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29 févr. 2016

Suisse : Addictions : Omniprésence d'Internet un défi, avant tout pour les jeunes

"Parmi les facteurs de risque pour développer un usage problématique d'Internet, on a pu mettre en évidence chez les adultes des vulnérabilités psychiques telles que la dépression ou les troubles anxieux. Chez les adolescents, on peut faire des corrélations avec des problèmes au niveau familial, un manque de hobbies ou des troubles de l'attention ou l'hyperactivité."

Omniprésence d'Internet un défi, avant tout pour les jeunes
(extrait "Panorama suisse des addictions 2016" - Addiction Suisse, Dossier de presse, 8 février 2016)

Internet est devenu incontournable dans la vie quotidienne, et cela déjà tôt dans la vie. Selon les premières estimations, environ 370 000 personnes de 15 ans et plus en Suisse ont du mal à gérer leur usage d'Internet. Même si la qualification d'addiction au niveau scientifique n'a pas trouvé de consensus, les demandes de prise en charge existent. Le phénomène Internet, en évolution constante, doit être suivi de près à l'avenir pour permettre des réponses adaptées.

Une connectivité en tout lieu et temps grâce à l'essor des nouvelles technologies



En Suisse, selon l'Office fédéral de la statistique, le taux d'utilisation régulière d’internet dans la population a crû exponentiellement ces 20 dernières années, en passant de 7% en 1997 à 83% en 2014 . Aujourd’hui, pas moins de 80% de la population surfe régulièrement à son domicile, 48% utilise Internet au travail et 39% l’utilise en déplacement au travers d’accès mobiles. Le progrès technologique a participé à l'essor du phénomène Internet en Suisse grâce à l'augmentation du débit des connexions et le développement des supports d’accès mobiles, tels que les Smartphones et les tablettes.

Une jeunesse hyperconnectée

En 2014, environ 95% des jeunes entre 12 et 19 ans possédaient un Smartphone, 76% un ordinateur portable et 29% une tablette. Par ailleurs, 67% des enfants entre 6-13 ans utilisent occasionnellement ou régulièrement Internet: ils sont déjà 40% à le faire à 6-7 ans et 97% à 12-13 ans. En outre, 52% des 6-13 ans possèdent leur propre Smartphone et pas moins de 19% disposent d'un accès à Internet dans leur chambre à coucher.

Internet: un nouveau champ de l'addiction?

Internet fait partie de la vie sociale, éducative, culturelle et son usage se fait aussi bien à titre privé que professionnel. Pourtant, certaines personnes présentent des troubles similaires à d'autres dépendances dans leur utilisation d'Internet. L'attrait d'Internet réside dans la disponibilité, la simplicité et la continuité de l'accès aux contenus, leur abondance et la stimulation qu'ils provoquent, et dans l'anonymat. Internet sert par ailleurs de catalyseur pour des comportements pouvant générer une addiction (jeux de hasard, pornographie, achats). Les jeux de type MMORPG (monde persistant en mode multi-joueurs), les réseaux sociaux, les sites de jeux de hasard et les sites à caractère pornographique, par le nombre et la fréquence des stimulations et des récompenses qu'ils proposent sont particulièrement propices au développement d'un usage problématique.

La rapidité du déploiement d'Internet et la nouveauté de ce phénomène font que les données de recherche dans ce champ d'études n'ont pas la maturité de celles publiées dans le champ de l'alcool et des drogues. Ainsi, il n'existe pas à l'heure actuelle de critères diagnostiques standard dans le DSM-5 même si différents instruments de screening sont utilisés pour caractériser l'usage problématique d'Internet.

L'usage problématique d'Internet en Suisse: plus fréquent chez les jeunes

Les données récoltées en 2015 par le Monitorage suisse des addictions auprès de la population générale âgée de 15 ans et plus soulignent que si la plupart des internautes gardent un contrôle sur leur utilisation, la situation échapperait à 1% d'entre eux, soit environ 70'000 personnes, et plus particulièrement les jeunes de 15-19 ans: 7,4% seraient concernés. Les activités principales des personnes ayant un usage problématique d'Internet sont les moyens de communication en ligne, suivis par les films et les jeux en ligne. L'usage problématique se caractérise notamment par une perte de contrôle, une préoccupation, la poursuite du comportement malgré les conséquences négatives.

