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29 juin 2016

Journal d’une électrosensible no 8 : Écoutez les canaris dans la mine !

"Les effets biologiques nocifs des ondes devraient préoccuper tout le monde."

Journal d’une électrosensible no 8 : Écoutez les canaris dans la mine !

par Hélène Vadeboncoeur PhD, maisonsaine.ca, 29 juin 2016

J’ai régulièrement l’impression d’être en plein cauchemar, et de ne pas arriver à me réveiller. Je ne suis pas la seule. Et j’ai bien peur qu’il en soit ainsi pour le reste de ma vie. L’humanité se retrouve dans une situation, depuis une vingtaine d’années, à laquelle elle n’a jamais été exposée auparavant : l’irradiation par des ondes issues de la fabrication d’une technologie qui n’existait à peu près pas auparavant, la technologie sans fil. 

Je me sens, avec tous ceux ayant développé une hypersensibilité à ces radiations, comme un canari dans la mine. On sait que dans les mines de charbon, les mineurs apportaient autrefois avec eux un canari, oiseau qui ressentait la présence d’émanations de gaz toxiques avant les mineurs eux-mêmes. Le canari les avertissait en quelque sorte du danger, de sorte qu’ils se dépêchaient de sortir avant que n’arrive un accident. Sauf que personne ne réagit aux canaris que sont les électrosensibles. Personne, sauf exception, ne se sent concerné, pour eux-mêmes en tout cas. Même si vos proches peuvent croire que vous réagissez vraiment aux ondes, ils voient cela comme étant « votre » réaction, et qu’eux-mêmes sont à l’abri.

Poursuivie par les ondes, jusque sur une montagne !

Hier, j’étais avec un groupe d’amis chez l’un d’eux dans la montagne de Sutton. Un endroit magnifique, où les maisons sont pas mal éloignées les unes des autres. Nous étions dehors, à bavarder, à une centaine de pieds de la maison. Tous savent depuis au moins un an que je suis électrosensible, et manifestent de l’empathie. L’une des personnes présentes m’a demandé si je me sentais bien où nous étions. Et elle m’a même suggéré de sortir mon appareil de mesure de radiofréquences, un Acoustimeter. C’était la première fois qu’on me demandait cela ! Je l’ai fait, et à ma surprise, il marquait 0,9 volts par mètre (V/m), ce qui est beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais dans cet environnement éloigné de tout. Pour les personnes en santé, l’Association médicale autrichienne recommande de ne pas dépasser 0,6 V/m, ce qui équivaut à 1 000 microwatts par mètre carré (µW/m²).

Le propriétaire alla éteindre le Wi-Fi dans la maison, quelques personnes ayant un cellulaire allumé l’éteignirent, mais une source d’émissions subsistait, puisque l’appareil marquait maintenant 0,6 V/m. On finit par le trouver : c’était l’ordinateur d’une des personnes présentes, qui était allumé et dont la fonction Wi-Fi était activée. Ceci fait que l’ordinateur « cherche » les ondes Wi-Fi autour – ceux de voisins quand même assez éloignés, car tous les terrains ont cinq acres. Tout rentra dans l’ordre quand le Wi-Fi de cet ordinateur fut désactivé. Le niveau d’ondes descendit à 0,03 V/m, ce qui est le niveau généralement observé en l’absence de sources d’émissions (0,02 V/m). Nous sommes restés quelques heures à cet endroit. Puis, pour éviter d’être rattrapés par le soleil en cette chaude journée d’été, nous avons déménagé nos pénates plus proches de la maison et du chemin.

Ce qui devait arriver arriva. Quelques autres personnes se joignirent à nous, et à un moment donné je me mis à avoir des palpitations cardiaques. Je ressortis mon appareil de mesure. Il y avait 3-4 fois plus de densité (puissance) d’ondes à cet endroit que là où nous étions auparavant. J’ai décidé de ne rien dire, de ne rien demander à qui que ce soit, puisque j’allais rentrer à la maison peu de temps après. Je suis restée une heure de plus et suis rentrée chez moi, là où le niveau de radiofréquences est très bas, 0,02 V/m. Mais maintenant, à trois heures du matin, j’écris ce texte, aux prises avec une insomnie presque inévitable lorsque j’ai été exposée durant la journée à des radiofréquences émises par des cellulaires, le Wi-Fi, etc. Autrement, je dors très bien, merci.

