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7 juin 2016

Portables sous surveillance

"Pour Christian W. Hess, ancien chef du service neurologique à l’Hôpital de l’Ile, à Berne, et ancien membre du comité de direction d’un programme national de recherche dédié au sujet, ce rapport [étude du NTP] «doit certainement être pris au sérieux»...

L’association Médecins en faveur de l’environnement (MFE) estime que, même en l’absence de rapport final, cette étude va susciter de nouvelles discussions sur les précautions dans la manipulation. Selon elle, cette discussion doit être menée au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment pour voir s’il faudrait relever le niveau de dangerosité des portables."

Pour l'heure, aucune preuve de nocivité n'a été
établie.  Pour réduire l'exposition au niveau de
la tête, il est recommandé d'utiliser un kit main
libres à faible rayonnement.
Peter Dazeley/Stone Sub
Portables sous surveillance
par Caroline Zuercher, Tribune de Genève, 7 juin 2016

Electrosmog : Une étude américaine relance les inquiétudes. En Suisse, on estime ce risque mineur.

Quel est l’effet des téléphones portables sur la santé? Une vaste étude toxicologique menée sur des rats et des souris aux Etats-Unis relance cette question, que l’on pourrait désormais presque qualifier de vieille. Des résultats partiels révélés le 27 mai suggèrent un lien entre deux cancers rares, le gliome cérébral et le schwannome cardiaque, et l’exposition à des signaux reproduisant ceux de la téléphonie mobile.

Les rongeurs en question n’ont pas eu la vie facile. Les chercheurs du National Toxicology Program (NTP, qui regroupe plusieurs agences publiques américaines) les ont exposés à des radiofréquences de 900 MHz modulées selon les normes GSM et CDMA. Et cela dix-huit heures par jour jusqu’à l’âge de 2 ans, selon un cycle régulier: dix minutes d’exposition, puis dix de pause. Résultat? Une «faible incidence» des tumeurs a été observée chez les rats mâles alors que les spécimens du groupe témoin, non exposés aux ondes, n’ont pas été atteints. Chez les femelles, aucun effet significatif n’a été observé. Les études sur les souris se poursuivent.

Résultats encore partiels

Les résultats complets, très attendus, sont annoncés d’ici à la fin de 2017. «Etant donné l’usage répandu et à tous les âges de la communication mobile, même une très petite augmentation de l’incidence d’une maladie pourrait avoir des implications importantes sur la santé publique», soulignent les chercheurs américains. Christopher Portier, ancien directeur adjoint du NTP, ajoute dans Le Monde.fr que ces résultats partiels devraient suffire à ce que «les pouvoirs publics investissent plus, sans attendre, dans la recherche scientifique sur les impacts sanitaires de ces technologies». En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne se prononce pas: il pourra examiner les résultats de manière approfondie après leur publication dans une revue scientifique spécialisée (ce qui répond aux exigences scientifiques).

Pour Christian W. Hess, ancien chef du service neurologique à l’Hôpital de l’Ile, à Berne, et ancien membre du comité de direction d’un programme national de recherche dédié au sujet, ce rapport «doit certainement être pris au sérieux». Avant de préciser: «Cela ne signifie pas encore que cette étude est d’une grande pertinence pour les utilisateurs de portables. Tant que nous n’avons qu’une publication provisoire, il est difficile d’émettre un jugement.» Pour l’heure, certains résultats laissent perplexe. Pourquoi les femelles ne sont-elles pas concernées? Ou encore, comment se fait-il que le taux de survie est plus élevé dans le groupe exposé aux radiations? Et puis les rongeurs ont été particulièrement soumis aux émissions. Dans la durée et dans la puissance: celle-ci était de 1,5 watt par kilogramme (W/kg), 3 W/kg et 6 W/kg, alors que la plupart des téléphones portables commercialisés ont un débit d’absorption spécifique inférieur à 1 W/kg. Finalement, nul ne sait si les résultats obtenus sur des rats sont transposables aux êtres humains.

Cancérogène potentiel pour l’OMS

L’association Médecins en faveur de l’environnement (MFE) estime que, même en l’absence de rapport final, cette étude va susciter de nouvelles discussions sur les précautions dans la manipulation. Selon elle, cette discussion doit être menée au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment pour voir s’il faudrait relever le niveau de dangerosité des portables.

Pour l’heure, l’OMS note qu’aucune preuve de nocivité n’a été établie: elle a classé les radiofréquences dans la catégorie des substances «cancérogènes possibles». Comme pour ajouter au trouble, une étude révélée le mois dernier conclut que la fréquence des cancers du cerveau est restée plutôt stable en Australie depuis trente ans, malgré l’essor de la téléphonie mobile.

Si rien n’a été prouvé, rien ne peut non plus être totalement exclu. «Nous supposons depuis longtemps qu’un usage important du portable peut comporter des dangers, avance prudemment Christian W. Hess. L’étude Interphone (ndlr: recherche internationale la plus importante dans ce domaine)datant de 2011 conclut à la possibilité d’un risque faible de développement de tumeurs en cas d’exposition prolongée.»

Danger jugé mineur en Suisse

Au niveau suisse, la question a fait l’objet d’un programme national de recherche, le PNR 57, qui n’a pas non plus permis de trancher ce débat. Comme 97% de la population de plus de 16 ans utilise un portable, la question est suivie de près. L’OFSP précise sur son site Internet qu’une exposition de courte durée ne présente aucun risque. Par mesure de précaution, il recommande l’utilisation d’un kit mains libres à faible rayonnement pour réduire l’exposition au niveau de la tête, et celle de réseaux 4G et 3G. «Dans tous les cas, nous parlons d’un danger mineur», commente Christian W. Hess en rappelant que l’être humain est prêt à prendre d’autres risques en consommant de l’alcool, par exemple, en fumant ou en conduisant.

«Cette incertitude est pénible, réagit Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC). Nous sommes dans une bataille d’experts, avec des études aux résultats contradictoires. Cette situation est aussi liée au fait que les enjeux sont colossaux.» L’avocat appelle donc les pouvoirs publics à investir dans la recherche pour trancher une question «cruciale». Et de conclure: «Si un danger était mis en évidence, nous aurions un autre souci: aujourd’hui, nous n’avons pas d’alternative à l’usage du portable.» (TDG)

Débat à Berne sur les antennes de téléphonie

En février, la Commission des transports et des télécommunications (CTT) du Conseil national a déposé deux propositions pour améliorer la qualité du réseau. Une motion veut relever les valeurs limites pour les rayonnements des antennes. Un postulat demande des procédures simplifiées pour leur installation. Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat, mais soutient la motion qui prévoit aussi des financements pour la recherche et la surveillance des rayonnements. Ces interventions doivent être traitées par le plénum le 16 juin. L’association Médecins en faveur de l’environnement se dit inquiète de ces propositions, estimant qu’il faut au contraire adopter un principe de précaution. Dans la même logique, elle demande de consacrer 10% du produit des concessions de radiocommunication à une recherche indépendante et d’informer les usagers sur les questions de santé.

«Il serait intelligent d’inciter les opérateurs à collaborer entre eux pour optimiser l’utilisation des antennes existantes avant d’examiner la possibilité d’en implanter de nouvelles, réagit Mathieu Fleury. Sur cet aspect, on pourrait trouver des solutions pour que la concurrence n’aboutisse pas à un bombardement d’ondes évitable.»

Le conseiller national Christian Wasserfallen (PLR/BE) souligne au contraire que les valeurs limites sont dix fois plus basses en Suisse que dans d’autres pays européens: le but est de se mettre à niveau. Et puis, poursuit-il, des études scientifiques montrent que plus la qualité du réseau est mauvaise, plus cela augmente la puissance de sortie des téléphones portables et donc l’exposition au rayonnement.
C.B-D./C.Z.

http://www.tdg.ch/suisse/portables-surveillance/story/30348700 et

http://www.amge.ch/2016/06/07/portables-sous-surveillance/

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