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20 oct. 2015

Santé en France: «La première maladie professionnelle, c’est la surdité»

Santé en France: «La première maladie professionnelle, c’est la surdité»

INTERVIEW Un documentaire sur les inégalités des français face à la santé est diffusé ce lundi soir sur France 3*. Marc Andéol qui travaille sur les maladies professionnelles y a participé ...

par Mickael Penverne, 20minutes.fr, 
19 octobre 2015

Marc Andéol est membre de l’Association pour la prise en charge des maladies éliminables (APCME) qui rassemble des médecins libéraux travaillant sur les maladies professionnelles autour de l’Etang de Berre.

Quel est votre rôle au sein de l’APCME ?

Il existe des lieux où les poussières et les gaz ne sont pas que des désagréments ou des mauvaises odeurs. Ces niches écologiques sont des endroits où le risque pour la santé de la personne est réel. J’établis des cartes de ces risques. Je suis un cartographe environnemental.

Ces cartes n’existent nulle part ailleurs ?

Non. Il est anormal d’ailleurs qu’un organisme comme l’Assurance Maladie se montre incapable de situer sur une carte où se situent les risques. Elle pourrait le faire quand elle conduit une enquête pour reconnaître une pathologie comme une maladie professionnelle. Mais il n’y en a pas. Alors, on nous donne toute une série de raisons : la CNIL, etc. Mais le résultat, c’est que la France dépense des milliards d’euros pour indemniser des maladies. Dans ce pays, l’indemnisation a pris le pas sur l’assainissement de la situation. Le problème, c’est que personne n’est là pour vérifier si l’assainissement a eu lieu ou pas.

Combien de personnes recevez-vous à l’APMCE ? Et pour quels motifs ?

Chaque année, on reçoit une centaine de personnes qui génère entre 80 et 100 maladies professionnelles. La première de ces maladies est sans doute la plus oubliée mais la plus importante en nombre, c’est la surdité. Tout le monde sait que les bouchons moulés constituent la meilleure protection contre le bruit. La plupart des grandes entreprises dotent leurs salariés de ces équipements mais pendant très longtemps, les personnels des sous-traitants n’en étaient pas équipés. Sept millions de personnes sont atteintes de surdité en France.

Deuxième maladie : la BPCO, c’est-à-dire la broncho-pneumopathie chronique obstructive. C’est une obstruction des bronches parce que l’on respire de la poussière en trop grande quantité ou parce que l’on respire des produits agressifs. En France, 3,5 millions de personnes sont atteintes de BPCO. On estime que 15 % de ces cas sont dus à des maladies professionnelles et pourtant, une dizaine seulement est reconnue comme tel par l’Assurance Maladie.

Troisième maladie : le cancer. Depuis des années, tous les projecteurs sont braqués sur l’amiante. 
Mais cela masque les effets des produits de combustion. Les fumées orange que l’on voit se dégager de l’usine d’Arcelor, par exemple, sont composées de HAP, des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ces molécules sont des cancérigènes multicibles, c’est-à-dire qu’elles peuvent provoquer des cancers du poumon, de la vessie, du rein et même, nous avons eu un cas, de cancer du cerveau.

A qui incombe la responsabilité du développement de ces maladies professionnelles ? Aux usines ?

J’ai connu la région avant l’arrivée de toutes ces usines. A l’époque, il y avait du paludisme, de la poliomyélite et de la tuberculose. L’arrivée de l’industrie a provoqué une nette amélioration du niveau de santé des populations. Mais il reste des poches de maladies qui sont intolérables. On doit pouvoir gérer le problème. Mais pour cela, il faut un contrôle constant, permanent et démocratique des informations. On essaye de le faire à APCME. Nous ne voulons ni accuser, ni excuser. Nous voulons simplement que l’information soit publique.

Pourquoi faut-il la rendre publique ?

Quand je vais à l’hôpital, on me demande mon consentement éclairé avant de m’opérer. Si on veut aller au bout d’une société de responsabilité, il faut que la personne qui va sur un poste sache combien de personnes sont tombées malades sur ce poste et quelles mesures ont été prises. Mais il faut aussi un organisme de contrôle indépendant. Il existe déjà des organismes qui pourraient contrôler comme la CARSAT (caisse d’assurance retraite et de la santé au travail). Mais on ne le fait pas.

Comment réagissent les entreprises face à ces demandes ? Sont-elles coupables d’immobilisme ?

Toutes les entreprises sont loin d’avoir la même attitude face au risque. Certains employeurs prennent le problème à bras-le-corps, et d’autres non. Et ceux qui font correctement leur boulot en ont marre peut-être de payer des cotisations pour ceux qui le font mal. C’est justement cela qu’il faut rendre public. C’est là-dessus qu’il faut rétablir une concurrence. La solution passe par la transparence des données.

Existe-t-il un risque pour la population ?

On a tendance à exagérer le risque de voisinage et de minimiser le risque de ceux qui ont le nez dessus. Autrement dit, on se concentre sur le risque dilué mais pas sur le risque concentré. Il faudrait commencer par gérer le problème de ceux qui ont ça dans le nez.

*20 Minutes est partenaire du documentaire diffusé lundi à 20h50 sur France 3

http://www.20minutes.fr/marseille/1711803-20151019-sante-france-premiere-maladie-professionnelle-surdite

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