Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

4 avr. 2016

Quand les ondes rendent malade

Quand les ondes rendent malade
par Priska Hess, leregional.ch, 17 mars 2016

Electromagnétisme Téléphones mobiles, WiFi, chemins de fer, réseaux électriques, appareils électro-ménagers: notre quotidien baigne dans les champs électromagnétiques, d'autant plus avec le développement des nouvelles technologies sans fil, devenues omniprésentes. Leurs effets à long terme sur notre organisme sont encore méconnus, mais de plus en plus de personnes souffrent de symptômes qu'elles attribuent aux sources de rayonnement, il s'agit de l'électrosensibilité. A l'heure actuelle, il n'existe pas de preuve scientifique d'un lien de cause à effet et le milieu médical se montre aussi sceptique que désemparé. Pourtant, un cas vient d'être pour la première fois reconnu par la justice française. Faut-il considérer les électrosensibles comme des lanceurs d'alerte? Les valeurs limites légales sont-elles vraiment une garantie en regard des enjeux politiques, économiques et sociétaux? Enquête et témoignages.

«J'ose vous demander de déconnecter votre natel du WiFi?» Juste après les salutations d'usage, la question peut sembler saugrenue. «Vous comprenez, si vous ne le faites pas, je risque de me sentir mal très rapidement», explique Jeanne*, la cinquantaine. Elle tient à rester discrète, surtout par crainte du regard des autres. Car Jeanne souffre d'électrosensibilité ou d'hypersensibilité électromagnétique (HSEM): un mal relativement nouveau, ou plutôt un ensemble de symptômes dont l'origine n'est, à l'heure actuelle, pas prouvée scientifiquement. En Suisse, dans le cadre d'une enquête menée par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) en 2004, 5% des personnes interrogées se sont déclarées électrosensibles.

L'onde mystérieuse

Pour Jeanne, tout a commencé en 2013: «J'avais des rhinopharyngites à répétition, des maux de tête récurrents, des palpitations, un tremblement constant et saccadé dans le corps. La nuit, j'entendais en même temps comme une onde basse et continue. Mon mari l'entendait aussi, mais n'était pas dérangé. Par contre, mes chats semblaient perturbés, ils ne savaient plus où se mettre... Cela me tombait sur le moral, je pensais être en burn out... Mon médecin généraliste m'a fait une panoplie d'examens, sans rien découvrir. Finalement, c'est le comportement des chats qui m'a fait comprendre que j'étais électrosensible. Quand je l'ai annoncé à mon médecin, il m'a regardée avec des yeux comme des soucoupes... Il m'a dit que j'étais la première qu'il connaissait, en m'avouant qu'il ne savait pas trop que faire, à part me prescrire des calmants.»

Jeanne et son mari soupçonnent l'antenne de téléphonie installée à 450 mètres de chez eux: «Son axe de diffusion frappe directement notre maison, sans obstacles, ce qui a été confirmé par le service cantonal concerné. Mais les différentes mesures effectuées n'ont rien révélé de non conforme aux normes.» Jeanne se résout finalement à déménager dans un appartement, en attendant que des travaux de pose de fenêtres et de parois anti-ondes soient effectués sur sa maison.

Parallèlement, elle commence une chélation, traitement visant à éliminer les métaux lourds de son organisme, sous le suivi de l'un des rares médecins généralistes ayant des connaissances dans ce domaine. Sur son lieu de travail à Lausanne, Jeanne utilise un tapis avec des mises à terre et travaille pieds nus. «Je baisse systématiquement le store en métal de mon bureau pour me protéger du WiFi et je demande à mes collègues de couper le WiFi sur leur portable. Dans un premier temps, il y a eu une bonne amélioration, mais en ce moment je suis trop exposée et j'ai à nouveau des maux de tête et des tremblements. Heureusement, je travaille à temps partiel, car à 100% je ne tiendrais pas.»

Diagnotic: burn out

Autre exemple, Odile*, maman de deux jeunes enfants, suit elle aussi depuis un an un traitement par chélation pour tenter de réduire son électrosensibilité. «Les premiers symptômes sont apparus en 2012. J'avais des infections nez-gorge-oreilles à répétition, j'étais fatiguée, j'avais de la peine à réfléchir... Mon médecin m'a diagnostiqué un début de burn out et m'a mise en arrêt maladie. Les symptômes physiques ont alors très vite disparu. Mais ils ont repris, de façon accrue, dès mon retour au travail. Ce n'est que petit à petit que j'ai fait le lien avec l'entreprise de télécommunications où je travaillais, au milieu des ondes WiFi. Ce qui s'est confirmé quand de nouveaux locataires se sont installés dans l'appartement en dessous du nôtre et que j'ai commencé à très mal dormir. Il s'est avéré que ces voisins avaient leur WiFi enclenché en permanence, installé droit au-dessous de mon lit...»

