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19 déc. 2015

« Électrohypersensible, ma vie est un cauchemar »

Stéphane* évite d'être proche d'une antenne relais.  Les
champs électromagnétiques le rendraient gravement malade.
« Électrohypersensible, ma vie est un cauchemar »
par Cécile Rossin / Propos recueillis par Guillaume Griffon, leclaireurdechateaubriant.fr
14 décembre 2015

Stéphane* habitait à Saint-Vincent-des-Landes. Il a dû quitter le domicile familial car il souffre d'électrohypersensibilité. Les champs magnétiques le rendraient gravement malade.

Vous souffrez d’électrohypersensibilité (EHS). Pouvez-vous nous décrire de quoi il s’agit ?

L’EHS, c’est le fait d’être malade à cause des champs électromagnétiques. Ils sont créés par les lignes électriques, les éoliennes, les antennes relais, les téléphones portables, les appareils électroménagers, les réseaux wi-fi, les Bluetooth, les consoles portables connectées… Je suis même sensible aux prises de courant. Même si rien n’est branché dessus.

Qu’est ce que cela provoque ?

C’est comme si je me sentais brûlé de l’intérieur. Je ressens de grosses migraines, comme des brûlures dans mon cerveau. Mais aussi sur d’autres parties du corps. Je suis aussi victime d’insomnies. J’ai de moins en moins d’émail sur les dents. J’ai de gros problèmes de mémoire et du mal à réfléchir. Ma situation se dégrade rapidement alors que je prends déjà des précautions.

Comment cela s’est déclaré ?

J’ai aujourd’hui 42 ans. Cela fait 19 ans que je suis malade. Ça a commencé par un MCS, syndrome de sensibilité chimique multiple. J’étais électronicien dans la région rouennaise. Un jour, quelque temps après avoir reçu un vaccin, je me suis senti mal. J’étais pris d’allergies. Les gaz d’échappements me rendaient malade. Puis, c’est à l’ensemble des produits chimiques que je suis devenu allergique. J’ai continué à travailler en allant à vélo jusqu’au jour où je ne l’ai plus supporté. Je suis resté pendant 2 ans et demi chez mes parents, je ne sortais pratiquement plus de ma chambre. Ca s’est calmé un peu. Et puis, quand j’ai commencé à reprendre une vie normale, je me suis rendu compte que je souffrais aussi d’éléctrosensibilité légère. Au fil du temps, ça s’est aggravé. J’ai passé des années à me protéger au maximum, mais ça ne suffit pas. Je suis électrohypersensible depuis 6 ans maintenant.

Vous le ressentez en permanence ?

Pas toujours. Si je reste trop longtemps à proximité d’une antenne relais, ou d’une maison où il y a des boxs internet en wi-fi, je vais sentir au fur et à mesure le mal de crâne monter. Ça va aller crescendo, puis, un ou deux jours après, mon mal va diminuer. Jusqu’à la prochaine fois. C’est un empoisonnement permanent.
"Je vis presque comme un clochard depuis 2-3 ans."

Comment le vivez-vous au quotidien ?

Il m’arrive parfois de dormir dans ma voiture, dans des coins isolés, en campagne. L’été, je prends la tente. Je vis presque comme un clochard depuis 2-3 ans. C’est un cauchemar. Je ne travaille plus, j’ai été reconnu travailleur handicapé avec une restriction d’accès à l’emploi en janvier. Je vis avec 800 € par mois. J’ai trois enfants, dont le dernier a 2 ans et demi, qui vivent à Saint-Vincent-des-Landes. Quand je passe les voir, je suis malade pendant quelques jours. Je sors souvent aussi avec un appareil mesurant les champs électromagnétiques. Beaucoup d’électrosensibles s’en procurent pour savoir où ils seront le plus en sécurité. Mais la pollution électromagnétique est partout.

> A voir aussi, un reportage édifiant diffusé il y a quelques temps sur France 3 dans le magazine Hors-Série

Que vous disent les médecins ?

Beaucoup ne me croient pas. Alors que le syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques est reconnu par l’Organisation mondiale de la santé. Mais, en France, ce n’est pas reconnu comme une maladie. Ils ne comprennent pas notre souffrance. C’est un peu ce qu’il s’est passé avec l’amiante à l’époque. Des généralistes sont au courant de cette nouvelle maladie. Dans le secteur, deux médecins me suivent. Et puis il y a le professeur Belpomme, un cancérologue et spécialiste en médecine environnementale, qui suit le problème de l’électrosensibilité dans une clinique parisienne que j’ai déjà rencontré.

Et les traitements ?

"Il n’y a pas de traitement curatif. Il faut éviter d’être exposé trop longtemps."

Je prends des anti-inflammatoires, des anxiolytiques… Mais ça ne règle rien. Pour me sentir mieux, il faudrait revivre sans ces technologies que l’on a adoptées sans même savoir ce que cela provoquait sur le cerveau et l’organisme. Je cherche un endroit où je me sentirais bien : une maison a louer, un terrain, une camionnette… Sans voisins à moins de 30-40 mètres et sans antennes à 3 ou 4 km à la ronde. Et si possible, sans éoliennes à proximité. Ce n’est pas simple à trouver. Et puis les gens me prennent pour un fou quand je leur raconte ça.

Existe-t-il beaucoup de gens dans votre cas ?

Dans le secteur, je connais deux autres cas comme le mien. Les gens sont parfois très isolés. Des associations apportent un peu de soutien comme Les Robins des Toits, l’Artac (l’association du professeur Belpomme, N.D.L.R.) ou Une terre pour les EHS qui a recensé 1 277 malades en France. L’association milite pour la création de zones blanches partout en France, pour permettre aux personnes qui souffrent de vivre un peu plus normalement.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Je reste optimiste. Je me dis qu’il y a toujours plus grave que moi. Mais j’aimerais quand même que l’on nous prenne plus au sérieux. Y compris chez les politiques.

Propos recueillis par Guillaume Griffon

* prénom d’emprunt

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