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30 mai 2016

Suisse : Employés stressés ? Les patrons s’en fichent

«Les patrons individualisent ces problématiques. Il y a cette idée que si quelqu’un souffre de stress, c’est de sa faute; il n’est pas assez «solide». Les entreprises n’ont pas compris que l’organisation joue un rôle important contre les maladies liées au stress.»

Employés stressés ? Les patrons s’en fichent
par Marie Nicollier, Tribune de Genève, 
30 mai 2016

La Suisse est un mauvais élève européen en gestion des risques professionnels

«C’est honteux.» Spécialiste de la médecine du travail à l’Institut universitaire romand de santé au travail (IST), basé à Lausanne, la professeure Brigitta Danuser connaît le désintérêt des patrons suisses pour ces questions.

Et les résultats de la seconde enquête de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (ESENER-2), publiés fin mars, montrent que la riche Helvétie n’a pas rattrapé son retard. Elle pointe à la 34e place, sur 36 pays sondés, en matière d’évaluation régulière des risques physiques et psychologiques. «Il y a une vraie négligence, regrette la professeure Danuser. Presque tous les pays européens, même avec des taux de chômage plus élevés, font un effort plus important.»

Circulez, il n’y a rien à voir. Les patrons suisses pensent trop souvent qu’il n’existe pas de problème majeur ou que les risques sont connus, donc maîtrisés. Or, pour prendre un danger au sérieux, il est indispensable de le mesurer régulièrement, insiste la spécialiste. «Chez nous, il y a cette idée que la médecine du travail est une obligation qui coûte du temps et de l’argent. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse. Les employeurs réclament des contrôles réguliers pour s’assurer d’être dans la légalité. Ils ne sont pas vus comme une contrainte, mais une aide, un support.»

L’enquête révèle que les risques psychosociaux sont en augmentation (stress, burn-out, mobbing…), reflétant la croissance du secteur des services. Le facteur de risque le plus fréquemment mentionné par les établissements européens est la confrontation avec les clients, élèves ou patients difficiles (58%), avant les positions fatigantes ou pénibles (56%) et les mouvements répétitifs des mains ou des bras (52%).

«Nous sommes dans un pays industrialisé et plutôt riche qui, pourtant, ne gère pas suffisamment les risques psychosociaux», s’inquiète Brigitta Danuser. Le sujet rebute de nombreux patrons, qui rechignent à l’aborder avec les intéressés. Trop intime. Trop compliqué. Pas moins de 49% des entreprises suisses incluses dans l’étude mentionnent la pression du temps comme facteur de risque. Problème: 20% seulement ont un plan d’action pour prévenir le stress. C’est sensiblement moins que la moyenne européenne (32%). «Les patrons individualisent ces problématiques. Il y a cette idée que si quelqu’un souffre de stress, c’est de sa faute; il n’est pas assez «solide». Les entreprises n’ont pas compris que l’organisation joue un rôle important contre les maladies liées au stress.»

Le burn-out n’étant pas considéré comme une pathologie, les médecins ne le diagnostiquent pas en tant que telle. Impossible, donc, de savoir combien de personnes sont touchées.

Côté employés, la demande grimpe. La consultation dédiée aux problèmes de souffrances au travail ouverte en 2011 par l’IST est de plus en plus sollicitée. Visiblement consciente des lacunes, l’Inspection fédérale du travail forme désormais des inspecteurs spécifiquement aux risques psychosociaux. Ils effectuent leurs premiers contrôles cette année.

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