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4 avr. 2016

Suisse : Les personnes électrosensibles plaident pour des wagons limitant la présence d'ondes (article de 2011)

(Choix d'image par la Rédactrice de "Mieux Prévenir")
Les CFF prennent le train de l'électrosmog
par Vincent Gerber, Le Courrier, 30 mars 2011

Face à leurs problèmes de réseau, les CFF vont installer des antennes dans leurs trains. Les personnes électrosensibles plaident pour des wagons limitant la présence d'ondes.

Face à leurs problèmes de réseau, les CFF vont installer des antennes dans leurs trains. Les personnes électrosensibles plaident pour des wagons limitant la présence d'ondes.
Annoncées en août dernier, les tractations viennent d'aboutir. Swisscom, Sunrise et Orange ont signé un accord avec les CFF pour l'installation de répétiteurs – ces antennes intérieures qui servent de relais aux ondes – dans les trains suisses. Cela dans le but d'améliorer la réception des réseaux pour téléphones portables. Une annonce qui suit l'installation par Swisscom, en janvier 2010, d'une connexion internet sans fil (wifi) dans les wagons de première classe des trains ICN. La nouvelle réjouira de nombreux utilisateurs. A quelques exceptions près. Sensible à la question, Geneviève R. a décidé d'interpeller les CFF sur ce projet. Cette Neuchâteloise a gardé un mauvais souvenir d'un voyage en Belgique à bord d'un train Thalys équipé du wifi. «Pendant les jours suivants, cette exposition prolongée m'a handicapée dans mon travail. J'ai souffert de maux de tête, de nausées et de troubles de la vision.»

Moins de technologie!

Des symptômes qui ont commencé à apparaître chez elle en 2008 et qui se reproduisent lors d'importantes expositions à des champs magnétiques. Selon les estimations courantes, 2 à 5% de la population soumise à une trop forte concentration électromagnétique développerait des maux similaires. Un phénomène appelé «électrosensibilité».
Anticipant l'aménagement des trains, Geneviève a décidé de lancer une pétition en faveur de l'instauration d'un wagon «à technologie réduite» dans chaque voiture. Cet espace se verrait doté d'«un minimum de pollution électromagnétique, sans wifi ni accès pour la téléphonie mobile», et s'adresserait autant aux personnes électrosensibles qu'à celles recherchant le calme.
La mesure est présentée dans le texte comme avant-gardiste et pouvant être mise en avant par la compagnie de chemin de fer à des fins de marketing. La démarche se veut pragmatique: elle ne proscrit pas la technologie pour celles et ceux qui la désirent, tout en préservant la minorité qui en souffre. L'installation de répétiteurs n'est pas elle-même remise en question, leur présence aurait d'ailleurs pour conséquence de diminuer la concentration des réseaux en permettant aux appareils de se connecter à moindre puissance.

«Le problème est global»

Intéressés par la démarche, les CFF ont étudié la proposition sous l'angle de la faisabilité technique et des besoins des voyageurs. Mais après plusieurs échanges de courriers, la dernière réponse envoyée début février enterre le projet. Pour Urs Schlegel, chef jusqu'au 1er mars de CFF Immobilier, «il est clair que plus nous créons de voitures ayant une spécificité, plus nous privons la majorité de notre clientèle de la possibilité de s'asseoir où elle veut». Les CFF ont par exemple abandonné les wagons «silence» en seconde classe: ces espaces où il est interdit de parler, de téléphoner ou d'écouter de la musique n'existent plus qu'en première classe, sur certaines lignes.
La régie publique estime par ailleurs que «le problème est global». «S'il doit être réglé, c'est par l'intermédiaire de l'Office fédéral de la santé publique», fait remarquer Urs Schlegel. Exit donc l'idée d'être précurseurs: les CFF bottent en touche, tout en affirmant rester «attentifs à la thématique».

Timides mesures du côté suisse

La réponse des CFF à la pétition lancée par Geneviève R. met le doigt sur un point crucial: sans preuves reconnues des conséquences de l'électromagnétisme sur la santé, et sans volonté politique pour les appuyer, rien n'entravera la prolifération actuelle de l'électrosmog. Car l'électrosensibilité demeure un phénomène controversé auprès des instances officielles. Peu de pays ont suivi la Suède, pionnière en la matière, qui la considère publiquement comme un handicap. Le pays a pris des mesures en faveur des personnes touchées depuis 1995 déjà, c'est à dire avant la démocratisation du téléphone portable et de l'arrivée du wifi. Ainsi, on peut louer en Suède des espaces d'habitation dans des zones avec basses fréquences ou recevoir un soutien de son employeur pour travailler malgré son handicap. Par ailleurs, les téléphones portables sont interdits dans certains compartiments des transports publics.

Du côté des organismes de santé, OMS en tête, on reconnaît généralement la présence des symptômes chez les personnes atteintes, sans confirmer le lien de cause à effet avec les champs électromagnétiques. Une position suivie par l'Office fédéral de la santé publique. Les études sur le sujet manquent, alors que les ampoules écologiques, réseaux de téléphonie, wifi, bluetooth et bientôt wimax – l'accès sans fil à haut débit – ne cessent de faire augmenter, en nombre comme en puissance, la présence invisible des champs magnétique dans notre environnement. Le milieu politique suisse commence toutefois à s'intéresser à la question. A Neuchâtel, le Conseil d'Etat a par exemple réglementé l'utilisation du wifi dans les écoles. Résultat: plusieurs établissements ont opté pour un réseau câblé plutôt que sans fil. Et au niveau national, le popiste Josef Zisyadis a déposé en mars 2009 une motion parlementaire pour la prise en charge de l'électrosensibilité.

Cosignée par le socialiste Eric Voruz et des parlementaires verts comme Adèle Thorens Goumaz, Antonio Hodgers ou Francine John-Calame, le texte demandait des modifications législatives pour permettre aux personnes électrosensibles d'assainir leur logement. Par exemple en remplaçant des câbles électriques ordinaires par des câbles spéciaux, en recouvrant les murs d'une peinture spéciale ou en permettant aux fenêtres d'être recouvertes de feuilles d'aluminium. «Il n'est pas impossible que nous soyons devant une situation qui rappelle le manque de précaution face à l'amiante», mettait en garde la motion. Le Conseil fédéral a toutefois rejeté le texte en estimant que «la reconnaissance officielle de l'électrosensibilité en tant que handicap, et l'adoption de mesures correspondantes, est dénuée du fondement scientifique nécessaire». Le texte a été définitivement classé le 18 mars dernier. Le débat reste tiraillé entre intérêts économiques et considérations de santé. Il tend à basculer dans un «pour ou contre» les ondes jouant sur le sensationnel et la peur: «L'idée n'est pourtant pas d'éradiquer totalement les ondes, c'est impossible, précise Geneviève R. Il s'agit simplement d'en réguler la concentration.» VGR/CO

http://www.lecourrier.ch/les_cff_prennent_le_train_de_l_electrosmog

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