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27 juin 2016

80 % des cancers dus à la dégradation de l’environnement : l’urgence d’agir

Résumé de l'interview de l'avril 2016 avec le Pr Dominique Belpomme par Telerama, déjà sur ce blog...

80 % des cancers dus à la dégradation de l’environnement : l’urgence d’agir

par La Relève et La Peste, 21 juin 2016

Alors qu’un rapport de l’OMS chiffre à 12,6 millions le nombre de morts dues aux pollutions diverses et aux substances chimiques, les politiques ne font toujours rien pour réglementer les secteurs impactant fortement notre santé. Une attitude fortement dénoncée par Dominique Belpomme, cancérologue. Pour lui, il faut arrêter de sous-estimer l’impact de l’environnement sur notre santé.

Dominique Belpomme, cancérologue de profession mais aussi directeur de l’Institut Européen de Recherche sur le Cancer et l’Environnement (ECERI), enrage de voir les véritables causes de nombreuses maladies si méconnues du grand public, alors que la recherche en la matière apporte des résultats probants. Selon lui, l’augmentation des maladies comme le cancer, l’obésité, les allergies, les troubles du comportement est due, en très grande partie, à la dégradation de notre environnement. Et il n’y a plus de doutes là-dessus.

Maladies modernes : l’impact de notre mode de vie sur l’environnement

Des maladies dues à l’environnement ? Du bon sens, pensez-vous. Mais on n’en mesure pas assez l’ampleur. Le rapport de l’OMS est formel : entre 70% et 90% des cancers sont directement liés à l’environnement et à sa dégradation. De même, 10% des décès par cancer sont directement liés à la seule pollution atmosphérique. Les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé sont un véritable choc. Pourtant, selon Dominique Belpomme, « une fois de plus, l’OMS a du retard, il s’agit de généralités que nous connaissons depuis plus d’une dizaine d’années ». Les progrès de la science en terme d’épigénétique (fait que les gènes soient modifiés par des facteurs environnementaux) sont même allés jusqu’à prouver l’existence d’une « hérédité épigénétique » : des pathologies dues à l’environnement sont transmises jusqu’à la quatrième génération.

Pour le cancérologue, il existe une véritable désinformation ou mal-information autour des causes réelles des cancers : « contrairement à la thèse classique (véhiculée), l’origine des cancers ne relève pas seulement d’une modification des facteurs de risque liés aux modes de vie, au vieillissement, ou bien encore aux progrès médicaux dans le dépistage. C’est l’arbre qui cache la forêt ! ».
En cause : retard de la recherche française et refus du changement

Mais alors pourquoi, si le cancérologue est si certain dans ses assertions, rien n’est fait pour informer et changer les choses ? Bien placé pour avoir une vision globale, Dominique pense que cela est en partie dû au retard de la recherche française en matière d’impact de l’environnement sur la santé – sur les 3 000 articles scientifiques épluchés sur le sujet par le directeur de l’ECERI, seuls 10 étaient français. A cela s’ajoute le fait que le corps médico-légal (INSERM et Institut de veille sanitaire) « ne li(t) pas les publications internationales et reste donc figé dans l’ancien paradigme ». Impossible alors de suivre l’évolution de la recherche.

C’est donc en toute logique que les politiques publiques ne suivent pas, puisqu’elles basent leurs évolutions sur les avis et préconisations de responsables de la santé visiblement en retard sur leur temps. « D’où des mesures de prévention qui se limitent à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme (…) En fait, rien ou presque n’est fait concernant le rôle néfaste des pesticides et perturbateurs endocriniens, de la pollution de l’air par les particules fines émises par le diesel, ou encore de l’effet possiblement cancérigène des champs électromagnétiques », selon le cancérologue reconnu.

Mais cet aveuglement est aussi volontaire, et les causes du retard en terme de législation ne sont pas seulement à trouver du côté scientifique : pour Dominique Belpomme, « Reconnaître un lien de cause à effet revient à remettre en question le fonctionnement même de notre société et l’existence d’intérêts financiers ou économiques qui sont contraires à la préservation de la santé et de la morale hippocratique. C’est remettre en question un certain nombre d’activités humaines puisque la pollution est essentiellement liée à des industries polluantes. D’où des lobbies qui freinent encore des quatre fers face aux décisions qu’il faudrait prendre ».

