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6 déc. 2015

Téléphone portable: quels dangers pour la santé?

Adrienne Barman
"Dans quelque domaine que ce soit, tous les abus finissent par se payer un jour…"

"Particulièrement vulnérables aux rayonnements électromagnétiques, les adolescents de moins de 15 ans ne devraient pas avoir accès à un mobile."

Téléphone portable: quels dangers pour la santé?
par Christian Rappaz, L'illustré,
12 février 2015

Comme beaucoup, la FRC exige qu’une étude sérieuse soit menée pour démontrer, une fois pour toutes, si l’abus du téléphone portable se révèle oui ou non toxique. L’OMS promet une réponse pour 2016. Etat des lieux d’un dossier très sensible.

Mathieu Fleury est fâché. A l’instar de millions de personnes à travers le monde, le secrétaire général de la Fédération romandes des consommateurs (FRC) a le désagréable sentiment de se faire mener en bateau sur la question des éventuels effets secondaires non désirables que pourrait provoquer l’utilisation massive du téléphone portable.

«Personne ne veut trancher!»
«Nous nous trouvons dans la même situation qu’avec la cigarette à l’époque. Personne ne veut trancher, de peur de toucher à des intérêts économiques. Résultat, les consommateurs restent dans le flou et l’incertitude. S’il y a un domaine qui mériterait pourtant une étude digne de l’ampleur du phénomène, c’est bien celui-là. On veut la vérité!» tonne le Jurassien.
Mais le sujet est sensible, presque tabou, tant les enjeux sont colossaux. Les chiffres donnent le vertige. En 2014, à l’échelle planétaire, le marché de la téléphonie mobile a généré un chiffre d’affaires global supérieur à 1000 milliards de dollars. Il s’est vendu 1,6 milliard de portables dans le monde, dont 1,3 milliard de smartphones, le nombre d’abonnements a atteint 6,9 milliards de contrats, selon l’estimation de l’association des principaux opérateurs nationaux, la GSMA. Cette dernière se réjouit déjà de voir ce chiffre grimper à 9,7 milliards d’ici à la fin de 2017.



Etudes et contre-études
On comprend mieux pourquoi personne ne veut prendre le risque d’accuser ou même de soupçonner nos Natel d’être la cause de certains de nos maux. Et lorsqu’un (rare) kamikaze se met à jouer à l’empêcheur de téléphoner en rond, il est rapidement renvoyé à ses études par une contre-enquête qui classe le téléphone portable dans la catégorie des joujoux inoffensifs dont on peut abuser sans modération. Des études aux conclusions très rassurantes, souvent financées par des géants ou des intervenants du secteur. Dans ce jeu de ping-pong et de poker menteur, difficile de trier le vrai du faux.

Groupe 2B, crédible mais sans que l’on puisse éliminer le hasard
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’y est toutefois attelée, via son Centre international de recherche sur le cancer. Elle a promis de rendre des réponses fiables courant 2016. A ce jour, l’organisation se contente de classer les champs électromagnétiques de radiofréquence des téléphones portables dans la catégorie des cancérogènes possibles pour l’homme. Techniquement, cela réfère au groupe 2B, catégorie utilisée lorsqu’on considère comme crédible un lien de cause à effet mais sans que l’on puisse éliminer le hasard.

Conclusions ambiguës
Pas de lien de cause à effet. C’est justement la conclusion à laquelle arrive la dernière étude en date, réalisée par deux scientifiques françaises dans le cadre d’une thèse. Publiées dans le journal Occupational & Environmental Medicine, les conclusions de Gaëlle Coureau et d’Isabelle Baldi, chercheuses à l’Unité d’épidémiologie de l’Université de Bordeaux, restent toutefois ambiguës. Pour elles, si le lien de cause à effet entre l’utilisation massive du téléphone portable et le développement d’une tumeur au cerveau n’est pas démontré, le risque d’avoir une association positive entre les deux s’en trouve augmenté. «Ce qui ne signifie pas qu’une personne utilisant massivement son téléphone portable développera forcément une tumeur. Celle-ci reste rare. Environ 8 cas de gliome pour 100'000 personnes,» nous a précisé Gaëlle Coureau… au téléphone.

On abuse au-delà de 896 heures dans une vie, soit plus de quinze heures par mois
Les deux scientifiques ont livré leurs conclusions après avoir épluché les données d’exposition au téléphone mobile et les données médicales de 1339 personnes, de 59 ans d’âge moyen, dont 447 présentaient une tumeur cérébrale de type gliome ou méningiome. A partir des mêmes données, elles ont également quantifié ce qu’elles entendaient par «utilisation massive» du Natel. Selon leurs calculs, l’abus commence au-delà de 896 heures d’appels dans une vie, soit plus de quinze heures par mois. Ou encore trente minutes par jour sept jours sur sept pendant au moins six ans.

Risque trois fois plus élevé après vingt-cinq ans d’utilisation
En parallèle, une étude suédoise publiée dans la revue Physiopathologie d’octobre 2014 conclut que le risque de développer une tumeur maligne du cerveau ou de la moelle épinière est trois fois plus élevé après vingt-cinq ans d’utilisation. «Nous pouvons le voir clairement après avoir analysé les résultats de 1498 cas de personnes atteintes et effectué 3530 contrôles pour déterminer si l’utilisation du téléphone avait un effet sur leur cancer», confie l’auteur principal de ces travaux, le célèbre Dr Lennart Hardell, qui contredit au passage une vaste étude de la Société danoise du cancer, conduite par le médecin suisse Patrizia Frei.
Menée durant dix-huit ans sur pas moins de 358 403 abonnés, ses conclusions, publiées en 2011, indiquent que, durant cette période, 10 729 personnes ont développé une tumeur du système nerveux central (5111 hommes et 5618 femmes), mais que ce chiffre n’est pas plus important que chez les personnes qui n’utilisent pas de téléphone portable, avant de conclure par une nouvelle phrase alambiquée: «Cela dit, il n’est pas exclu qu’une augmentation du risque apparaisse chez les très gros utilisateurs depuis plus de quinze ans.»

