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22 nov. 2015

Suisse : Les jeux d’argent, un fléau ignoré des parents d’ados

"L’utilisation excessive des écrans – ou hyperconnectivité – comporte elle aussi des conséquences sur la santé psychique et physique. Perte de concentration, troubles du sommeil ou irritabilité peuvent amener à des problèmes scolaires voire à la rupture sociale."

Les jeux d’argent, un fléau ignoré des parents d’ados
par Chloé Dethurens, Tribune de Genève, 
19 novembre 2015

Une étude montre que les jeunes sont souvent considérés comme peu vulnérables face au jeu excessif. Mais aussi aux réseaux sociaux et jeux vidéo

A Genève, la prévention du jeu excessif est le fait d’une association, baptisée Rien ne va plus. Pour trouver de nouvelles pistes d’action alors que l’offre de jeux d’argent, de réseaux sociaux et de jeux vidéo ne cesse de s’élargir, celle-ci vient de mener une nouvelle enquête, en collaboration avec Addictions Valais. L’enquête révèle notamment que de nombreux parents estiment que leurs enfants ne sont pas vulnérables face à ces pratiques. En particulier face aux jeux d’argent. A tort.
En 2012, les parents genevois ont été sondés sur la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis de leurs enfants. Cette année, 1400 personnes à Genève ont été interrogées par les associations spécialisées dans la prévention du jeu excessif, sur les pratiques de leurs jeunes âgés de 12 à 18 ans. Comment se comporte leur enfant face au jeu, comment lui en parle-t-on, quels sont les risques, quelles règles lui fixe-t-on? Les parents ont été invités à répondre à un questionnaire envoyé en juin, à Genève mais aussi en Valais.

Pas de discussion en famille

Les réponses récoltées révèlent notamment que la plupart des parents sous-évaluent le comportement de leurs jeunes face au jeu d’argent. En effet, la moitié des personnes sondées n’ont jamais abordé la problématique avec leur adolescent. Poker en ligne, billets à gratter, paris sportifs: près de 80% des interrogés n’ont jamais fixé de règles en la matière. D’ailleurs la quasi-totalité des parents pensent que leur enfant ne joue pas à ces jeux-là. Enfin, 70% d’entre eux estiment que leur ado n’est pas vulnérable face à ce type d’activité.

Le constat inquiète l’association Rien ne va plus. Car le phénomène des jeux d’argent, dont les conséquences peuvent être graves (lire ci-contre), est loin d’être désuet, à l’image du très populaire poker en ligne. «L’offre ne cesse d’augmenter, et la révision de la Loi sur les jeux d’argent va accentuer cette tendance», constate Gwenaëlle Sidibé. En effet, la nouvelle législation prévoit que les casinos suisses puissent également développer une offre de jeux de casino en ligne. Enfin, les jeux d’argent en ligne ont tendance à ressembler à de véritables jeux vidéo.

Plusieurs études récentes ont par ailleurs montré que le jeu d’argent est tout sauf marginal chez les adolescents: un sondage effectué par le CHUV en 2010 a dévoilé que 13,5% des jeunes y jouent au moins une fois par semaine, et que 34,8% l’ont fait entre une et 51 fois l’année précédente. «Au total, près d’un jeune sur deux avait donc joué à un jeu d’argent au cours de l’année considérée», mentionne l’étude. Une autre enquête réalisée en Valais en 2010 et 2012 auprès des apprentis et collégiens a quant à elle montré que deux tiers des premiers avaient déjà joué à des jeux d’argent, contre un tiers pour les seconds. Chez les apprentis, un jeune sur cinq est un joueur régulier et 65% des amateurs ont moins de 16 ans, selon l’étude. La moyenne d’âge pour le premier jeu est de 13 ans.
Pour Rien ne va plus, il est désormais nécessaire de sensibiliser les parents d’ados sur les risques du jeu excessif, mais également les professionnels qui les côtoient, tels qu’enseignants ou éducateurs. L’association propose notamment la création d’un dépliant. Celui-ci pourrait également informer sur les paris sportifs, thème visiblement méconnu par les parents, selon l’étude.

Informer sur les risques

Quant aux réseaux sociaux, la quasi-totalité des parents disent avoir abordé le sujet avec leur ado. Mais moins d’une personne sur deux leur a parlé des risques, et une sur trois du temps passé sur ces plates-formes. Par ailleurs, si la plupart des parents estiment avoir une très bonne connaissance des sites en question, 34% souhaiteraient obtenir davantage de renseignements à leur sujet. «Les informations préventives doivent être intensifiées et menées le plus tôt possible, conclut l’étude. Etant donné les risques multiples des réseaux sociaux, qui dépassent le seul usage excessif (comme le sexting, le cybermobbing, les droits et devoirs sur Internet, etc.), il serait utile de collaborer avec d’autres institutions pour diffuser de l’information aux parents, comme la police ou Pro Juventute.»
Enfin, selon Rien ne va plus, les parents devraient également être sensibilisés aux risques, à l’âge recommandé et aux conséquences de l’usage de jeux vidéo, puisque seule la moitié des parents en parlent à leurs ados. En effet, 61% des interrogés pensent que leur enfant n’est pas vulnérable face aux jeux vidéo.

Chloé Dethurens

Les conséquences sont multiples

Le jeu d’argent excessif engendre évidemment des problèmes financiers. Il s’agit de la première cause de demande d’aide. Selon le Groupement romand d’étude des addictions (GREA), la dette moyenne des joueurs en traitement s’élève à 257 000 francs.

Les conséquences peuvent également ressurgir sur la vie conjugale et familiale, entraînant mensonges, violences physiques ou verbales, divorces. Près d’un quart des joueurs qui consultent sont divorcés ou séparés, toujours selon le GREA. Les joueurs excessifs peuvent également souffrir d’un isolement social (emprunts auprès de proches générant de la honte) et d’une précarisation (perte du travail). Près de 18% des joueurs en traitement sont au chômage. Des soucis de santé en découlent, comme la dépression, le stress, la culpabilité, entraînant parfois des tendances suicidaires.

L’utilisation excessive des écrans – ou hyperconnectivité – comporte elle aussi des conséquences sur la santé psychique et physique. Perte de concentration, troubles du sommeil ou irritabilité peuvent amener à des problèmes scolaires voire à la rupture sociale. 1% des Suisses seraient concernés.
CH.D.

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