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30 juil. 2016

Nouvelles de Genève : Le sol des jardins familiaux pollué par l’abus de pesticides

Le service géologie, sols et déchets du Canton de Genève
voulait donc lancer cette année une étude de grande ampleur
sur les jardins familiaux genevois.  Mais il y a finalement
renoncé, faute de budget.  Image:  Franck Mentha
Le sol des jardins familiaux genevois pollué par l’abus de pesticides
par Théo Allegrezza, Tribune de Genève, 
11 juillet 2016

Culture : Les amateurs ont parfois la main lourde avec les pesticides dans leur jardin familial ou leur potager privé

Le coup de vent aura été fatal. Victime d’une forte bourrasque mais surtout des résidus d’herbicide qu’elle charriait, la plantation de pommes de terre du locataire de l’un des jardins familiaux de Montfleury, à Satigny, n’a pas survécu. Overdose. «La semaine dernière, j’ai constaté que son voisin utilisait du désherbant», s’énerve Saskia Duarte. La présidente de la Fondation genevoise des jardins familiaux (FGJF) poursuit: «Nos statuts interdisent l’usage de pesticides. On en connaît trop bien les effets nocifs pour l’environnement et nous-mêmes. La lettre d’exclusion est prête.»

Cas isolé? Difficile de le croire. En off, lorsqu’on éteint l’enregistreur, les spécialistes de la pollution des sols et des eaux dénoncent l’abus de pesticides et d’engrais chimiques par les jardiniers amateurs. «Toutes proportions gardées, les sols les plus pollués, ce sont ceux des jardins familiaux», dit un ancien du Gesdec, le Service géologie, sols et déchets du Canton de Genève. Un constat qui peut tout aussi bien s’appliquer aux potagers privés, en ville.

Pas d’étude faute de budget

Peu de chiffres circulent sur le sujet. En 2015, une étude lancée par le Gesdec suite à la pollution par des déchets chimiques du site d’une ancienne usine à Avully a permis de déceler «des concentrations importantes» de polluants dans les sols du groupement de jardins familiaux attenant. A quel point? «Je ne peux pas en dire plus car cette étude n’est pas homologuée», répond Jacques Martelain, directeur du Gesdec. Comprendre: elle ne portait pas à proprement parler sur les jardins familiaux.

Ce que l’on sait, c’est que les valeurs mesurées «avoisinent» les seuils d’investigation fixés par l’Ordonnance sur les atteintes portées au sol (Osol) — dont la dernière mise à jour remonte à 2008. Une éternité. En cas de dépassement, les cantons doivent s’assurer qu’il n’y a pas de «menace concrète» pour la santé de l’homme.

Jacques Martelain n’exclut pas que ces résultats découlent des pratiques culturales. Le Gesdec voulait donc lancer cette année une étude de grande ampleur sur les jardins familiaux genevois. Mais il y a finalement renoncé, faute de budget. «On espère pouvoir la faire en 2017», indique le directeur du Gesdec. Et de prévenir: «Elle pourrait aboutir à la fermeture de plusieurs groupements.» En attendant, pour se faire une idée plus précise sur la question, il faut se rendre à Fribourg. Depuis une dizaine d’années, le Canton dispose d’un réseau d’observation des sols des jardins familiaux. Là-bas, la situation est jugée «préoccupante». Le dernier rapport, publié en 2013, note que «les sols contiennent des quantités très élevées en phosphore et des teneurs en métaux lourds supérieurs aux valeurs indicatives, notamment pour le cuivre, le plomb et le zinc.» Conclusion: «Ces excès sont dus à des pratiques inadéquates des locataires des parcelles.» Un autre rapport, plus récent, portant, lui, sur les potagers citadins parvient aux mêmes conclusions.

Travail d’information

«Contrairement aux agriculteurs, les jardiniers amateurs n’ont pas reçu de formation pour utiliser des engrais et des pesticides», souligne Nathalie Chèvre. Selon cette écotoxicologue à l’Université de Lausanne, les emballages des produits phytosanitaires les incitent à surdoser. «On se dit qu’en en mettant plus, on obtiendra de meilleurs résultats», relève encore la chercheuse. Sauf qu’on en retrouve ensuite des résidus dans les sols, les fruits et légumes, mais aussi dans les nappes phréatiques, les lacs et les rivières.

Consciente du problème, Saskia Duarte effectue régulièrement des contrôles sur les 25 groupements de la FGJF — plus de 2100 parcelles au total. Elle organise aussi des cours de sensibilisation pour ses membres. «Certains manient ces produits sans mettre de gants, en épandent sur leur parcelle, où des enfants jouent et risquent d’ingurgiter de la terre.» Un «vaste travail d’information» qui, selon elle, fait défaut pour les potagers citadins.

Les piètres conseils des jardineries

C’est une enquête de la Fédération romande des consommateurs (FRC), publiée en mai, qui a soulevé le problème: les vendeurs des magasins spécialisés ont tendance à proposer des produits prohibés pour certains usages. En l'occurrence: des herbicides pour désherber une terrasse dallée. Suite à cela, des enseignes ont dit vouloir «se mettre au vert». Depuis 2015, Coop et Migros ont par exemple décidé de ne plus vendre de produits à base de glyphosate.
Au total, plus de 2 100 tonnes de produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, etc.) ont été vendues en Suisse en 2014. Un chiffre stable. T.A.

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/sol-jardins-familiaux-genevois-pollue-abus-pesticides/story/19342436

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