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9 déc. 2015

La tablette numérique n’a rien d’une baby-sitter

Les petits sont très habiles avec les écrans tactiles, parfois
avant même de maîtriser les bases de leur langue
maternelle.  Image:  Getty Images
"François Hentsch, médecin adjoint au service de psychiatrie de l’enfant des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), confirme: «Trop de parents pensent que la tablette va aider les enfants à apprendre, or l’être humain a une capacité complexe à saisir les besoins du petit enfant et à s’y ajuster, ce que ne va pas faire une machine.» A sa consultation, il a vu des petits qui passent jusqu’à cinq à six heures par jour devant des écrans."

La tablette numérique n’a rien d’une baby-sitter
par Caroline Rieder, 24heures, 
6 décembre 2015

Petite enfance : Les spécialistes exhortent encore et toujours à la prudence pour les moins de 3 ans, et même au-delà.

Alors que les tablettes numériques figurent à nouveau en bonne place dans les catalogues de Noël, les experts recommandent toujours la prudence pour les moins de 3 ans. Et un usage très encadré ensuite. Récemment dans Le Monde, un collectif de psychologues, d’orthophonistes, de médecins et d’enseignants a tiré la sonnette d’alarme. L’usage intensif de la galette électronique provoquerait troubles de l’attention et hausse des consultations pour retard de langage.

Leur prise de position vise celle rendue par l’Académie française des sciences en 2013, qui donnait un feu vert assorti de nombreux garde-fous pour une approche des tablettes dès 6 mois. Coauteur de ce premier texte, le psychiatre Serge Tisseron estime qu’au fond les messages se rejoignent, en voulant éviter que l’instrument ne serve de baby-sitter. «Cette tribune cloue au pilori l’Académie des sciences, pour en reprendre ensuite l’un des messages: la tablette cause de sérieux troubles chez l’enfant lorsqu’elle devient le principal outil de stimulation». Or selon un récent sondage, les Américains de 2 ans passent en moyenne 2,2 heures par jour devant un écran!

Pratiques pour calmer, occuper un moment à la maison, au restaurant, chez le médecin, les tablettes et téléphones se retrouvent fréquemment entre de minuscules mains. Internet regorge ainsi de témoignages de parents connectés dont la progéniture maîtrise l’outil depuis ses 2 ans, voire plus jeune. Or, selon les spécialistes, il vaut mieux laisser l’enfant s’ennuyer que de vouloir l’occuper à tout prix. Les stimuli visuels étant par ailleurs très addictifs, certains parents se sont retrouvés à devoir interdire tout bonnement l’engin, pour éviter les crises de nerfs du jeune utilisateur au moment de s’en séparer. Sans compter que les écrans ne permettent pas d’appréhender l’espace en trois dimensions, de mordre, de toucher, d’empiler pour développer la motricité fine.

«Aucun bénéfice avant 3 ans»

«Avant trois ans, les enfants ne retirent aucun bénéfice de l’usage d’une tablette. Certains enfants qui peuvent compter en anglais jusqu’à 10 ne savent pas dire papa-maman. Ce n’est pas de l’apprentissage, c’est du mimétisme vocal. Il vaut mieux que l’enfant devienne expert dans sa ou ses propres langues», remarque Myriam Bickle Graz, pédiatre du développement au CHUV. Quant aux troubles imputés à un usage intensif, elle nuance: «Lorsqu’un enfant présente des retards ou troubles de développement, les écrans peuvent faire partie des causes, mais ce n’est jamais la seule.»

François Hentsch, médecin adjoint au service de psychiatrie de l’enfant des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), confirme: «Trop de parents pensent que la tablette va aider les enfants à apprendre, or l’être humain a une capacité complexe à saisir les besoins du petit enfant et à s’y ajuster, ce que ne va pas faire une machine.» A sa consultation, il a vu des petits qui passent jusqu’à cinq à six heures par jour devant des écrans. «Ce n’est pas la tablette qui est l’unique responsable des troubles de l’enfant, mais ce que l’on voit, en tout cas, c’est que lorsqu’on recommande d’arrêter de l’utiliser, les choses s’améliorent. Cela nous fait penser que l’usage excessif des tablettes contribue certainement à aggraver les troubles.»

