Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

27 févr. 2016

Electrohypersensibilité : "Zone Blanche" gagne un prix au Big Sky Film Festival

February 2016 Big Sky Film Festival: "The artistic vision award for shorts went to Gaëlle Cintré's "Zone Blanche," about four women who are hypersensitive to electromagnetic fields, which drives them to seek refuge deep in the Alps and away from any technology."

Voici des notes de Gaëlle Cintré sur son film :

"La situation des électro-hypersensibles est frappante par son invisibilité. Invisibilité des ondes. Invisibilité des maux dont ils souffrent. Invisibilité des EHS eux-mêmes et de leurs revendications aux yeux de la société."

Invisibles EHS

J’ai commencé l’année dernière à travailler à un projet de film sur et avec des électro-hypersensibles. 

Ces personnes — EHS — sont « allergiques » aux ondes et aux champs électromagnétiques artificiels dont nous sommes quotidiennement entourés: ondes Wi-Fi, antennes relais, téléphones portables et autres appareils électroniques en tous genres. Une allergie à la technologie en somme. 

Les EHS, une fois qu’ils ont identifié la source de leurs problèmes, n’ont pas d’autre choix que de s’exiler. Il leur faut fuir les villes parce qu’elles sont évidemment des nœuds technologiques. Mais cela revient également à s’écarter des concentrations humaines, et petit à petit à renoncer à une vie sociale. 

C’est ainsi qu’ils entrent dans une phase de survie. Cela commence généralement par une longue errance à la recherche d’un endroit moins toxique et plus supportable. Une situation d’isolement forcé, pour éventuellement parvenir à trouver refuge dans une zone blanche. Mais les zones blanches se font rares dans notre société connectée. 

Je me suis habituée à ce sentiment d’apnée technologique lorsque je pars plusieurs jours à leur rencontre. Et c’est toujours avec un drôle de frisson de culpabilité que je rallume mon téléphone sur le trajet du retour. Après avoir été à leur contact, je ne peux m’empêcher de penser aux dizaines de box Wi-Fi empilées au-dessus de mon appartement, ni de lever les yeux et de repérer maintenant toutes les antennes relais qui s’accrochent à nos bâtiments, plus ou moins visibles, plus ou moins camouflées. 

La situation des électro-hypersensibles est frappante par son invisibilité. Invisibilité des ondes. Invisibilité des maux dont ils souffrent. Invisibilité des EHS eux-mêmes et de leurs revendications aux yeux de la société. 

Les électro-sensibles, s’il doivent adapter en profondeur leurs habitudes et leurs modes de vie, parviennent encore à mener une vie presque « normale ». Et pourtant, il n’est pas toujours très aisé de les trouver et de les joindre. Ils se cachent et se méfient, redoutent qu’on les prenne pour des fous. Si leurs témoignages existent bel et bien, il s’agit de les croire car les images ne montrent ni ne prouvent rien pour les sceptiques. 

Les électro-hypersensibles les plus atteints, eux, ne supportent plus rien, même plus la proximité du courant électrique, d’une pile de montre ou de clef de voiture: c’est ainsi que trois femmes se sont mises à vivre en communauté forcée dans une grotte au milieu des HautesAlpes. La radicalité de leur situation, alors qu’elle permettrait enfin de faire image, en signe en réalité l’impossibilité : la présence d’une caméra leur serait insupportable. Là encore le sujet se dérobe et demeure invisible. 

Un film sur les EHS : certains diraient que c’est un film impossible, d’autres y verraient un défi. 

En effet, c’est alors tout le projet qu’il faut repenser. Comment documenter cette situation? Comment produire des images? Comment faire un film lorsque la possibilité même d’approcher son sujet avec le maté- riel adéquat pose problème? 

Le retour en arrière technologique qu’implique, par exemple, le fait de partir vivre sans électricité dans une grotte m’impose de devoir réfléchir à mon tour à une forme d’archaïsme dans la manière de réaliser mon film. Les contraintes de vie des électro-hypersensibles finissent par m'atteindre personnellement, lorsque je m’aperçois que je dois modifier quelques-unes de mes habitudes quotidiennes, mais influent également sur la préparation du tournage, pour le bien-être des personnes à filmer. 

Le film se fera donc. En pellicule. Avec une caméra mécanique. Il ne s’agit pas là uniquement d’un problème technique à contourner. Il ne s’agit pas non plus seulement d’une résolution esthétique de la situation. C’est une question éthique qui est en jeu. Les moyens de productions ne peuvent pas venir concurrencer leur sujet. C’est en acceptant cette contrainte importante au cœur du projet que le film pourra se faire. C’est de cette manière qu’il sera juste, qu’il parviendra à trouver son économie et son écologie. 

L’invisibilité de la situation des électro-hypersensibles est un défi et m’investit, je crois, d’une sorte de responsabilité. Ce n’est pas parce qu’ils sont invisibles aux yeux de la société qu’ils n’existent pas. Ils ne sont ni fantômes ni fous. Ce n’est pas parce que les images sont difficiles à faire qu’elles n’existeront pas. Le film est déjà présent d’ailleurs, il se devine et se précise entre les lignes.

http://www.gaelle-cintre.net/pdfs/2-BOOKLET-FILM-PAPIER-INVISIBLES-EHS-HQ.pdf

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire