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27 févr. 2016

Le dépistage du cancer du sein, dernier avatar de la misogynie médicale

La visite médical, Toulouse Lautrec
Le dépistage du cancer du sein, dernier avatar de la misogynie médicale
par Annette Lexa, cancer-rose.fr

Annette Lexa est Docteur en toxicologie (Eurotox) et Expert toxicologue réglementaire-évaluateur de risque en santé-enrvironnement

L’intérêt du dépistage dans cancer du sein n’est pas scientifiquement prouvé

Le dépistage du cancer du sein semble une évidence pour les femmes et nous avons tous été bercées de ces « évidences » : le cancer du sein serait la première cause de mortalité chez la femme (ici), le cancer est une horrible maladie qui nous menace toutes, plus un cancer est détecté tôt, plus on guérit, le dépistage permet de détecter de petits cancers qu’on peut soigner , si on s’y prend tôt on aura moins d’ablations mutilantes .

Or contrairement à ce qui est affirmé partout, et même sur les sites institutionnels lorsqu'ils entendent promouvoir le DOCS (dépistage organisé du cancer du sein), les femmes meurent bien plus en France de maladies cardio-vasculaires. La mortalité effective (et non estimée) enregistrée par le CEPIDC (centre d'épidémiologie sur les causes de décès) par cancer du sein n'a pas baissé, les mortalités par cancers du côlon et du poumon n'ont pas changé durant cette même période. [1]

Certaines statistiques (estimations ?) enregistrent une légère baisse due principalement au fait que les femmes sont devenues plus attentives et mieux informées et que les traitements chirurgicaux et radiothérapiques ont fait de gros progrès.

Depuis 2009, une controverse scientifique (ici, ici, ici, ici) s’est développée autour de la balance bénéfice/risque du dépistage du cancer du sein, présenté comme l’examen de choix censé réduire cette mortalité. Cette controverse est née de vastes études épidémiologiques dans différents pays occidentaux (pas en France où l’épidémiologie est une science politiquement incorrecte à éviter). Cette polémique enfle actuellement avec cette récente étude américaine (ici) qui démontre de plus magistralement que le dépistage précoce non seulement n’a pas fait baisser la mortalité devenue stable, mais qu’il n’a pas fait baisser les ablations du sein.

On continue de vanter les ‘atouts’ du dépistage avec sa double lecture en cas de résultat négatif qui serait le top du top de la rigueur scientifique alors que personne ne semble s’interroger sur cette simple question de bon sens : « pourquoi pas de double lecture en cas de résultat positif ? » . Quelle confiance arrogante et asymétrique dans la lecture infaillible du spécialiste ! Le risque de faux positifs (faux cancers) avec ses prescriptions lourdes et invalidantes et le risque de faux négatifs (avec la découverte récurrente par les femmes elles-mêmes des fameux « cancers de l’intervalle » entre 2 examens) sont systématiquement sous-estimés. Et pour finir, le risque de développer un cancer par excès d’examens et de radiothérapies (ici) est très certainement sous-estimé alors que de récents travaux (http://www.larecherche.fr/savoirs/portrait/nous-ne-sommes-pas-tous-egaux-devant-rayonnements-01-09-2012-91575) devraient au contraire inciter à la plus grande prudence avec les femmes radiosensibles .

Mais, manifestement, le sacro saint principe de précaution – surtout lorsque la balance bénéfice risque n’est pas prouvée - est bien plus scrupuleusement appliqué pour les poulets, les steacks ou les céréales que pour le corps des femmes bien portantes (voire aussi la prise de la pilule, le traitement hormonal de la ménopause, les prothèses mammaires, les césariennes, les tampons périodiques, etc.)

Des techniques de manipulation pour imposer le dépistage à une clientèle féminine docile et captive.

Mais, alors, pourquoi assistons-nous depuis des années à cette véritable opération militaire de recrutement national quasi-stalinien[2] des femmes jusqu’au fond des campagnes les plus reculées et par tous les moyens ? Médecins, Institutions, associations, politiques, tous enrôlés pour la Grande Cause Nationale avec l’objectif chiffré de porter le recrutement idéalement à 70 voire 80%. On va jusqu’à user de « mammobiles » arpentant le département de l’Hérault dans ces villages les plus reculés pour vaincre les « réticences » des femmes « vulnérables » et « ayant une mauvaise image de soi» (je n’invente rien, allez lire ici) et proposer gratuitement un examen « utile » aux femmes dès 40 ans).

Tous les ans, nous avons droit à la supercherie de la campagne Octobre rose avec le déferlement de messages indécents, manipulateurs, culpabilisants, infantilisants, pour toucher les femmes par l’émotionnel censé être leur vecteur principal de communication et visant à les transformer toutes en bécassines cancéreuses qui s’ignorent. Quitte à broyer au passage des vies individuelles, des intimités, des sexualités épanouies, détruire des couples et des familles (un surtraitement de cancer n’est pas une épreuve banale sans risque, c’est un drame personnel) et à laisser des femmes dans des difficultés financières insurmontables car définitivement étiquetées ex-cancéreuses (perte d’emploi, assurances…). On va déployer des trésors d’imagination pour améliorer l’image de soi des femmes en bonne santé qu’il s’agit de recruter par tous les moyens. Mais cela ne semble plus vraiment être une priorité pour une ex-cancéreuse de plus de 50 ans qui doit s’estimer encore heureuse d’être encore en vie.

Vous me direz que les hommes ont aussi leur Movember pour « lutter contre le cancer de la prostate ». La campagne de dépistage par dosage du PSA dans le sang a été un échec et son intérêt a vite été remis en question . Il est vrai que les hommes (dont les médecins) tenant à leur virilité plus que tout, ont vite compris le risque de surdiagnostic et de surtraitement avec son lot d’impuissance et d’incontinence…. pas touche à ma virilité .

...

Le droit de dire « NON »

Pourtant, non, nous ne sommes pas condamnées à vivre notre vie de femme sous une épée de Damoclès médicale, tétanisées par les troubles de la fertilité et de la ménopause, des cancers féminins et des grossesses médicalisées.

Non, nous ne sommes pas condamnées à vivre notre vie après 50 ans cahin-caha, déprimées et pétries d’angoisse entre une mammographie et une biopsie avec la peur de se retrouver un jour mutilée (et reconstruite ?), tout en avalant notre TSH avec un verre d’alcool pour faire passer.

Nous pouvons nous réapproprier nos corps dans toute leur beauté et leur puissance fécondante et érotique.

Nous avons la liberté de ne pas accepter d’être une précancéreuse qui s’ignorait, de ne pas accepter de céder au fatalisme , à la peur et au contrôle, à la surenchère d’examens longs, douloureux, parfois humiliants, parfois dangereux , et nous pouvons construire nos vies avec nos compagnons dans une relation complémentaire, responsable et respectueuse sans s’en remettre à des médecins désinformés qui n’ont été formés que pour répondre à nos interrogations de femmes normales et en bonne santé par des prescriptions d’examens et des ordonnances.

Nous pouvons réclamer le respect de nos valeurs et de nos préférences, dans une relation digne et respectueuse avec les médecins.

Pour cela, il y a un remède naturel formidable qui s’appelle la confiance en la Vie.

Lisez tout l'article ici:
http://cancer-rose.fr/qui-fait-quoi/le-depistage-du-cancer-du-sein-dernier-avatar-de-la-misogynie-medicale/

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