Risques négligés et maladies ignorées

La désinformation a pour conséquences de favoriser les comportements à risque, puisqu’ils ne sont pas identifiés comme tels. Si tout le monde sait que les ondes sont dangereuses pour la santé, peu de gens connaissent l’impact réel qu’elles ont dans nos vies : utiliser un téléphone portable plus de 20 min par jour, quand on a moins de 20 ans et même avec des écouteurs, c’est multiplier par 5 le risque d’avoir une tumeur cérébrale ou de devenir électrosensible. De même, qui sait qu’il faut limiter au maximum l’utilisation du téléphone en train ou en voiture, car l’intensité du champ électromagnétique est démultipliée ?

Le retard de la recherche française conduit de plus à négliger certaines maladies, qui ne sont pas reconnues comme telles. Au rang de celles-ci, on trouve la sensibilité électromagnétique (intolérance environnementale aux ondes), pour la reconnaissance de laquelle se bat Dominique Belpomme. Selon lui, si cette maladie est l’objet de controverses, c’est parce que « nous sommes dans un débat polémique, alimenté par des opérateurs qui créent la confusion, pour défendre leurs territoires économiques et financiers, avec l’aide de quelques scientifiques à leur solde ». En termes clairs, il faudrait trop changer nos manières de vivre et de consommer pour que la maladie soit reconnue à sa juste valeur. Une attitude qui révolte le chercheur : « Au Moyen Age, on isolait les lépreux. Aujourd’hui, on enferme les malades atteints de pathologies émergentes sans les reconnaître ni leur porter secours, ce qui est éthiquement contraire au message hippocratique et moralement indigne de nos sociétés ! ».

Vers une médecine environnementale ?

Malgré tout, le cancérologue ne perd pas espoir : pour lui, « la prise de conscience avance », notamment au niveau du Conseil de l’Ordre des Médecins ou de l’Académie des Sciences. De même, il pense que des initiatives, sur plan personnel, peuvent déjà faire bouger les choses : essayer de manger bio, ne pas laisser son adolescent dormir avec son téléphone, utiliser le plus possible le haut-parleur, etc.

Au niveau étatique, il attend plus d’implications des politiques, dont le silence l’inquiète : « Lisez les programmes des candidats pour les futures présidentielles, aucun ne parle de la santé ». Là où ça bloque : avouer l’ampleur de l’impact environnemental sur notre santé reviendrait à avouer qu’il faut changer du tout au tout nos façons de vivre et de consommer. « Pour l’instant, tout le monde s’en fiche mais il y aura un jour une facture à payer » déclare, sombre, le médecin.

Il est conscient que tout ne peut pas être abandonné ni changé du jour au lendemain : « Il ne s’agit pas de supprimer le téléphone portable, ce serait impossible. Il faut des régulations, pour interdire, par exemple, les installations sauvages d’antennes relais, près des écoles primaires ou des hôpitaux. La loi Abeille, relative aux mesures de protection vis-à-vis des champs électro-magnétiques, va dans ce sens là ». De quoi redonner de l’espoir !

Au niveau médical aussi, de nombreuses choses doivent changer. Celui qui appelle à une « mutation profonde de notre système de santé et de pensée », prône l’avènement de la « médecine environnementale ». Celle-ci est axée sur « médecine prédictive et préventive, à la différence de la médecine contemporaine, qui traite les effets pathologiques, autrement dit quand des lésions cellulaires sont déjà décelables ». Un courant qui rencontre un fort succès aux Etats-Unis et en Allemagne, alors près de 22 millions de cancers sont déclarés chaque année.

Sources : Interview de Télérama

http://lareleveetlapeste.fr/80-des-cancers-dus-a-la-degradation-de-lenvironnement-lurgence-dagir/

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