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2 févr. 2016

Suisse : Combattre le cancer enrichit les pharmas

Sur la première page de la Tribune de Genève... A-t-on jamais entendu parler de la prévention : combattre les causes environnementales du cancer?   Les dépenses mondiales pour lutter contre le cancer ont atteint 100 milliards de dollars en 2014 et pourraient être de 147 milliards en 2018, c'est-à-dire, on ne gagnera pas le combat contre le cancer.  On enrichit les compagnies pharmaceutiques et les autres industries liées au traitement du cancer - et l'économie suisse, et au diable la prévention pour protéger la santé de la population.  Lire le prochain message : "Acharnement thérapeutique" - opinion écrit par Béatrice Deslarzes

Combattre le cancer enrichit les pharmas
par Richard Etienne, Tribune de Genève, 28 janvier 2016

Roche et Novartis sont les plus grands fabricants mondiaux de médicaments anticancéreux

Les deux entreprises sont très actives dans la lutte contre cette maladie souvent mortelle et disposent d’une longueur d’avance, mais la concurrence dans le monde est rude. Car c’est un marché très porteur. La pollution, le vieillissement démographique engendrent un nombre croissant de cancers et les pays émergents ont toujours plus les moyens de se soigner. Les dépenses mondiales ont atteint 100 milliards de dollars en 2014 et pourraient être de 147 milliards en 2018. C’est dire que tout le monde se rue dans le sillage des bâlois. Mais développer une thérapie oncologique coûte cher et le processus peut durer une décennie. Même si les conditions-cadres de la recherche et du développement sont bonnes en Suisse. Roche a plus investi dans la recherche de tels traitements. La société est ainsi régulièrement plus rentable que Novartis, qui, pour sa part, a vu son exercice 2015 se solder par des revenus et une rentabilité en baisse. Roche publie ses comptes aujourd’hui.

La Suisse se place sur le marché porteur du cancer

Le géant bâlois Novartis, qui a présenté hier des résultats annuels en demi-teinte, et Roche se démarquent dans le domaine de l’oncologie. Mais la concurrence est acharnée


Glivec, Arzerra, Perjeta, Gazyva ou encore Venetoclax. Ces noms figurent en bonne place dans les rapports de Novartis et de Roche, les deux géants pharmaceutiques qui publient leurs résultats annuels entre hier et aujourd’hui (lire ci-dessous) . Ils n’évoquent souvent rien au grand public, mais une frange toujours plus importante de la population pourrait être amenée à les connaître. Ces médicaments, ou molécules, ont un point commun: il s’agit d’anticancéreux.

Certains ont occupé le devant de la scène l’an dernier, comme la combinaison de Tafinlar et de Mekinist, qui a tant stimulé les ventes de Novartis. D’autres sont dans le «pipeline», un jargon qui signifie qu’ils sont en phase d’essais cliniques. En 2016, le «pipeline» du groupe bâlois privilégiera comme jamais en vingt ans – le groupe est né d’une fusion en 1996 – les thérapies visant à soigner leucémies, cancers du sein, des poumons, lymphomes et autres carcinomes.

Des «mégablockbusters»

En 2015, Novartis s’est renforcé sur ce secteur, en rachetant l’activité oncologique de GlaxoSmithKline, une firme anglo-saxonne, pour 14,5 milliards de dollars et en cédant ses activités dans les vaccins et la santé animale.

Sur le terrain de l’oncologie, le bâlois figure au 2e rang mondial (voir infographie) . Derrière Roche. L’autre mastodonte helvétique de la santé est loin devant, lui qui concentre ses activités autour de ces maladies souvent incurables. Au point, selon des observateurs, de s’exposer dangereusement à une concurrence susceptible de trouver un produit miracle à son détriment. D’autres font remarquer qu’avec les traitements Avastin et Herceptin, Roche a conçu des «mégablockbusters», des médicaments générant plusieurs milliards de dollars de recettes par année.

Le marché des anticancéreux est porteur. Pollution et vieillissement démographique engendrent un nombre de cas grandissant, notamment dans les pays émergents où les patients ont de plus en plus les moyens de se faire soigner. Les Etats-Unis représentent plus du tiers des dépenses totales, suivis par les principaux pays d’Europe.

Les dépenses mondiales consacrées à ces traitements ont atteint 100 milliards de dollars en 2014, en hausse de 10,3%, selon le cabinet IMS Health. En 2018, elles pourraient atteindre 147 milliards de dollars, soit une croissance annuelle cumulée de 8%. Ça colle avec les résultats de la division pharmaceutique de Novartis – largement dévolue à l’oncologie – au dernier trimestre, en hausse de 9%. Les autres médicaments génèrent des taux bien moins importants.