Les effets biologiques nocifs des ondes devraient préoccuper tout le monde

Je demeure surprise de voir à quel point les équipements de technologie sans fil sont entrés dans la vie des gens, et que même s’ils voient en chair et en os une personne électrosensible, même s’ils la croient parce que c’est une amie, ils ne se sentent pas concernés par leur propre exposition quotidienne, 24 heures sur 24, à ces radiations – car c’en est. Une personne proche de moi réagissait hier à ce mot « radiations », disant que c’était alarmiste. Mais ces ondes sonteffectivement des radiations (ou du rayonnement) électromagnétiques, et les électrosensibles ont entièrement raison d’être alarmés et de s’agiter comme le faisaient les canaris dans la mine ! De s’agiter d’autant plus que, contrairement aux mineurs des mines de charbon, personne ne réagit. Cette technologie s’est répandue sans qu’on en ait, au préalable, évalué l’impact sur la santé. Une autre chercheure, elle aussi électrosensible, me disait être indignée par cette gigantesque expérimentation faite à l’échelle de la planète, sans que quiconque ait consenti, en connaissance de cause, à y participer.

Alors les gens continuent à porter sur eux leur cellulaire ouvert. Certains dorment avec leur appareil sous l’oreiller. Une connaissance me parlait de son fils, qui souffre d’épilepsie. Il a son cellulaire allumé en permanence sur lui, même quand il dort ! Les gens, même s’ils ont entendu parler des risques possibles de la technologie sans fil pour la santé, continuent aussi à garder leur routeur Wi-Fi allumé en permanence, même la nuit. Je suis sans voix. Oui, en ville en particulier, on ne contrôle pas vraiment le niveau d’ondes dans lequel on baigne. Mais on peut au moins contrôler sa propre exposition à des équipements qu’on utilise soi-même ! Les effets biologiques de cette technologie ne concernent pas que les électrosensibles.

Imaginez s’il s’agissait de rayons-X. Personne ne voudrait se retrouver exposé en permanence à ces radiations dangereuses. Si le rayonnement émis par les technologies de communication sans fil sont d’un autre type (non ionisant) que les rayons-X (ionisant), elles ne sont pas sans avoir des effets nocifs sur les êtres vivants. Il existe à ce sujet assez d’études sur les cellules, sur les animaux et d’études épidémiologiques sur les humains pour qu’on prenne au moins des précautions élémentaires pour être moins exposés. Oui, les études ne sont pas toutes concluantes, oui nous ne comprenons pas encore très bien tous les mécanismes d’action en jeu (même si des études en ont révélé quelques-uns), mais pourquoi se cacher la tête dans le sable, en attendant d’avoir plus de certitudes ? Pourquoi refuser de tenir compte des résultats d’études montrant que les ondes issues de la technologie sans fil peuvent avoir des effets nocifs pour la santé ?

Pourquoi ignorer le principe de précaution[1] ? Que l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui le prône dans le domaine de la santé, définit ainsi : « La gestion des risques par la santé publique doit prôner la réduction ou l’élimination des risques chaque fois qu’il est possible de le faire et l’adoption d’une attitude vigilante afin d’agir de manière à éviter tout risque inutile. Cette attitude s’exerce tant dans un contexte de relative certitude (prévention) que d’incertitude scientifique (précaution). » C’est fâchant de constater que l’INSPQ l’ignore totalement en ce qui concerne les effets biologiques des champs électromagnétiques !

Une gigantesque expérimentation, faite sans que les populations n’y aient consenti

Dans mon cauchemar, je ne comprends pas pourquoi, même aujourd’hui, même après les appels répétés de nombreux experts indépendants depuis plusieurs années, même après que l’OMS ait classé les champs magnétiques 60 Hertz et les radiofréquences dans la catégorie « possiblement cancérogène », il n’y ait pas plus d’évaluations systématiques des effets sur la santé. Pourquoi les autorités de santé publique ne mettent-elles pas en place des registres de tumeurs codés selon les règles de l’art qui permettraient de voir que oui, les taux de cancer augmentent dans nos sociétés et atteignent des gens de plus en plus jeunes. Vous en connaissez peut-être, de ces jeunes.

