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27 févr. 2016

Mammographies et radiosensiblité

Mammographies et radiosensiblité
par Annette Lexa, Docteur en Toxicologie, cancer-rose.fr

La mammographie , un examen anodin ?

Le dépistage organisé du cancer du sein recommande 1 mammographie tous les 2 ans pour les femmes de 50 à 74 ans en l’absence de symptôme particulier, ce qui signifie 13 examens. Lorsque les médecins envoient leurs patients dès 40 ans, cela conduit une femme à faire 18 mammographies.

Pour une femme considérée comme à risque, cela peut la conduire à subir plus de 20 mammographies, sans compter les autres examens qu’elle subira au cours de sa vie (scanners, radiologie). De plus, au cours d’une mammographie , une femme peut subir plusieurs clichés, donc recevoir des doses répétées sur de courtes durées.



D’une manière générale, les examens radiologiques ont doublé en 10 ans, ainsi que les traitements radiothérapiques (du fait que l’on découvre de plus en plus de petits cancers qui sont systématiquement traités alors que potentiellement non mortels pour le porteur) sans pour autant que l’on ait remis en cause l’évaluation du risque lié à l’exposition aux radiations.

En effet, si les radiations ionisantes ont permis de sauver de nombreuses vies, on ne doit pas oublier qu’elles sont toxiques et cancérigènes et que leur emploi devrait répondre à une stricte balance bénéfice/risque. Selon les estimations actuelles le nombre de cancers du sein radio -induits serait faible, mais ce nombre est probablement sous-estimé du fait de la difficulté d’ estimer l’origine d’un cancer et aussi du fait du manque de marqueurs biologiques spécifiques .

Alors qu’une mammographie correspond à 1000 radiographies dentaires et 400 radiographies osseuses, alors que le sein est considéré comme un organe radiosensible, aucun suivi individuel de la dose de radiations ionisantes reçues n’est mis en place, pas plus que des tests préalables de prédiction de la radiosensibilité du fait de susceptibilités individuelles.

Sommes nous protégées par une dose autorisée de radiations ?

Dans le cadre de l’exposition médicale, on sait que la dose limite autorisée de 1 mSv/an est dépassée (aux USA, on est passé de 0.54 mSv/an en 1980 à 3 mSv/an en 2006).

Cette dose reçue à ne pas dépasser a été calculée sur de larges populations et ne tient pas compte des variations individuelles. Elle repose sur un modèle dit « à seuil de dose » (c’est-à-dire qu’il existe une dose en dessous de laquelle il n’y a pas de risque de cancer). C’est ce modèle qui est utilisé pour calculer la dose limite autorisée. Or ce modèle ne tient pas compte des spécificités de chaque individu ni du type d’exposition. Pourtant , nous savons que des doses faibles, voire très faibles, peuvent conduire à des cancers radio-induits par défaut de réparation des cassures double brin de l’ADN , et que ceci conduit certains sujets prédisposés génétiquement à un risque de cancer 10 fois plus élevé que les radiorésistants. De plus l’accumulation de petites doses peut conduire à un risque d’effet d’amplification. Or ce risque n’est actuellement pas pris en compte par les médecins pour les patientes jeunes à risque familial de cancer du sein. Et on on ne sait pas à ce jour si la susceptibilité au cancer du seins chez les porteuses de mutations de type BRCA1ou BRCA2 ou d’autres…) est ou non corrélée avec la radiosensibilité.

Enfin on ne connaît pas grand-chose sur l’effet de l’étalement dans le temps des doses reçues : les doses reçues par minute, heure, jour, année ont-elle les mêmes effets ?

Et pour finir, on connaît encore mal les mécanismes cellulaires de réparation cellulaire.

Non, nous ne sommes pas égaux devant les radiations

On a identifié 3 types de radiosensiblité parmi la population humaine :

- les radio-résistants ( 75 à 85% )
- les radio-sensibles intermédiaires, à risque significatif de cancers radio-induits (5 à 20 %)
- les radio-sensibles prédisposés à des syndromes génétiques rares et généralement diagnostiqués très tôt dans leur vie.

