Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

13 nov. 2015

Europe : Le glyphosate ne serait pas cancérigène

Le glyphosate est un désherbant.  Image:  Keystone
Décision «irresponsable» !

Le glyphosate ne serait pas cancérigène
afp/nxp, 12 novembre 2015

Santé : L'autorité européenne de sécurité des aliments estime que le Roundup, un désherbant, ne provoque pas de cancer.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé «improbable» le risque cancérigène du glyphosate, utilisé dans les pesticides. Cet avis, contraire à l'avertissement émis par l'OMS, relance l'affrontement entre industrie agrochimique et écologistes.

Dans un rapport publié jeudi, l'EFSA estime que le glyphosate n'est ni génitoxique, c'est-à-dire susceptible d'endommager l'ADN, ni une menace cancérigène pour l'homme. En conséquence, «les experts n'ont pas proposé que le glyphosate soit catégorisé comme cancérogène dans la réglementation de l'UE sur la classification, l'étiquetage et l'emballage des substances chimiques», rapporte l'Autorité.

Cette étude était très attendue car elle doit éclairer la Commission européenne dans son évaluation décennale de la substance. Bruxelles a jusqu'à juin pour décider de garder ou non le glyphosate sur la liste européenne des substances actives autorisées.

Satisfaction de l'agro-industrie

Le glyphosate est l'herbicide dont la production est la plus importante au monde, ingrédient notamment du Roundup, produit phare de l'américain Monsanto.

La Glyphosate Task Force, qui réunit les géants de l'agro-industrie comme Monsanto, Dow Chemical ou le Suisse Syngenta, s'est félicitée de ces conclusions. Elles confirment les précédentes évaluations «conduites par les autorités réglementaires du monde entier, qui ont conclu de façon constante que l'application du glyphosate ne pose aucun risque inacceptable pour la santé humaine, les animaux ou l'environnement», a observé Richard Garnett, président du collectif.

Surtout, souligne M. Garnett, l'étude précise avoir pris en compte une précédente étude du Centre international pour le cancer (CIRC). En mars, cette agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclaré le glyphosate cancérogène «probable» pour l'homme, aux côtés d'autres pesticides comme le malathion ou le diazinon. Dans la foulée, des pays avaient restreint son utilisation.

L'EFSA explique dans son rapport que cette divergence de résultat tient à la prise en compte «d'une vaste quantité d'éléments, y compris un certain nombre d'études non évaluées par le CIRC».

Décision «irresponsable»

Les défenseurs de l'environnement ont immédiatement dénoncé la décision «irresponsable» de l'EFSA, dont le groupe en charge du rapport était composé de scientifiques membres de l'autorité européenne et de représentants des organismes d'évaluation des risques de chacun des 28 Etats membres.

Dans un communiqué, Greenpeace Suisse accuse l'EFSA de s'être «mise à genoux devant l'industrie des pesticides» et remet en cause son indépendance scientifique.

Selon elle, «une bonne partie du rapport s'inspire directement d'études non publiées commandées par des producteurs (de glyphosate). Des études scientifiques indépendantes prouvent pourtant clairement que les produits contenant du glyphosate sont tout sauf inoffensifs».

Autoriser ces produits constitue «une expérimentation irresponsable sur l'environnement, les hommes et les animaux», ajoute l'organisation, qui exige l'interdiction de cette substance en Europe et en Suisse.

Enquête approfondie

En Suisse, cette substance se retrouve dans plus de 70 désherbants homologués: on en vend quelque 300 tonnes par an pour un usage dans l'agriculture, les vergers, l'horticulture ou chez des particuliers, selon les Verts.

Vendredi dernier, la Commission de la science, de l«éducation et de la culture du Conseil national a exprimé sa préoccupation à propos des effets de ce produit sur la santé. Elle a décidé de déposer un postulat demandant au Conseil fédéral d'examiner cette question de façon plus approfondie.

Le gouvernement ne souhaite toutefois pas interdire le glyphosate. Il a proposé en juin de rejeter deux motions exigeant une suspension immédiate des ventes et l'interdiction de cette substance. Un mois plus tôt, Migros et Coop avaient annoncé le retrait des herbicides contenant du glyphosate, suivant le principe de précaution. (afp/nxp)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire