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21 juin 2016

Nouvelles de Genève : Comment les agriculteurs s'affranchissent du glyphosate

L'agriculteur Christophe Bosson a mis de la paille sur sa
culture de soja, à Aire-la-Ville, pour empêcher la pousse de
mauvaises herbes.  Image:  Théo Allegrezza
Comment les agriculteurs s’affranchissent du glyphosate
par Théo Allegrezza, Tribune de Genève, 
20 juin 2016

Genève : Ce pesticide est «probablement cancérogène», selon l'OMS. Dans le canton, la mentalité des cultivateurs évolue.

Christophe Bosson le dit sans détours: «Si c’est pour me demander de taper sur le glyphosate, ce n’est pas la peine.» Pourtant, depuis plusieurs années, cet agriculteur genevois a décidé de se passer, «le plus possible», du recours aux herbicides pour ses vignes et ses céréales. Afin d’y parvenir, il a adopté des techniques alternatives, certaines novatrices, d’autres venues d’un autre temps, avant l’avènement de la chimie. Christophe Bosson n’est pas le seul. Dans le canton, ils sont nombreux à vouloir s’affranchir du pesticide le plus utilisé au monde.

Ils ont bien raison. Les jours du glyphosate pourraient être comptés. En mars 2015, une agence de l’OMS a classé la molécule active du Roundup, le célèbre désherbant de Monsanto, dans la catégorie des substances «probablement cancérogènes». Une conclusion contredite depuis par d’autres études, mais il n’en fallait pas plus pour que la polémique enfle. Au sein de l’Union européenne, son autorisation échoit au 30 juin et la Commission européenne n’est pas parvenue jusqu’ici à en faire accepter un prolongement par les Etats membres. En Suisse, il s’en épand 300 tonnes chaque année. Les agriculteurs mais aussi des particuliers ou les CFF y ont recours. La Confédération doit lancer une étude sur l’impact du glyphosate, a-t-on appris il y a quelques jours.

Sur ses parcelles d’Aire-la-Ville, Christophe Bosson explique comment il procède. «J’utilise une technique qui s’appelle le paillage et qui consiste à recouvrir avec de la paille le sol où ont été plantées mes semences. Cela permet de limiter la pousse de mauvaises herbes.» L’agriculteur de 50 ans pratique également la culture associée, c’est-à-dire qu’il fait pousser du trèfle sur son champ de colza, le trèfle aidant lui aussi à lutter contre les adventices. Quant à ses vignes, dont l’implantation en pente rend difficile la pose de paille, l’agriculteur les «enherbe», comme le font la plupart des vignerons du canton.

«En dernier recours»

Depuis quelques années, les mentalités évoluent. «Ce n’est pas évident, on nous a toujours appris à compter sur la chimie», relate Christophe Bosson. Lui dit n’avoir recours au glyphosate qu’«en dernier recours, lorsqu’il n’a plus d’autres choix». Et de nuit. «Grâce à un tracteur au guidage automatique, on peut bénéficier d’une température plus basse, de l’absence du vent et d’un air plus humide, souligne-t-il. Ces conditions favorables ont pour conséquence qu’on a besoin de moins de produit.» Résultat: «On a réussi à diviser les doses par deux!»

A Lullier, l’école d’horticulture teste, elle, des procédés thermiques. «Lorsqu’une mauvaise herbe sort du sol, on la brûle à l’aide d’outils comme des appareils à vapeur d’eau ou des brûleurs à gaz», indique Jean-Marc Vuillod. Ce maître de pratique en culture maraîchère met en garde: «Il faut être extrêmement précis, une seconde de trop et c’est notre plantation qu’on risque de toucher.»

Hors-sol ou produire bio

Certains maraîchers ont trouvé la parade. Ils cultivent leurs fruits et leurs légumes hors-sol. Nul besoin de combattre les mauvaises herbes, il n’y en a pas. C’est le cas de Jaquenoud SA, à Lully. Plus de huit hectares de terrain sous serres et «tunnels», où poussent des tomates, des aubergines et des fraises. «C’est un investissement, admet François Jaquenoud. Il faut que l’exploitation soit assez grande pour rentabiliser les coûts.»

Est-il possible de se passer entièrement du glyphosate, tout en cultivant ses produits dans le sol? Oui, et cela s’appelle le «bio». Il y a trois ans, l’ingénieur agronome François Haldemann s’est converti. Ce céréalier implanté à Meyrin raconte avoir pris conscience de l’impact des substances chimiques sur ses produits, sur les sols, mais aussi sur lui, qui les manipulait au quotidien. Désormais, il coupe ses mauvaises herbes avec des outils à disque ou à dents, fait des paillages et utilise des engrais naturels. Il reconnaît qu’il produit un tiers de moins qu’avant. Mais ses revenus restent stables avec un prix de vente plus élevé. Et l’ingénieur reconverti de s’interroger: «Une quantité énorme de nourriture finit à la poubelle. A-t-on besoin de produire autant?» (TDG)

«On en trouve des traces partout»

Face au glyphosate, le Fédération romande des consommateurs (FRC) monte au front. En février, elle a déposé une pétition munie de plus de 25 000 paraphes demandant à Berne l’interdiction des herbicides à base de glyphosate. «On trouve des traces de cette molécule partout: dans l’air, dans la pluie et même dans le corps humain, du fait de notre alimentation», pointe Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC. Une récente étude de la fédération sur les bières artisanales a par exemple décelé sa présence dans «presque tous» les breuvages analysés. En 2015, une enquête du magazine «A bon entendeur» de la RTS avait découvert des résidus de glyphosate dans l’urine de 37,5% des Romands testés. TA

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Comment-les-agriculteurs-s-affranchissent-du-glyphosate/story/30719370

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