Pour gérer ses symptômes, Odile a dû adapter son quotidien: dans son appartement, des tapis et rideaux anti-ondes, pas de WiFi, «et j'évite de mettre le combiné contre l'oreille quand je téléphone. Pour les vacances, j'emporte toujours une couverture spéciale», explique-t-elle. Mais d'autres vivraient un véritable enfer: la jeune femme évoque ainsi le cas d'un ami «qui vit depuis six mois dans son sous-sol et ne sait plus que faire. Il n'a jusqu'ici trouvé aucune piste pour vivre avec son électrohypersensibilité».

Première reconnaissance

Si les témoignages se multiplient, pour la communauté médicale, «l'électrosensibilité est par définition une déclaration de la personne concernée», résume Gilberte Tinguely, collaboratrice scientifique à l'OFEV. Depuis 2005, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît qu'elle est «caractérisée par divers symptômes non spécifiques qui diffèrent d'un individu à l'autre», tout en soulignant: «Il n'existe ni critères diagnostiques clairs, ni de base scientifique permettant de les relier à une exposition aux champs électromagnétiques (...) La majorité des études indiquent que les individus qui se disent électrosensibles sont incapables de détecter plus précisément une exposition à des champs électromagnétiques que des individus ordinaires».

Dans son ouvrage «Vivre dans les champs électromagnétiques», Pierre Zweiacker, physicien à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, estime pour sa part que «l'existence d'une sensibilité aux champs électriques et/ou magnétiques ne peut être totalement écartée. Que la plupart des personnes qui se plaignent d'électrosensibilité ne le soient pas n'empêche pas qu'une petite fraction d'entre elles le soient réellement.» Ainsi en 2015, la justice française a reconnu pour la première fois, après expertise médicale, l'existence d'un handicap grave dû à l'hypersensibilité aux ondes magnétiques, selon une nouvelle relayée par Le Monde.

Danger sous-estimé?

Reste que ceux qui travaillent sur le terrain, comme les géobiologues, ne doutent pas de la réalité de ce lien: «Par les mesures de rayonnement prises chez les personnes affectées, nous gagnons progressivement l'assurance qu'une relation existe bel et bien entre la nature de la source de rayonnement et les effets sur ces personnes», estime Peter Schlegel, ingénieur diplômé de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich. Depuis quinze ans qu'il propose ses services, il aurait fait la connaissance d'environ un millier de personnes électrosensibles. Selon ses observations, le taux d'électrosensibles serait bien supérieur à ce que disent les statistiques officielles, une bonne partie des personnes souffrant de ces symptômes ne faisant pas le lien avec les champs électromagnétiques. «Ces champs se rangent actuellement parmi les facteurs les plus négatifs pour la santé publique, mais aussi les plus sous-estimés quant à leur influence sur la santé. Car il y a trop d'intérêts économiques, politiques et sociétaux, avec en même temps un manque presque total d'information et de sensibilisation».

En 2011, l'OMS a classé les champs électromagnétiques haute fréquence (WiFi, antennes de téléphonie mobile, émetteurs TV, etc.) comme «peut-être cancérogènes» pour l'homme. Comment Peter Schlegel voit-il l'évolution de cette problématique? «Le scénario le plus vraisemblable, mais aussi le plus à craindre, est celui d'une dévitalisation graduelle de presque toute la population, qu'on ne pourra cependant guère attribuer aux seuls champs électromagnétiques. Car il y a plusieurs facteurs nocifs, environnementaux et autres, en synergie dans notre civilisation, qui rendent progressivement difficile l'attribution d'un effet défini à une source définie.»

* prénoms d'emprunt

Conférence sur le sujet par Denis Monnard, l’Institut de Géobiophysique Appliquée (IGA), mercredi 13 avril 19h30, salle Ste-Claire, rue Ste-Claire 1 à Vevey.

Interview

Martin Röösli :

« Un téléphone mobile irradie 1'000 fois plus que le WiFi »

Quels effets ont les champs électromagnétiques sur la santé? Malgré les milliers d'études scientifiques sur le sujet, la question est loin d'être résolue, comme l'explique le professeur Martin Röösli, épidémiologiste, qui dirige le groupe consultatif d'experts BERENIS, créé en 2014 par l'Office fédéral de l'environnement.

Que sait-on des effets des champs électromagnétiques sur la santé?