Tablettes-jouets peu conseillées

Enfin, les tablettes développées exprès pour les enfants n’ont pas les faveurs des experts. Spécialiste du marketing digital, coauteure du blog app-enfant.com et d’une affiche récapitulant les recommandations liées aux enfants et aux écrans qui a fait mouche auprès des parents romands et français, la Vaudoise Laurence Zaied se dit sceptique: «Les tablettes-jouets ne sont pas très évolutives, de plus elles fonctionnent avec des systèmes fermés qui limitent fortement le nombre d’applications à disposition.» Tout comme Serge Tisseron: «Mieux vaut avoir un appareil familial, ça évite que l’enfant se l’approprie, et ça permet de fixer un temps d’utilisation limité en fonction de l’âge.»

0 à 3 ans

10 minutes par session, 2 sessions par jour maximum.

Le conseil : privilégier les écrans interactifs, à n’utiliser qu’avec un adulte, et uniquement pour s’amuser, en complément avec des jouets traditionnels. Télévision: déconseillée, y compris les émissions qui se disent éducatives.

3 à 6 ans

20 minutes par session, 2 sessions par jour au maximum.

Le conseil: privilégier les écrans interactifs, à n’utiliser qu’avec un adulte. Télévision: toujours déconseillée.Jeux vidéo: à petites doses, plutôt à plusieurs, sur les ordinateurs et consoles de la famille au salon, et pas dans la chambre de l’enfant.

6 à 9 ans

30 minutes par session, pas plus de 2 sessions par jour.

Le conseil: l’enfant peut utiliser les écrans en autonomie, mais avec un adulte à proximité. Télévision: autorisée mais sans images de violence. Jeux vidéo: usage modéré

9 à 12 ans

30 minutes par session, pas plus de 2 sessions par jour.

Le conseil : l’enfant peut utiliser seul les écrans.Télévision: autorisée avec des programmes adaptés.Jeux vidéo: privilégier les jeux à plusieurs.

Sources: Serge Tisseron et app-enfant.com (24 heures)

«Le petit enfant cherche avant tout la relation»

Le psychiatre français Serge Tisseron fait référence sur la question des enfants et des écrans avec sa règle des 3-6-9-12, qui fixe des jalons pour la consommation des écrans à chaque âge. Il a aussi participé à la rédaction de l’avis de l’Académie des sciences.

Quelles sont les précautions concernant l’usage des tablettes?
Avant 3 ans, son usage doit toujours être accompagné, sur de courtes périodes, sans autre intention que de s’amuser, en complément avec les jouets traditionnels.

Pourquoi est-il si important que les moments de jeu entre bébé et ses parents n’aient pas lieu uniquement autour d’une tablette?
Si l’adulte s’intéresse à la technologie,il peut utiliser une tablette un moment avec son enfant, en choisissant des logiciels adaptés. Il ne faut pas se fier aux indications d’âges des fabrications, mais plutôt aux sites Internet qui testent ces applications. Mais le recours à des jeux plus traditionnels est important pour que l’enfant n’ai pas l’impression qu’il ne peut avoir son parent que s’il s’intéresse aux outils numériques.

Sans interdire, vous mettez cependant des limitations strictes…
Effectivement. Pas de tablette pendant le repas, ni pour calmer un enfant, et jamais le soir, car les recherches ont démontré que le sommeil est perturbé par la lumière bleue émise par ces appareils.

Les smartphones sont-ils assimilables aux tablettes?
Beaucoup de parents en font le même usage et ont tendance à confier leur téléphone un moment pour jouer. Or les smartphones doivent rester réservés aux adultes. Il est très important que l’enfant comprenne ça. Il vaut mieux avoir une tablette familiale et partagée.

Plus encore qu’avec les outils interactifs, la prudence reste de mise avec la télévision…
Il y a un recul de quarante ans concernant les recherches sur la télévision, et les résultats sont accablants. Le petit écran retarde l’apprentissage du langage et réduit la capacité de concentration, et cela, même si c’est en bruit de fond et si l’enfant est très petit. Lorsque l’appareil est allumé en permanence, cela va empêcher le bébé de se concentrer sur son jeu.

http://www.24heures.ch/vivre/societe/tablette-numerique-dune-babysitter/story/31256248

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