Il est actuellement reconnu que 5 à 15 % des patients subissant une radiothérapie ont des réactions indésirables allant de la fibrose, la dermite, à un cancer secondaire voire au décès. Ce sont les personnes radiosensibles.

Les traitements radiothérapiques délivrent par séance des doses répétées plusieurs fois durant le traitement. Parfaitement ciblés, ils n’exposent pas les tissus sains. Parfois la zone voisine est irradiée et il y a un risque de cancer radio-induit au-delà de la zone ciblée pour ce type de patients.

Malgré la très grande variabilité individuelle, les thérapeutes continuent à délivrer les mêmes doses pour tous, sans qu’il existe actuellement de tests mis en place permettant de prédire la radiosensibilité des patients.

Au nom du principe de précaution

Si la mammographie reste l’examen de première intention en situation de diagnostic, le recours trop précoce ou à outrance à la mammographie de dépistage sur des femmes en bonne santé fait courir un risque de cancers radio-induits à des femmes qui ne se savent pas radiosensibles et avec lesquelles la plus grande prudence devrait être de mise au nom du principe de précaution .

Le recours de plus en plus fréquent à des traitements radiothérapiques pour des petits cancers peu évolutifs fait courir un risque de développer un cancer radio-induit chez les femmes radiosensibles.

Il serait temps que ce risque soit mieux pris en compte dans la course au dépistage forcené et aux sur-traitements qui en découlent.

Il serait temps qu’on s’interroge sur la sur-irradiation des femmes à risque de susceptibilité au cancer du sein qui sont possiblement radiosensibles.

Il serait temps qu’on cesse de brandir l’ « égalité des chances » pour recruter toujours plus de femmes radiosensibles dans le dépistage du cancer du sein avant que ne soit mis au point des tests prédictifs.

Il serait temps qu’on fasse une pause dans cette course effrénée et qu’on réfléchisse à tout cela.

Bibliographie

Perez A.F. et col, Les faibles doses de radiations : vers une nouvelle lecture de l’évaluation de risque, Bull.Cancer, 2015 .

Nicolas Foray, Catherine Colin et Michel Bourguignon , Radiosensibilité : L’évidence d’un facteur individuel, Médecine/sciences 2013 ; 29 : 397-403.

http://cancer-rose.fr/qui-fait-quoi/mammographie-et-radiosensibilite/

2 commentaires:

  1. Bonsoir. Je ne suis certes pas favorable au dépistage organisé. Cependant suite à un écoulement mamelonnaire, je m'interroge. J'ai refusé jusqu'à ce jour là mammographie diagnostic dans ce cas. Aucune raison de type hormonal ne semble justifier cet écoulement. Que me conseillez vous ? Une attitude attentiste? J'ai accepté l'échographie qui n'a rien permis de déceler. Cela vous paraît-il suffisant ou irresponsable comme on aimerait me le suggérer ? Non au DI mais quelle alternative ?Merci pour votre éclairage.

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    1. Bonjour,
      Je ne suis qualifiée pour donner un avis. Mon cas récent était différent. J'ai eu une mammographie et une échographie dans le cadre d'un dépistage assez régulier suite à un cancer du sein en 2004. On a vu une anormalité sur l'autre sein et a insisté sur un IRM. L'examen était mal fait car je suis un peu électrosensible et je commençais à bouger. On a vu plusieurs anormalités sur les images. Le radiologue était désagréable et agressif. Il voulait refaire l'échographie. J'ai refusé. J'ai cherché un autre avis. Le radiologue (une femme avec une formation comme gynécologue) a refait l'écho - et a constaté une varice. Elle a considéré l'IRM "pas nécessaire" et de mauvaise qualité car j'ai bougé. Elle m'a conseillé de revenir dans 6 mois pour une mammographie du sein où l'on a vu l'anomalie. Six mois aprés, on n'a rien vu, ni sur la mammo, ni sur l'écho.

      Donc, contrairement à ma méfiance aux mammos, je l'ai fait dans l'espace de 6 mois. C'est une mammo qui a détecté le cancer, stage I, en 2004.

      Un deuxième avis est toujours bien. Beaucoup dépend sur la compétence du médecin / radiologue.

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