> Les études expérimentales sur l'homme montrent qu'en dessous des valeurs limites (voir plus bas), les champs électromagnétiques n'ont pas d'effets à court terme sur la santé. Pour les effets à long terme, il y a plus d'incertitudes. Globalement, rien de probant n'indique que les champs haute fréquence des appareils de télécommunication aient des effets sur la santé. Par contre, plusieurs études épidémiologiques établissent un rapport entre les champs basse fréquence des réseaux électriques et la leucémie infantile; les études expérimentales sur les animaux et les cellules n'ont cependant pas permis d'identifier un mécanisme d'action.

Y-a-t-il des pistes quant à de possibles effets pathologiques?

> Dans des études faites sur l'homme, on a constaté que les ondes cérébrales se modifient durant le sommeil quand des personnes ont auparavant exposé leur tête au rayonnement intensif d'un téléphone mobile; cela ne signifie pas pour autant un risque pour la santé. Les études sur les cellules montrent souvent que les champs électromagnétiques provoquent une élévation du stress oxydatif; mais ce que cela signifie à long terme pour la santé n'est pas non plus clair. Il faut souligner que tous ces effets n'ont été observés qu'avec des champs d'intensité importante. Pour les charges de rayonnement faibles, comme celles du WiFi et des stations de base de téléphonie mobile, on n'a trouvé jusqu'ici que peu d'indices quant à des effets.

Faut-il s'inquiéter de la généralisation du WiFi?

> Il n'y a encore que peu d'études quant aux effets du WiFi. Il faut cependant souligner que ce rayonnement n'est pas absorbé profondément par le corps. De plus, le Wifi ne représente qu'une petite part de l'exposition, moins de 1%. Ce sont les téléphones mobiles qui génèrent le plus de rayonnement.

Comment sont fixées les valeurs limites?

> Les valeurs limites d'immission (réd: qui visent à protéger la population des atteintes à la santé reconnues scientifiquement et prennent en compte la totalité du rayonnement, selon l'OFEV) sont déterminées sur la base des effets aigus reproductibles. Elles ne tiennent généralement pas compte des possibles effets à long terme. Mais pour prendre en considération ces incertitudes, la Suisse a introduit des valeurs limites d'installation particulièrement sévères (réd: ces valeurs limitent le rayonnement de chaque installation et sont fixées à titre de précaution).

Et qu'en est-il des effets combinés des nombreux champs qui nous entourent?

> La superposition de plusieurs sources de rayonnement est prise en compte dans les valeurs limites d'immission. Mais ce qui est important, c'est l'intensité totale du champ, toutes sources confondues. Et les plus hautes expositions sont pratiquement toujours provoquées par le téléphone mobile individuel, qui nous irradie 1'000 fois plus que le WiFi (réd: les champs électromagnétiques font partie des rayonnements non ionisants, c'est à dire qu'ils n'ont pas la possibilité de casser des atomes comme peut le faire la radioactivité). Avec une mauvaise qualité de réception, celui-ci génère une charge de rayonnement contre la tête 100'000 fois supérieure à celle des autres sources! Si bien que le Wifi ou les stations de base de téléphonie mobile ne jouent dès lors plus aucun rôle.
Date:17.03.2016

"Sujet sensible" dans les ecoles

A l'administration communale de Belmont-sur-Lausanne, tout fonctionne par le réseau câblé. «C'est certainement l'une des seules du canton où il n'y a pas de WiFi», relève le syndic Gustave Muheim, qui explique cependant: «Au départ, la Municipalité a opté pour un réseau câblé pour des raisons de sécurité par rapport aux hackers. Mais avec les soupçons qui pèsent sur le WiFi et connaissant des personnes électrosensibles, je me rends compte que c'était un choix judicieux. Et il n'y a pas de WiFi non plus dans le nouveau collège, car rien ne le justifiait.»Pionnier, le canton de Neuchâtel a adopté en 2010 un arrêté n'autorisant que les réseaux filaires dans les écoles enfantines, et limitant l'usage des réseaux sans fil dans les écoles primaires, secondaires et spécialisées aux espaces partagés ou sur dérogation spéciale. Pour l'instant, rien de tel dans les écoles publiques du canton de Vaud: «C'est un sujet sensible et nous n'avons pas de position officielle en la matière, explique Pierre Jaccard, de la Direction générale de l'enseignement obligatoire. Mais depuis 2010, à la demande des établissements scolaires ou des communes, nous faisons des recommandations de bon sens, notamment pour placer les bornes WiFi de manière à générer le moins d'ondes possible». La problématique s'invite aussi, timidement, dans le domaine de la construction: «Les nouvelles directives du 1er janvier 2016 relatives au label Minergie-Eco demandent, comme mesure de précaution, que les utilisateurs n'installent si possible pas de WiFi», note ainsi Martial Bujard, directeur de l'agence Minergie romande.