Et si c’était l’effet des ondes ? Les générations plus jeunes — en tout cas les adolescents, les jeunes adultes, les trentenaires, ont été exposés toute leur vie ou depuis une vingtaine d’années à cette technologie sans fil. Et les générations qui les précèdent aussi, depuis une vingtaine d’années. Oui les taux des troubles de déficit d’attention et d’hyperactivité grimpent chez les enfants, ainsi que les taux d’autisme. Pourquoi les autorités ne font-elles pas faire de la recherche pour explorer les causes possibles de ces augmentations ? Pourquoi ne financent-elles pas des études indépendantes permettant de constater l’état de santé des gens « avant » et « après », par exemple, l’installation de tours de téléphonie cellulaire ou d’antennes à proximité de chez eux ? Ce ne serait pourtant pas compliqué à faire, d’autres l’ont déjà fait et les résultats sont inquiétants (détails sur powerwatch.org.uk/science/studies.asp).

Pourquoi ne fait-on pas d’enquêtes auprès, par exemple, des médecins de famille en exercice depuis une trentaine d’années pour recueillir leurs observations (et en parallèle des données provenant de dossiers médicaux) sur l’évolution des maux dont souffre leur clientèle depuis une vingtaine d’années ? Pourquoi ? Je vous laisse deviner la réponse. Ce n’est pas pour rien que l’industrie du tabac a refusé pendant plus d’un demi-siècle d’admettre (et je crois qu’elle ne l’admet toujours pas) qu’il y avait des liens de causalité entre le fait de fumer et le fait de développer un cancer du poumon, ni que celle de l’amiante a nié le danger que cette substance posait. J’arrête là, pour explorer un peu pourquoi.

La thèse de Naomi Klein et le développement débridé du sans fil

L’auteure Naomi Klein fait la brillante démonstration des liens entre le type d’économie dans lequel nous vivons, la loi du marché et la dégradation de l’environnement. Récemment publié, son livre Tout peut changer montre que les intérêts économiques priment sur tout. Selon elle (et elle n’est pas la seule à avoir cette opinion), les « vrais » dirigeants qui prennent les décisions sur notre planète ne sont pas les gouvernements. L’éditeur Lux souligne ces passages de son livre : « notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre… Au-delà de la crise écologique, c’est bien une crise existentielle qui est en jeu – celle d’une humanité défendant à corps perdu un mode de vie qui la mène à sa perte. » Certains appellent ce qui se passe le « capitalisme sauvage. » Même si j’ai été, héritage de mon père syndicaliste, préoccupée toute ma vie par des injustices, et que j’ai tenté de faire quelque chose par rapport à quelques-unes d’entre elles dans ma vie professionnelle, ce n’est que depuis que je suis électrosensible que j’accorde vraiment de l’attention à la thèse développée par Klein et par d’autres.

Alors que le sort de l’humanité est de plus en plus menacé par la pollution de toutes sortes de fabrication humaine, par les changements climatiques, et qu’un très grand nombre de scientifiques sonnent l’alarme à ce sujet depuis des années, disant qu’il est pratiquement minuit moins une, l’envahissement de la planète par les ondes issues de la technologie sans fil est une menace cauchemardesque. Mais plusieurs – jusqu’à la Fondation David Suzuki, qui a tant fait pour sensibiliser les gens à la dégradation de l’environnement – ne la prennent pas au sérieux. C’est difficile pour les nouveaux canaris de ce monde de ressentir autre chose que l’impression d’être en plein cauchemar lorsqu’ils se sentent menacés, envahis par des inconforts, des malaises, des effets sur leurs systèmes nerveux, immunitaire, cardiaque, etc., et aux prises avec de sérieux ennuis de santé !