Tout le monde fonce, donc, dans le sillage des bâlois. «Partout les «pipelines» sont remplis; nous devrions connaître une phase de concurrence acharnée entre différents traitements dans les prochaines années», estime Murray Aitken, expert de l’IMS Health. Pour s’y préparer, des multinationales ont procédé à des acquisitions spectaculaires, à l’image du rachat outre-Atlantique par AbbVie de Pharmacyclics, leader dans le traitement du cancer du sang, pour 21 milliards de dollars en 2015. Développer une thérapie oncologique est particulièrement ardu. Les chances de voir une molécule être commercialisée sont minimes, les tests cliniques sévères. Le processus peut s’étendre sur une décennie. En cas d’échec, les firmes sont souvent amenées à modifier doses ou combinaisons avant de soumettre leurs ingrédients à de nouveaux essais. L’homologation d’une telle drogue coûte facilement plus d’un milliard de dollars.

«Un bon équilibre»

«Certains groupes bornés peuvent injecter trop d’argent pour un traitement voué à l’échec; ils devront prendre sur eux, car il n’y a pas d’assurance», selon Jérôme Schupp, responsable de la recherche au sein du groupe Syz. «D’autres au contraire abandonnent trop tôt», ajoute-t-il. Des analystes font remarquer par contre qu’un traitement innovant se vend plus cher, surtout aux Etats-Unis, où le marché est plus libéralisé. «Ce n’est pas anodin dans un contexte où, partout, les Etats cherchent à diminuer les coûts de la santé», selon l’un d’entre eux. Roche, qui a plus investi dans la recherche de tels traitements, est ainsi régulièrement plus rentable que Novartis.

Une thérapie inédite sera aussi plus difficile à copier quand sa patente arrivera à échéance. Glivec, ce médicament phare de Novartis qui tombe gentiment dans le domaine public, continuera ainsi de rapporter gros à la firme rhénane. «L’équilibre est bon; les sociétés sont d’un côté protégées pour se développer mais en même temps elles sont obligées de réduire les prix quand les brevets expirent», estime Jérôme Schupp.

Sur le front du cancer, les principaux centres de R&D sont situés à Bâle et Boston. Les conditions-cadres, entre sécurité juridique, accès aux marchés, qualité des hautes écoles, restent bonnes en Suisse, selon Sara Käch, porte-parole de l’association Interpharma: «Jusqu’à présent, on pouvait faire venir les meilleures personnes dans notre pays.» L’impact de l’initiative de l’UDC du 9 février 2014 «Contre l’immigration de masse», qui a suscité des inquiétudes dans ces milieux contraints de recruter à l’international, reste difficile à mesurer. Et les centres rhénans continuent de travailler sur les molécules anticancéreuses les plus prometteuses.

Richard Etienne

Novartis déçoit les marchés

Novartis a fait face à des vents contraires l’an dernier. Son exercice 2015 s’est soldé par des revenus et une rentabilité en baisse, alors que l’entreprise restructure sa division consacrée à l’ophtalmologie Alcon. Son bénéfice net a chuté à 7,03 milliards de dollars et ses ventes se sont étiolées de 5%, à moins de 50 milliards de dollars. Les investisseurs ont sanctionné son titre, qui a perdu hier 3,71% de sa valeur, la plus lourde chute du SMI. Cette performance, qui a déçu les analystes, n’a pas empêché les exportations helvétiques de produits pharmaceutiques de s’étoffer en 2015, selon les douanes. Elles ont crû de 1%, à 57,9 milliards de francs – c’est deux fois plus qu’en 2005 – alors que les exportations globales de la Suisse ont diminué l’an dernier. En valeur, médicaments et autres thérapies représentent les principales exportations du pays, derrière les métaux précieux. En Suisse, le secteur est porté par Novartis et Roche (plus de 100 milliards de francs de chiffre d’affaires à eux deux). Le troisième, Actelion, loin derrière, a enregistré en 2014 des ventes inférieures à deux milliards. Derrière, un gigantesque tissu de jeunes pousses, PME et grands groupes s’éparpillent de la région bâloise à l’arc lémanique, en passant par Zurich. Côté romand, un pôle de 160 sociétés a émergé dans le sillage de l’EPFL. A Genève, Plan-les-Ouates concentre un grand nombre de start-up et dans le quartier de Sécheron, Campus Biotech tente de se faire une place.
R.ET.

http://www.amge.ch/2016/01/29/combattre-le-cancer-enrichit-les-pharmas/

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