Par ailleurs, 4,3% de la population présente des signes d’une utilisation qualifiée de symptomatique (à risque); un chiffre en légère augmentation depuis la dernière enquête en 2013 et qui, extrapolé à la taille de la population, dépasse les 300 000 personnes. Au total, on estime donc qu’un peu plus de 370 000 personnes sont concernées par un usage à risque ou problématique d’Internet, soit l’équivalent de la population d’une ville comme Zurich.

Concernant les jeunes de 12 à 19 ans, l'étude JAMES montre qu'ils passent durant leurs loisirs en moyenne deux heures par jour en semaine et trois heures ou plus pendant le week-end et les vacances sur Internet. Pour autant, leur loisir préféré reste de "rencontrer des amis". Le temps passé devant les écrans n'est pas un critère à lui seul pour établir un usage problématique, et il faut avoir à l'esprit qu'il peut s'agir à l'adolescence d'un usage transitoire, qui peut cependant avoir un impact notamment sur le sommeil. Dans le cadre de l'étude MIKE, 9% des enfants de 6 à 13 ans interrogés ont déclaré avoir utilisé leur Smartphone alors qu'ils auraient dû dormir au moins une fois par semaine. A 12-13 ans, ils sont un tiers. D'autres études montrent que le temps de sommeil des adolescents diminue et qu'on peut mettre ce phénomène en relation avec les écrans lumineux qui inhibent la production de mélatonine, l’hormone qui assure la synchronisation du cycle veille/sommeil et la régulation des rythmes biologiques.

Parmi les facteurs de risque pour développer un usage problématique d'Internet, on a pu mettre en évidence chez les adultes des vulnérabilités psychiques telles que la dépression ou les troubles anxieux. Chez les adolescents, on peut faire des corrélations avec des problèmes au niveau familial, un manque de hobbies ou des troubles de l'attention ou l'hyperactivité.

Une offre de prise en charge encore disparate 

Pour la Suisse, l’offre de traitement semble s’être construite majoritairement en fonction des demandes qui ont émergé de la population ces dernières années. Tantôt la prise en charge est intégrée à l’offre de soins psychiatrique, tantôt intégrée à l’offre de soins addictologique déjà existante, tantôt découlant d’un élargissement de l’offre de soins pour le jeu excessif de hasard et d’argent. A ce jour il n’existe pas de monitorage national ni de coordination de cette offre de soins.

En matière de prise en charge, les thérapies de type cognitivo-comportementales paraissent prometteuses, tandis que pour les jeunes, les modèles prenant en compte la famille se révèlent efficaces.

Politique: des défis variés 

En matière d'Internet, les défis sont de plusieurs ordres: cybercriminalité, protection des données, et protection de la jeunesse. La prévention auprès des jeunes a fait l'objet de deux interpellations au Parlement qui ont débouché sur la mise en place d'un programme national "Jeunes et médias" de 2011 à 2015. Ce programme visait à renforcer les compétences médiatiques des jeunes, en axant l'intervention sur les parents, enseignant-e-s et adultes de référence, ainsi que par la prévention par les pairs.

Le Conseil fédéral prévoit d'harmoniser au niveau suisse la classification et la signalisation par âge ainsi que les restrictions d’accès et de distribution pour les films et les jeux vidéo, veiller à la protection des données sur Internet et également continuer à observer et analyser les tendances et les enjeux dans le domaine des médias numé- riques. Le thème de l'utilisation excessive d'Internet fait partie intégrante de la straté- gie nationale addictions développée par l'OFSP.

Les enjeux des prochaines années

La volonté du Conseil fédéral de mieux asseoir les bases légales concernant l'accès et l'âge limite pour les jeux vidéo est à saluer, tout comme une meilleure protection des données sur Internet. Les mesures de protection de la jeunesse en vigueur doivent être valables également sur Internet.

L'absence de critère de diagnostic reconnu ne doit pas freiner la recherche dans ce domaine, bien au contraire. L'évolution des technologies liées à Internet est tellement rapide qu'il est important de continuer à observer et décrypter les usages, définir les problèmes, étudier les répercussions au niveau de l'éducation, du monde du travail et des interactions sociales en général.

Il faut également continuer à développer les actions en matière de prévention et de renforcement des compétences médiatiques ainsi que du repérage précoce des situations problématiques. A cet effet, la formation des intervenants de première ligne doit être poursuivie.

RENSEIGNEMENTS
Corine Kibora Porte-parole
ckibora@addictionsuisse.ch
Tél. 021 321 29 75
www.addictionsuisse.ch

http://www.dipendenzesvizzera.ch/fileadmin/user_upload/PANORAMA_ADDICTIONS_2016.pdf

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