Champs magnétiques
D’autres études évoquent le risque de cancer de la glande parotide, une glande salivaire située près de l’oreille, des perturbations occasionnelles dans le système nerveux et sur la fréquence cardiaque, un possible déséquilibre de la circulation sanguine et de la pression artérielle, des maux de tête, des vertiges, des fatigues inhabituelles, des insomnies et même de l’infertilité. Autant de maux et de dérèglements qui seraient provoqués par les champs magnétiques à basse fréquence qui traversent notre corps. Une étude espagnole montre même que les objets métalliques tels que les boucles d’oreilles ou encore les branches de lunettes augmentent de 25% la quantité d’ondes absorbées par le cerveau.

«Tous les abus se paient»
Balivernes, rétorque Diego Oppenheim, responsable de la communication du Forum Mobil, une plate-forme d’information regroupant les géants du secteur: Swisscom, Sunrise, Salt, Ericsson ou encore Nokia. «Jusqu’à aujourd’hui, aucune étude formelle n’a apporté la moindre preuve de la dangerosité des rayonnements. Il existe en revanche des tonnes d’études démontrant que les avantages de l’utilisation de la téléphonie mobile sont nettement plus importants que les risques présumés que celle-ci est supposée induire», argumente-il.
En attendant d’en avoir le cœur net, si tant est qu’on puisse l’avoir un jour, on se contentera d’appliquer les recommandations de l’OMS (voir encadré) et de méditer sur la phrase de Gaëlle Coureau: «Dans quelque domaine que ce soit, tous les abus finissent par se payer un jour…»

8,1  millions de Suisses, 11  millions d’abonnements, 12,2  milliards de chiffre d’affaires

La téléphonie mobile appartient aux grandes révolutions technologiques qu’a connues l’humanité au cours du demi-siècle écoulé. Apparu au début des années 80, le téléphone portable s’est vite miniaturisé pour se retrouver aujourd’hui dans la poche de plus de 80% des êtres humains (5,7 milliards de personnes). Sa vitesse de pénétration a été hallucinante. S’il lui a fallu 40 ans pour atteindre un milliard de personnes, le deuxième milliard fut atteint en moins de 4 ans et le troisième en moins de 2 ans. Il se vend actuellement 55 téléphones portables chaque seconde dans le monde, soit 1,6 milliard par année, dont1,3 milliard de smartphones.

A ce jour, on estime à 6,9 milliards le nombre d’abonnements au mobile sur la planète. En Suisse, ce chiffre a passé de 1 million en 1996 à 11 millions au début de 2014. Le taux de pénétration est donc de 137 abonnements pour 100 habitants, alors qu’il n’était que de 10 en 1996. C’est dans la moyenne des pays de l’OCDE, largement devant le Canada et les Etats-Unis. En Europe, c’est la Finlande, avec 172 abonnements pour 100 habitants, qui domine ce classement. En 2014, 97% des Suisses utilisaient un téléphone portable ou un smartphone, générant un chiffre d’affaires de 12,2 milliards de francs. Environ 2,8 millions de téléphones portables sont vendus chaque année dans notre pays. Paradoxalement, les Suisses ne téléphonent que 17 minutes par jour avec leur portable contre 29 minutes en 2010. En revanche, ils passent 49 minutesquotidiennement tête baissée sur l’internet mobile.

10 conseils pour limiter les risques

1 Particulièrement vulnérables aux rayonnements électromagnétiques, les adolescents de moins de 15 ans ne devraient pas avoir accès à un mobile.

2 Eviter tout contact d’un téléphone portable avec le ventre d’une femme enceinte, les cellules de l’embryon étant très sensibles aux rayonnements émis par le mobile.

3 Eviter d’approcher le téléphone portable à moins de 20 cm d’un implant cardiaque ou autres implants métalliques.

4 Lors de l’achat d’un nouveau portable, préférer un modèle dont la valeur de DAS est la plus faible possible, de préférence inférieure à 0,7 W/kg. Mesuré en watts par kilogramme (W/kg), le fameux DAS (débit d’absorption spécifique) indique la quantité d’énergie absorbée par l’organisme. La législation européenne a fixé un plafond de 2 W/kg, tandis qu’outre-Atlantique le rayonnement maximal autorisé est de 1,6 W/kg.

5 Eviter de porter son mobile à la hauteur de la hanche, des parties génitales ou de l’aisselle, ou contre le cœur.

6 Préférer l’utilisation d’un kit à fil pour éloigner l’appareil de son cerveau et de son oreille. Une oreillette sans fil dégage des ondes.

7 Limiter le nombre et la durée des appels. En moyenne, pas plus de six appels par jour, qui n’excéderont pas trois minutes chacun. L’idéal est de respecter un temps moyen de 1 h 30 entre chaque appel.

8 Téléphoner dans des conditions de réception maximale. Appeler alors qu’on capte mal le réseau multiplie le DAS émis par le portable jusqu’à 4.

9 Ne pas téléphoner en voiture ou dans toute autre infrastructure métallique. L’effet cage de Faraday emprisonne et répercute les ondes émises par le portable.

10 Ne jamais conserver un téléphone allumé ou en recharge à moins de 50 cm de sa tête durant la nuit.

http://www.illustre.ch/illustre/article/telephone-portable-quels-dangers-pour-la-sante

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