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1 nov. 2015

Suisse : Un cancer sur dix frappe avant l'âge de 40 ans

Iavana Jaton, qui a appris qu'elle avait un cancer à 34 ans,
préside l'Antenne Femmes Jeunes.  
Philippe Maeder
Un cancer sur dix frappe avant l'âge de 40 ans
par Caroline Zuercher, Tribune de Genève,
26 octobre 2015

Les cas de cancer du sein sont en hausse chez les jeunes femmes. Et ce risque est souvent négligé

Ivana Jaton avait 34 ans lorsqu’on lui a diagnostiqué un cancer du sein. «Je ne pensais pas à cette maladie, raconte cette mère de famille. J’ai senti une boule, mais j’ai imaginé que cela passerait… Et puis elle a grossi.» Son médecin l’a rassurée. «Il a ri en me disant que je sentais une côte!» Malheureusement, la trentenaire avait raison. Deux mois plus tard, elle a commencé à avoir des saignements. Son sein était tellement enflammé qu’«on n’y voyait plus rien. Mais là encore, en attendant les résultats des examens, on m’a dit de ne pas m’inquiéter, que j’étais trop jeune…»


Plus de neuf fois sur dix, le cancer du sein touche des personnes de plus de 40 ans. Alors, quand la tumeur apparaît plus tôt, on n’y pense pas forcément. «Le diagnostic est souvent posé de façon tardive, regrette Ivana Jaton. Or, quand la maladie est à un stade avancé, la prise en charge est plus lourde.» Cette situation s’explique aussi par le fait que les examens, la palpation notamment, sont plus compliqués chez les jeunes femmes, dont la poitrine est particulièrement dense.

Développer un tel cancer avant 40 ans entraîne des difficultés particulières. «Certaines jeunes filles ont à peine 20 ans quand elles découvrent leur maladie», poursuit Ivana Jaton, qui préside l’Antenne Femmes Jeunes, un groupe réunissant une quarantaine de Romandes dans sa situation. «Le problème du corps qui change, de l’image de soi, est encore plus grand à cet âge-là, aussi bien pour les femmes que pour leurs partenaires. Cela a des conséquences très particulières sur leur vie intime.»

Une carrière et des enfants

Il y a aussi les questions pratiques. «Ces patientes ont parfois une famille, des petits enfants, et elles sont au milieu de leur carrière professionnelle, résume l’oncologue Monica Castiglione. Elles ont besoin d’aide à la maison. Vous ne pouvez pas faire à manger en rentrant d’une chimiothérapie… Et puis il faut un soutien pour leurs proches, avec par exemple des pédopsychiatres.»

Souvent, les traitements agissent sur les hormones, ce qui provoque une ménopause précoce. A 33 ans, la Bernoise Ricarda Bender traverse cette épreuve: «Je n’y étais pas préparée. On ne m’avait pas parlé de tous les effets secondaires. C’est aussi difficile de travailler dans ces conditions.» Le problème est que le changement survient pratiquement d’un jour à l’autre. Le corps n’ayant pas le temps de s’habituer, ses effets sont particulièrement forts.

Examen remboursé

Aujourd’hui, Ricarda Bender est inquiète: pourra-t-elle avoir des enfants lorsque tout sera terminé? Pour augmenter les chances des jeunes femmes, leurs ovocytes peuvent être prélevés avant le traitement afin d’être cryoconservés. Mais ses médecins ont estimé que cela n’était pas nécessaire. «Ils m’ont dit que j’étais encore jeune… Depuis, j’ai appris qu’il faudrait toujours en discuter sérieusement», soupire cette membre du comité d’Europa Donna Suisse (EDS), une association qui regroupe des professionnels et des patients. Si ces questions sont peu connues, les choses sont en train de changer. Est-ce grâce à la médiatisation du cancer de certaines stars, comme Anastacia ou Kylie Minogue? Toujours est-il que, depuis quelques années, cette problématique est davantage prise en compte. Il y a un an, l’association EDS a par exemple lancé une application mobile, Breast Test, pour aider les femmes de la génération smartphone à effectuer un autoexamen de leur poitrine.

Depuis le 15 juillet, l’assurance de base rembourse aussi l’examen des seins par résonance magnétique pour les femmes qui présentent un risque élevé. Différent de la mammographie classique, il coûte aussi plus cher (670 francs, contre 190 pour la variante classique), mais permet une meilleure surveillance des jeunes femmes (lire ci-dessous) . Enfin, les principales concernées s’organisent. Comme Ivana Jaton en Suisse romande, Ricarda Bender crée actuellement un groupe de patientes en Suisse alémanique. L’objectif? Se soutenir, échanger des informations. Et tenir le public informé pour que ces cancers soient diagnostiqués le plus rapidement possible.
Caroline Zuercher

Le pronostic est moins favorable chez les jeunes femmes touchées

En Suisse, les cancers du sein chez les femmes de moins de 40 ans sont en augmentation de 1% à 3% par année, alors que leur nombre est en baisse chez les femmes plus âgées. Cette hausse correspond à celle constatée dans d’autres pays développés. Plusieurs pistes sont avancées pour l’expliquer – les femmes ont des enfants toujours plus tard, mangent différemment, sont entourées d’hormones… – mais rien n’a été démontré. Ces tumeurs sont aussi plus graves et le risque de récidive est supérieur. «De façon générale, les jeunes développent des types de cancer plus agressifs. Pour celui du sein, on voit en plus que, pour le même type de cancer, le pronostic est moins bon lorsqu’on est jeune», explique Monica Castiglione, oncologue spécialiste du cancer du sein. Aujourd’hui à la retraite, elle a cofondé le Centre du sein aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

«Les registres des tumeurs nous montrent que des choses se passent dans cette catégorie de la population. Ces cancers de jeunes femmes ont certainement une biologie particulière. Mais c’est une notion nouvelle pour laquelle nous manquons de données», confirme Alexandre Bodmer, responsable de la consultation d’oncogynécologie médicale aux HUG.

Pour les spécialistes, les femmes et les médecins doivent avoir conscience de ces risques. «Beaucoup de jeunes malades disent que le médecin leur a assuré qu’elles étaient trop jeunes pour avoir un tel cancer, poursuit Monica Castiglione. Certaines vont aussi consulter car elles ont mal à la poitrine. On leur explique alors que ces tumeurs ne sont pas douloureuses. Or, cela peut être le cas chez les jeunes femmes. Il y a aussi un souci avec les femmes enceintes. Les médecins risquent de lier des modifications dans la poitrine à la grossesse sans effectuer d’autre recherche.»

Aujourd’hui, de nombreuses études sont menées dans le domaine. «Beaucoup de choses sont aussi faites pour sensibiliser le corps médical, ajoute Monica Castiglione. Des journées d’information ont récemment été organisées à Genève et dans le canton du Tessin.»

Le dépistage précoce devrait-il être étendu? «Cela reste une maladie rare chez les jeunes femmes, répond Monica Castiglione. La mammographie classique n’est pas assez sensible pour détecter une tumeur chez elles. Il faut donc réaliser un examen des seins par résonance magnétique. Mais il ne vaut pas la peine de le faire pour tout le monde!» Alexandre Bodmer est du même avis: «L’IRM est d’une grande sensibilité, mais elle ne permet pas de savoir si ce que nous voyons est un cancer. Il faudrait donc imposer de nombreuses biopsies, voire des chirurgies inutiles aux femmes.» Au final, le conseil est d’en parler avec son médecin s’il y a des antécédents familiaux .
C.Z.

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