Comment les champs agissent sur l’organisme
Quatre questions à Pierre Zweiacker, responsable du Laboratoire haute tension de l’Ecole polytechnique de Lausanne. Il est l’auteur du livre «Vivre dans les champs électromagnétiques» (Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009).

Comment les champs électromagnétiques peuvent-ils interférer avec la matière vivante?
Toute matière est formée d'atomes qui comportent un noyau avec des protons, chargés d'électricité positive, et des électrons tournant autour du noyau et chargés d'électricité négative. Je rappelle en passant que "positif" et "négatif" n'ont rien à voir avec des effets bénéfiques ou nocifs; il ne s'agit que d'une convention de langage héritée de l'histoire et de la constatation qu'il existe effectivement deux types différents de charges électriques. Or ces charges interagissent entre elles: elles se repoussent ou s'attirent, selon les circonstances. Autrement dit, elles agissent les unes sur les autres, et cela à distance, c’est-à-dire sans contact matériel.

Comment fait-on en physique, pour expliquer que des objets interagissent à distance, sans contact matériel? On imagine que chacun des protagonistes émet "quelque chose d'immatériel" qui se propage jusqu'à l'autre et agit sur lui. Et on appelle cette "chose immatérielle": un champ. Voilà pourquoi on explique la chute des corps par le champ de gravitation et les interactions entre particules chargées, par les champs électriques et magnétiques. Dans ce dernier cas, il a fallu en inventer deux, parce que les charges n'interagissent pas de la même manière, selon qu'elles sont immobiles ou au contraire en mouvement les unes par rapport aux autres. En résumé, les champs électriques, magnétiques et électromagnétiques agissent sur le corps humain, parce que ce dernier contient des charges électriques et parce que ces champs sont précisément définis comme ce qui agit sur des charges.

Quels en sont les effets biologiques?
Les deux effets reconnus des rayonnements sont, à basse fréquence, jusque vers 1 MHz, la création de courants électriques dans le corps. A haute fréquence, à partir de 100 kHz, l'échauffement des tissus vivants (effet micro-onde). Et entre 100 kHz et 1 MHz, les deux effets se superposent» (pour les limites des différentes tranches fréquences avec des exemples concrets, voir le document ci-dessous «Fréquences», fourni par P. Zweiacker)

Tous ces effets deviennent pathologiques lorsque l'intensité du champ dépasse un certain seuil. C'est précisément ces seuils qui sont spécifiés par les limites d'intensité recommandées par l'ICNIRP et adoptés dans les législations nationales.

Comme exemples d'effets pathologiques, on peut citer, à basse fréquence, l'action des courants électriques induits sur les nerfs moteurs qui se répercutent sur les muscles concernés, en particulier le muscle cardiaque, dont le rythme peut s'en trouver perturbé. À haute fréquence, l'échauffement des tissus équivaut à de la fièvre, avec des effets sur le fonctionnement du cerveau par exemple. Tous les autres effets décrits dans la littérature scientifique, qui ne relèvent pas des deux catégories d'effets susmentionnées (autrement dit les effets habituellement qualifiés de "non thermiques") - provocation de tumeurs, inhibition de la sécrétion de mélatonine, perturbations du développement embryonnaire, etc. - sont considérés comme insuffisamment prouvés scientifiquement, et ne sont donc pas pris en compte dans l'élaboration des normes de valeurs limites.

Pourquoi, malgré les milliers d’études réalisées, semble-t-il impossible d’obtenir des certitudes scientifiques dans ce domaine?
Les facteurs qui rendent illusoire d'arriver à une certitude sont la complexité du corps humain, la multitude des champs existants, la quasi-impossibilité d'étudier l'effet simultané de plusieurs champs, comme ceux auxquels nous sommes exposés en permanence dans la vie quotidienne, sans parler des effets combinés avec le bruit, la pollution, le stress, etc. et enfin la vitesse à laquelle évoluent les techniques utilisant des rayonnements, alors que la recherche des effets d'un seul rayonnement prend des années.

