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25 avr. 2016

France : Linky : le refus des compteurs communicants par les habitants et par les communes est légitime

Linky : le refus des compteurs communicants par les habitants et par les communes est légitime
par Stéphane Lhomme, lesechos.fr, 
21 avril 2016

Une véritable fronde se développe rapidement dans toute la France contre le déploiement des compteurs communicants (électricité, gaz, eau). Les raisons de cette fronde sont parfois caricaturées et méritent d'être correctement explicitées.

Mis en cause dans Le Cercle par un texte de M. Denis, conseiller énergétique, je souhaite répondre et donner une idée exacte de la fronde qui se développe en France contre le déploiement des différents compteurs communicants. Car, c'est une donnée cruciale souvent oubliée, il ne s'agit pas du seul compteur électrique, le fameux Linky, mais aussi de ses équivalents pour le gaz (nommé Gazpar) et pour l'eau (noms différents suivant les opérateurs).

De fait, si les habitants de ce pays et leurs élus locaux ne se mobilisaient pas, chaque logement se verrait doté de trois compteurs communicants. À cela, il faut ajouter les nombreux matériels (répéteurs, répartiteurs, concentrateurs) qui seraient installés dans les rues, sans oublier le matériel de téléphonie mobile prévu pour réexpédier, par exemple depuis les transformateurs de quartiers, les données collectées par les compteurs communicants.

Il y a bien sûr une forte controverse par rapport à la prétendue innocuité des ondes électromagnétiques émises par le compteur Linky : ErDF avance que ces émissions seraient "négligeables" et "dans les normes", mais c'est oublier que c'est avec de telles normes que se sont développés des drames sanitaires comme ceux de l'amiante, du tabac, des pesticides.

Qui plus est, l' Organisation mondiale de la santé a classé "cancérigènes possibles" les ondes électromagnétiques et s'interroge fortement sur la dangerosité d'une exposition "'faible, mais permanente", qui serait de mise avec les compteurs communicants. Car à nouveau, comme expliqué ci-dessus, et alors qu'ErDF oublie délibérément ce "détail", le risque est démultiplié par le nombre de compteurs et d'appareils qui seraient installés.

Autre problématique, la captation d'innombrables données sur la vie privée. Les autorités promettent que ces données ne seront pas utilisées sans l'aval des usagers, mais que vaudront ces belles paroles à l'avenir ? Il suffira à un gouvernement quelconque d'arguer de la situation économique ou sécuritaire pour décréter que les informations collectées par les compteurs communicants seront utilisables par les entreprises ou la police, par exemple sous les prétextes respectifs de "relancer la croissance" ou de "lutter contre le terrorisme". On veut installer dans nos logements de véritables "Big Brother" en nous jurant qu'ils ne serviront pas à nous surveiller… et nous devrions y croire ?

Une discussion a aussi lieu sur le statut juridique des délibérations prises, pour s'opposer aux compteurs communicants, par plus de cent communes à ce jour, chiffre en augmentation continue (cf liste ). Différentes instances –Association des maires de France, ministère de l'Intérieur, Préfets – prétendent à l'illégalité de ces délibérations. En réalité, seule la justice administrative est à même de les annuler… ou de les conforter.

Mais, ce que M. Denis et ses amis ne semblent pas comprendre, c'est que la situation serait encore plus explosive s'ils avaient raison : les dirigeants industriels et politiques pourraient donc investir nos communes et pénétrer jusque dans nos logements… et nous n'aurions rien à y redire ? Le refus des compteurs communicants est peut-être légal, peut-être illégal, nous verrons bien, mais en tout cas il est légitime.

Pourtant, niant le caractère fondé et rationnel des critiques, les pro-compteurs font preuve d'un grand mépris en tentant de faire passer les opposants pour des gens "craintifs" qu'il suffirait donc de "rassurer" pour que tout rentre dans l'ordre. Ou bien des "rétrogrades" refusant le "Progrès". Or, toute avancée technologique n'est pas forcément bonne à prendre (à ce compte, il faudrait accepter le clonage humain !), tout ce qui brille n'est pas d'or et tout ce qui est vert – même fluo ! – n'est pas écolo.

D'ailleurs, il est injustifiable de se débarrasser de plus de 80 millions de compteurs (35 millions pour l'électricité, 35 pour l'eau, 11 pour le gaz) en parfait état de marche. Les opérateurs ont beau assurer que des filières de recyclage vont être mises en place, elles ne devraient exister que pour des appareils arrivés en fin de vie. Or, les compteurs actuels sont prévus pour durer 60 ans, contrairement aux Linky, Gazpar et compagnie qu'il faudra remplacer, à nouveau à grands frais, dans moins de 20 ans.

ErDF prétend aussi que les Linky seraient "indispensables" pour intégrer les énergies renouvelables, mais l'Allemagne, qui développe ces énergies bien plus que la France, a annulé le déploiement des compteurs communicants chez les particuliers, les réservant pour les seuls industriels : encore un prétexte d'ErDF qui tombe.

L'affaire des compteurs communicants est encore un projet que les prétendues "élites" veulent imposer à la France réelle sans son aval et en lui ordonnant de se taire. Et l'on s'étonne que cela ne marche pas…

Stéphane Lhomme

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-156342-linky-le-refus-des-compteurs-communicants-par-les-habitants-et-par-les-communes-est-legitime-1215419.php

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