La situation actuelle, source d’anxiété

Je me suis fait dire un jour, par un ami médecin : « Tu es sûre que ce que tu vis n’est pas tout simplement un syndrome d’anxiété et non l’électrosensibilité ? » Vous connaissez la réponse. Mais de l’anxiété ? Oui, j’en ai, et à peu près tous les électrosensibles que je connais en ressentent aussi. Je vous le demande, qui ne ressentirait pas d’anxiété à être dans une pareille situation, qui a fait perdre à plusieurs travail, domicile, conjoint-e, même le soutien de certains amis et parents ? Qui n’éprouverait pas d’anxiété, comme électrosensible, à devoir aller quotidiennement, en ville, dans des endroits où les micro-ondes se promènent allègrement ? Qui n’aurait pas le cœur serré à voir ses enfants et ses petits-enfants vivre quotidiennement dans une « soupe » de micro-ondes ? À se demander si ou comment leur santé a déjà été endommagée par les effets biologiques de ces ondes ? C’est aussi l’inconscience totale et l’inaction totale de nos dirigeants à ce propos qui sont sources d’anxiété. Et la constatation quotidienne, appareils de mesure en main, qu’il est de plus en plus difficile d’échapper à l’envahissement de nos vies par les ondes, même haut perché dans une très belle montagne dans la campagne par une belle journée d’été.

Le principe de précaution nous concerne tous, pas uniquement les canaris !

Si vous n’êtes pas électrosensible, de grâce prenez des précautions dans l’utilisation de votre cellulaire, du Wi-Fi… de votre ordinateur, de votre tablette. Écoutez cette mise en garde des plus grands experts indépendants des effets de l’électrosmog : emfscientist.org. Alors vous comprendrez l’importance de mettre en mode avion tous vos équipements lorsque vous ne vous en servez pas. Éloignez le routeur Wi-Fi le plus loin possible des endroits dans lesquels vous êtes habituellement, en particulier de votre chambre à coucher. Débranchez-le la nuit. Mieux : passez-vous-en ! L’Internet fonctionne très bien – et même de façon plus rapide et plus sécuritaire face aux pirates informatiques — avec le câble (comme avant l’invention du Wi-Fi). Éloignez-vous d’au moins six pieds de votre four micro-ondes, lorsqu’il est en marche ou passez-vous-en ! Si vous attendez un enfant, faites tout ce que vous pouvez pour diminuer son exposition aux ondes alors qu’il est dans l’utérus ainsi qu’après sa naissance. Bannissez l’usage du moniteur pour bébés, source de micro-ondes. Si vous avez de jeunes enfants, ou même des enfants plus âgés, ne leur permettez pas de jouer avec votre cellulaire, ou avec votre tablette, à moins qu’ils n’aient été mis en mode avion. Ne parlez pas au cellulaire avec un enfant dans les bras. Évitez de l’utiliser lorsque vous êtes en mouvement ou encore en voiture, car la puissance de ses émissions augmente alors pour établir la connexion.

Pensez-y, et parlez-en autour de vous. Les effets nocifs des ondes issues de la technologie sans fil concernent tout le monde, et pas uniquement les canaris que sont les gens dont l’organisme réagit. En fait, l’humanité serait encore plus mal prise si ces canaris n’existaient pas !

[1] En 1992, lors du Sommet de la Terre organisé par l’Organisation des Nations Unies, fut adoptée la Déclaration de Rio, dont le principe 15 stipulait, en ce qui concerne l’environnement, que « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. » Ce principe s’applique aussi dans le domaine de la santé.

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À propos de l'auteur (Profil de l'auteur) Chercheure indépendante en périnatalité, Hélène est pionnière dans plusieurs domaines. Elle fit connaître l'accouchement vaginal après césarienne (AVAC) en écrivant le seul ouvrage en langue française sur le sujet (FIDES, 3e éd., 2012), publié aussi en anglais (Fresh Heart, 2011) et en brésilien (mBooks, 2015). Elle fut parmi les premières consultantes engagées par le ministère de la Santé et des services sociaux du Québec pour la légalisation de la pratique de sage-femme au Québec. Ces dernières années, elle a contribué à la reconnaissance internationale des mauvais traitements dont sont victimes trop de femmes enceintes qui accouchent, participant à la création et traduction de la charte Le respect dans les soins de maternité : les droits universels des femmes pendant la période périnatale (White Ribbon Alliance for Safe Motherhood). Elle oeuvre actuellement à l’implantation d’une initiative prometteuse, l’Initiative internationale pour la naissance MèrEnfant (IMBCI). Depuis 2014, elle s’intéresse à la question de l’impact des micro-ondes sur la santé.

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