s’harmoniser autour d’une préconisation commune : la limitation de l’exposition aux ondes électromagnétiques. Cette dynamique – résumée dans le tableau ci-dessous – incite à la prudence quant aux effets d’une exposition constante et prolongée aux ondes électromagnétiques.

Conclusions:  Réduire l’exposition aux ondes des antennes relais n’est pas justifié scientifiquement
Recommandations:  
- Poursuivre les recherches épidémiologiques et biologiques dans le domaine des radiofréquences
- Alerte sur une réduction irréfléchie de l’exposition aux antennes-relais

OMS - CIRC / 2011 
Conclusions:  Le centre international de recherche sur le cancer dépendant de l’OMS classe les champs électro magnétiques de radiofréquence comme « peut-être cancérogènes pour l’homme »
A noter, l’évolution de la position de l’OMS qui déclarait en 2009 : « il n'existe aucun élément scientifique probant confirmant d'éventuels effets nocifs des stations de base et des réseaux sans fil pour la santé »
Recommandations:  
- Limiter l’exposition aux ondes électromagnétiques, et à celles émises par les téléphones portables en particulier

BioInitiative / 2012
Un rapport soutenu par l’Agence Européenne de l’Environnement, mais dont la méthodologie fait l’objet de nombreuses critiques
Conclusions:  Les normes actuelles en matière d’ondes électromagnétiques sont insuffisantes pour protéger la santé publique 
Recommandations:
- Mettre en place de nouvelles limites d’exposition tenant compte des expositions chroniques
- Les pouvoirs publics doivent prendre en compte aussi bien les effets des ondes électromagnétiques sur la santé que sur le « bien-être » (en référence au syndrome hypersensibilité électromagnétique)

ANSES / 2013
Conclusions:  Les ondes électromagnétiques sont en mesure de produire des effets biologiques, sans pour autant que les effets sanitaires soient mis en évidence 
Recommandations:
- Limiter l’exposition aux ondes électromagnétiques, en particulier pour les personnes identifiées comme sensibles

Au-delà des effets possiblement cancérigènes des ondes électromagnétiques, il semblerait qu’une partie de la population – dans une proportion chiffrée jusqu’à 3 % par le milieu associatif – soit également sujette à un syndrome émergent : celui de l’hypersensibilité électromagnétique. Encore méconnu tant dans ses causes que dans ses effets, il vient de faire son entrée dans le dictionnaire Larousse qui le définit comme « l’ensemble des troubles physiques dus(migraines, insomnies, sensations de brûlure…) selon la description des personnes atteintes, à une sensibilité excessive aux ondes et aux champs électromagnétiques ». Le phénomène a ceci de particulier qu’il est d’ampleur mondiale : des « électrosensibles » se regroupent aux États-Unis dans des zones vierges de pollution électromagnétique[2], des immeubles sont construits en Suisse pour protéger leurs habitants[3], de nombreuses études scientifiques sont menées sur la question, en particulier dans les pays scandinaves… En France, les « électrosensibles » se regroupent en associations, et de nouveaux services hospitaliers ouvrent pour les accueillir. Récemment, la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) de l’Essonne, par une décision – certes critiquée – a pour la première fois reconnu et indemnisé comme handicap l’hypersensibilité électromagnétique[4]. La question est devenue à ce point préoccupante qu’un rapport sur l’électrosensibilité a été requis par les parlementaires[5].

Devant ces constatations alarmantes, la réponse juridique adéquate pourrait résider en une application raisonnée du principe de précaution. Souvent perçu comme une entrave rédhibitoire à l’innovation, il n’en demeure pas moins le principal allié de la santé publique face à l’émergence de nouvelles technologies. C’est l’objet de la seconde partie de l’article (publiée jeudi 03 septembre).

[1] I. ASIMOV, Visit to the World’s Fair of 2014, 16 août 1964, New York Times : « Communications will become sight-sound and you will see as well as hear the person you telephone. The screen can be used not only to see the people you call but also for studying documents and photographs and reading passages from books. Synchronous satellites, hovering in space will make it possible for you to direct-dial any spot on earth, including the weather stations in Antarctica ».
[2] No cellphone, no Wi-Fi : Living in America’s quietest place, 15 mai 2013, NBC News.
[3] A Zurich, le premier refuge européen pour électrosensibles, 14 août 2014, Le Monde Planète.
[4] Pour la première fois, un département prend en charge un électro-hypersensible », 14 avril 2014, La Croix.
[5] Article 8 de la loi du 29 janvier 2015.

http://www.erepublique21.info/revolution-numerique-terreur-des-ondes-1/

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