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3 déc. 2015

Suisse : L’épuisement au travail est enfin pris en charge par le SECO et les employeurs

(Personne n'accuse les effets néfastes du rayonnement
électromagnétique ou l'usage excessif des
technologies sans fil.)
Le stress au travail coûte 5 milliards de francs par an

L’épuisement au travail est enfin pris en charge par le SECO et les employeurs
par Ivan Radja, Le Matin,
29 novembre 2015

Confédération, employeurs et chercheurs s’attaquent aux causes du burnout. Avéré, le mal est l’objet d’un premier séminaire national ce jeudi, à Fribourg.

Cela s’appelle du stress, ou de l’épuisement, et peut déboucher sur une baisse de productivité, des erreurs professionnelles ou, dans les cas extrêmes, un burnout. Mais les souffrances liées au travail se nomment aussi mobbing, ou harcèlement. Raison pour laquelle le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) désigne tous ces maux par «risques psychosociaux liés au travail». Le simple fait de nommer le mal est révélateur de la prise de conscience officielle de ce phénomène. «Nous l’avons inscrit comme action prioritaire, conçue et mise en place d’entente avec les cantons, responsables de l’exécution, pour un programme qui court de 2014 à 2018», explique Valentin Lagger, chef de l’inspection fédérale du travail au SECO. Plus d’un million d’actifs seraient atteints de près ou de loin, estime pour sa part Promotion Santé Suisse.

Le colloque national du 3 décembre, organisé à Fribourg par le SECO et la Haute Ecole de gestion (HEG-FR) sera la première du genre entièrement consacrée à ce thème. «De très nombreux acteurs concernés ont répondu présent, des patrons, des RH, des experts, une centaine de participants en tout», se félicite le directeur Rico Baldegger. Parmi les conférenciers, Johannes Siegrist, professeur à l’Université de Düsseldorf, auteur mondialement connu du modèle scientifique «Effort – Récompense». En résumé, son modèle porte sur l’équilibre entre les efforts consentis (contraintes de temps, interruptions, heures sup, augmentation de la demande, investissement personnel), et les récompenses (rémunération, estime, sécurité de l’emploi, opportunités de carrière). «Un déséquilibre entre les efforts élevés consentis et de faibles récompenses, ainsi que le manque de reconnaissance, ont un effet sur la dégradation de l’estime de soi, ce qui peut avoir des conséquences graves», précise
Matthias Rossi, directeur de l’Institut entrepreneuriat et PME à la HEG-FR.

Comment les Suisses peuvent-ils être stressés alors que le pays connaît un taux de chômage fort bas (3,3%)? «Je pense que c’est parce qu’ils travaillent davantage, qu’ils sont sous une énorme pression, que le pays va bien», rétorque Dimitri Djordjevic, directeur de la clinique lausannoise La Source. Pour le conseiller aux Etats Didier Berberat (PS/NE), auteur d’une interpellation au Conseil fédéral sur ce sujet en mars dernier, «la Suisse doit progresser en la matière. C’est un pays libéral, où la santé de l’employé est considérée comme relevant de la seule sphère privée et du médecin traitant. La médecine du travail est peu développée, ce n’est pas une profession attirante.» Christophe Iseli, chef de l’inspection du travail pour le canton de Fribourg, observe pour sa part que «la paix sociale n’a pas renforcé la défense des travailleurs, les syndicats ne sont pas très forts, et les Suisses ont le sentiment que la protection contre le licenciement est très faible».

Réels ou fantasmés, ces facteurs anxiogènes ont des répercussions sur la santé et les acteurs en prennent conscience: la HEG a récemment mis sur pied une journée consacrée à la santé des travailleurs, et le SECO, depuis l’an passé, édite brochures explicatives et forme les inspecteurs cantonaux du travail à la façon d’aborder ce problème. Christophe Iseli: «Nous avons des formations techniques qui ne nous préparent pas à cet aspect des choses. Nous veillons à ce que la loi sur le travail soit respectée, les heures par exemple, mais il faut désormais faire mieux, car une personne qui a eu un burnout ne revient pas, ou avec une cassure qui met longtemps à se résorber.» Dans les grandes entreprises, les cadres supérieurs touchés par un burnout peuvent parfois abandonner l’opérationnel pour le stratégique, mais «dans les PME, un patron qui craque peut signifier la fermeture de la boîte», poursuit Christophe Iseli.

Les inspecteurs instruits par le SECO ne doivent pas s’immiscer dans la marche des entreprises, mais veiller à ce qu’elles se munissent d’une structure de prévention. C’est le cas à la Clinique de La Source, explique Dimitri Djordjevic: «Depuis janvier, une plate-forme constituée de deux employés respectés de tous, mais non cadres, et non RH, est mise à disposition des personnes qui éprouvent souffrances ou difficultés.» Rico Baldegger insiste sur le fait que cette journée soit en partie due à une Haute Ecole de gestion: «Ce problème est important, mais pas seulement pour une question de chiffres. Il appelle une approche humaniste.» Un discours désormais dispensé aux étudiants de la HEG-FR, «les dirigeants de demain».

Ivan Radja

Le stress au travail coûte 5 milliards de francs par an

Les données chiffrées sont assez lacunaires en ce qui concerne les troubles psychosociaux liés au travail. L’éventail des symptômes et des causes, liés au travail ou à la vie privée, est trop vaste pour livrer un diagnostic aussi clair que pour une jambe cassée. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) dispose de quelques données datées de 2005, qui estimaient à 660 000 le nombre de personnes victimes de stress, 410 000 d’épuisement général, 260 000 d’irritabilité, 250 000 de maux de tête et 240 000 de troubles du sommeil. Un tiers des personnes actives (34%) s’étaient senties souvent voire très souvent stressées en 2010, contre 27% en 2000. En dix ans, ces pathologies ont pris de l’ampleur, en raison de la compétitivité accrue, de la pression, et des nouvelles technologies, qui ont estompé les frontières entre vie professionnelle et vie privée. Consciente de ces lacunes, Promotion Santé Suisse a mis en place en 2014 un sondage (sur près de 3000 personnes), le Job Stress Index, qui estime qu’en 2015 une personne sur cinq de la population active, soit 22,5%, éprouve du stress sur le lieu de travail, ce qui représente un coût de quelque 5 milliards de francs aux employeurs.

http://www.amge.ch/2015/11/30/lepuisement-au-travail-est-enfin-pris-en-charge-par-le-seco-et-les-employeurs/

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