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11 mars 2016

Suisse : La région genevoise n’est pas épargnée par les pesticides

L'agriculture a encore largement recours aux pesticides
pour lutter contre les parasites et les maladies des
plantes.  Image:  Srdjan Zivulovic/ Reuters
La région genevoise n’est pas épargnée par les pesticides
par Antoine Grosjean, Tribune de Genève,
23 février 2016

Santé : Près de 5% des aliments analysés contiennent trop de substances chimiques.

Depuis deux semaines, on assiste en France à une levée de boucliers contre les pesticides. En Savoie, notamment, les gens sont descendus dans la rue pour exiger des aliments exempts de produits chimiques. Même si Cash Investigation, l’émission de France 2 qui a ravivé la polémique, a semble-t-il mal interprété certains chiffres, la présence de pesticides dans notre nourriture n’en reste pas moins une réalité. C’est le cas aussi en Suisse et à Genève, bien que cela ne mobilise pas les foules.

Normes dépassées



«Près de 75% des aliments issus de l’agriculture conventionnelle contiennent des traces de pesticides, à des degrés divers», constate Patrick Edder, le chimiste cantonal. Sur 1056 échantillons alimentaires pris dans le commerce que le Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) a analysés en 2015, la norme légale était dépassée dans cinquante cas, soit une proportion d’environ 5%. C’est davantage que les 2,6% pointés par le rapport de l’Union européenne à l’origine de l’enquête de France 2. Les aliments les plus concernés sont les fruits et légumes issus de cultures non biologiques, y compris dans des produits transformés, comme l’huile ou le vin. «Nous sommes particulièrement vigilants sur la production hors saison et d’importation, explique Patrick Edder, notamment sur les légumes asiatiques dont, en 2014, 12% des échantillons testés dépassaient la norme.»

Les milieux agricoles genevois se targuent d’être exemplaires: «Genève est un canton pionnier, 95% des surfaces agricoles sont des cultures extensives, sans insecticides ni fongicides, affirme John Schmalz, directeur du Cercle des agriculteurs et président de l’Office de promotion des produits agricoles de Genève (Opage). Les seuls produits phytosanitaires chimiques qu’on y utilise, ce sont des herbicides.» Mais aux yeux des milieux écologistes, Genève n’a pas de quoi pavoiser: «Seuls 5% des surfaces agricoles y sont de cultures biologiques, donc sans aucun pesticide, alors que la moyenne nationale est de 11%, relève Nicolas Wüthrich, porte-parole romand de Pro Natura. Il y a à Genève beaucoup de cultures traditionnelles, comme le colza ou le maraîchage, qui ont fortement recours aux pesticides.»

De l’autre côté de la frontière, la part du bio est encore moindre: «Les cultures biologiques représentent 3,2% des surfaces agricoles dans l’Ain, et 2,7% en Haute-Savoie, détaille Antoine Berry, de l’association pour le développement de l’agriculture biologique en Savoie, Haute-Savoie, Isère et dans l’Ain (Adabio). En Haute-Savoie, on fait principalement de l’élevage, donc il y a peu de produits phytosanitaires utilisés, mais dans l’Ain, où il y a plus de grandes cultures céréalières, de maraîchage et d’arboriculture, on utilise davantage de pesticides.»

Cependant, la région Rhône-Alpes est la première de France en nombre d’exploitations bio, et la quatrième en termes de surfaces. Selon la carte publiée par Cash Investigation, la Haute-Savoie et l’Ain font d’ailleurs figure de bons élèves, avec respectivement 143 et 945 tonnes de pesticides achetées chaque année, contre 3500 tonnes dans les pires départements. On ne dispose pas de chiffres régionaux en Suisse, mais dans tout le pays, il se vend un peu plus de 2000 tonnes de pesticides par an.

Des deux côtés de la frontière, les exploitations qui se reconvertissent à l’agriculture biologique bénéficient de soutiens financiers étatiques. A Genève, en dix ans, le nombre d’exploitations biologiques a plus que doublé et la surface a été multipliée par cinq. «Nous faisons beaucoup de sensibilisation auprès des agriculteurs, qui sont conscients des préoccupations générées par les pesticides, assure Alexandre de Montmollin, chef du service production et développement agricoles à la Direction générale de l’agriculture. Faire du bio valorise leur travail, mais il faut voir quels sont les débouchés sur le marché et quel prix les consommateurs sont prêts à payer.»

Risques pour la santé

Les milieux écologistes jugent que les normes légales sont obsolètes et ils dénoncent les effets néfastes des pesticides sur la santé. A long terme, ceux-ci pourraient s’avérer cancérigènes ou atteindre le système nerveux. A ce propos, Greenpeace va présenter du 10 au 16 mars, à la salle de l’Athénée, l’exposition «AlimenTerre», qui tournera ensuite en Suisse romande. Patrick Edder admet qu’on connaît mal l’«effet cocktail», certains aliments contenant jusqu’à dix substances chimiques différentes, qui peuvent interagir et devenir plus toxiques.

Les cours d’eau sont aussi touchés

Les pesticides se retrouvent aussi dans les cours d’eau, par ruissellement des eaux de pluie. Or, ils peuvent nuire à la faune et la flore aquatiques. Les analyses de la Direction générale de l’eau (DGEau) montrent que l’ensemble des cours d’eau du bassin genevois est concerné, même si les proportions sont moindres dans le Rhône, l’Arve, l’Allondon et la Versoix, où les substances se diluent dans un grand volume d’eau. Ailleurs, la DGEau juge la situation préoccupante.

Bien que de plus en plus de communes, à l’instar de la Ville de Genève, décident de se passer de pesticides pour l’entretien de leurs parcs, beaucoup de particuliers en utilisent dans leur jardin, sans être aussi bien informés sur les risques que les professionnels. C’est pourquoi la France a interdit depuis le 1er janvier la vente libre de produits au glyphosate, substance que l’OMS estime potentiellement cancérigène. (TDG)

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/region-genevoise-epargnee-pesticides/story/12950113

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