Faut-il s’inquiéter de la multiplication des connexions WiFi dans les logements et les écoles?
L'EPFL compte des centaines de bornes WIFI et des milliers de personnes exposées. Or on compte sur les doigts d'une seule main les personnes qui s'en sont plaintes jusqu'à présent et depuis plusieurs années. Cela dit, des mesures ont montré que, dans une salle de classe, les ondes d'un WIFI peuvent dans certains cas aller se concentrer sur une place de travail (par le jeu des réflexions sur les parois ou sur les meubles). Quand cela arrive, ce n’est vraiment pas de chance. Mais je trouve qu'en cas d'installation d'un WIFI dans une salle de classe d'enfants, et du fait qu'un enfant pourrait se trouver exposé durant plusieurs heures par jour à cet endroit, il pourrait être souhaitable de mesurer l'intensité du champ aux différentes places, pour s'assurer que l’on n'a pas ce phénomène.

La chélation, une solution?

La Docteur Nathalie Calame, médecin généraliste, homéopathe et phythotérapeute, officie au Centre Prévention@Santé à Colombier. Elle est l’une des rares médecins à prendre en charge et à proposer des thérapies aux personnes électrosensibles. C’est dès les années 2000 qu’elle s’est trouvée face à des patients présentant des symptômes d’électrosensibilité. «Le nombre de consultations pour ce problème a très nettement augmenté depuis lors. Sans doute parce que je me suis exprimée publiquement à ce sujet, également parce que le public est mieux informé. Mais aussi en raison du réseau Wifi et du nombre de portables en activité partout !», constate Nathalie Calame.

Pour elle, il existe une série de symptômes caractéristiques: «Il s’agit de symptômes apparaissant clairement dans un lieu perturbé au niveau électromagnétique, et disparaissant ensuite si ce champ s’arrête. Mais cela mets souvent plusieurs heures à régresser, ce n’est pas immédiat! Cela peut se manifester par des maux de tête, des vertiges, des difficultés de concentration, des troubles digestifs, des douleurs névralgiques, etc. et surtout des symptômes neurologiques.» Quelles sont les mesures et les thérapies possibles pour soulager les souffrances de tels patients? «L’éviction des zones fortement perturbée et l’assainissement des lieux ou la personne séjourne souvent et longtemps; le traitement consiste en différentes mesures de dépollution des métaux lourds présents dans l’organisme, dont la chélation est une thérapeutique importante. Cela peut se faire par voie orale, ou intraveineuse. Plusieurs compléments à base de plantes, de minéraux et d’homéopathie peuvent être très utiles aussi. Les mesures de chélation donnent de bonnes réponses, à condition aussi d’avoir assaini la bouche, c'est-à-dire enlevé en tout cas les amalgames au mercure, et si possible les éléments métalliques trop chargés au niveau électro-galvanique», explique-t-elle.

Ce traitement non conventionnel qu’est la chélation reste toutefois controversé. «À ma connaissance, il n'existe pas de processus bio-physique plausible pour expliquer que la présence d'un plombage, ou même l'accumulation de métaux lourds dans le corps puisse conduire à l'électrosensibilité. Et cela d'autant moins que la possibilité d'une électrosensibilité n'a pas pu être clairement démontrée dans des conditions expérimentales reproductibles», note ainsi le physicien Pierre Zweiacker.

7 millions pour surveiller les champs

Le Conseil Fédéral a présenté, en décembre dernier, un concept de surveillance des champs électromagnétiques sur l’ensemble de son territoire. Le but premier est «d’obtenir des informations représentatives concernant l’exposition de la population suisses au rayonnement non ionisant et son évolution dans le temps». Les coûts pour la mise en œuvre de ce concept sont estimés à sept millions de francs sur une période de dix ans (rapport complet à disposition ci-dessous).

Parallèlement, il vient de recommander d’accepter une motion du groupe libéral radical intitulée «Garantir le plus rapidement possible la modernisation des réseaux de téléphonie mobile». Cette motion demande une révision de l’Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI)* en visant à relever la valeur limite applicable aux installations de téléphonie mobile et à simplifier les instruments d’exécution. «Une bonne couverture de téléphonie mobile et l’accès à internet sont essentiels pour le développement de la Suisse», estime le Conseil Fédéral.

* Le terme de rayonnement non ionisant signifie que «le rayonnement n'a pas la possibilité de casser des atomes, comme peut le faire la radioactivité. Cela est lié à la fréquence qui est, par définition, inférieure à 300 GHz», explique Pierre Zweiacker.

Quelques liens utiles

Informations détaillées de la Confédération :
www.bafu.admin.ch/electrosmog

Associations
•Association romande alerte aux ondes électromagnétiques (ARA):
www.alerte.ch
•Association faîtière (Dachverband Elektrosmog Schweiz und Liechtenstein) :
www.funkstrahlung.ch

Médecins et spécialistes
•Réseau de conseil en médecine environnementale:
www.aefu.ch

•Centre prévention et santé (Colombier) :
www.cpsinfo.ch

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