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3 juil. 2016

Suisse : Les navettes autonomes colonisent l’espace public

La navette électrique "Valère" emprunte des rues
étroites de Sion.  L'accès est gratuit durant la phase d'essai.
Les navettes autonomes colonisent l’espace public
par Patrick Monay, 24 heures, 23 juin 2016

Mobilité : Un test grandeur nature, mené par CarPostal et l’EPFL, a démarré jeudi au centre-ville de Sion. Le trajet s’effectue sans chauffeur, mais avec un accompagnateur. Reportage.

Un bouton bleu pour donner l’alarme, comme dans un ascenseur. Deux autres, de couleur rouge, pour opérer un arrêt d’urgence. Et une caméra qui doit signaler tout problème survenant dans le véhicule. Bienvenue à bord de Valère, la toute première navette sans chauffeur mise à disposition du public dans un espace urbain. Un test grandeur nature de ce projet novateur a démarré jeudi à Sion. Porté par CarPostal, l’Etat du Valais, l’EPFL et la HES Valais, il ambitionne d’explorer «la mobilité de demain».

Ce petit bijou de technologie, 100% électrique, fait penser à une cabine de métro. Il offre onze places assises, tandis que les passagers voyageant debout peuvent se tenir à des courroies. Il vaut mieux s’y accrocher, car les arrêts se révèlent parfois brusques, même si la vitesse maximale autorisée est de 20 km/h. La navette avance sur un parcours fixe, une boucle de 1,5 km tracée au centre-ville, qu’elle suit au centimètre près grâce à un dispositif composé notamment de capteurs radar, d’un système GPS et de caméras. «L’ordinateur se trouve sous ce capot. Il détecte les piétons et les voitures sur la chaussée, analyse leur vitesse et adapte le ralentissement de la navette», explique Frédéric Sartou, employé du constructeur, la société française Navya. La preuve lorsqu’un cycliste nous passe devant dans une rue piétonne: on sent un léger à-coup, puis Valère reprend sa route sous le regard intrigué des passants.

Elle sera bientôt rejointe au pied des deux collines de Sion par une seconde navette jaune, baptisée Tourbillon. Toutes deux circuleront du mardi au vendredi, l’après-midi, jusqu’en octobre 2017. Dans chacune d’elles se trouvera en permanence un «conducteur de sécurité», chargé de veiller à leur bon fonctionnement. Les partenaires du projet les appellent les «grooms», en référence aux personnes qui accompagnaient jadis les utilisateurs d’ascenseurs. Ils doivent renseigner les passagers, les aider à monter et à descendre et peuvent effectuer des arrêts d’urgence en cas d’imprévu. «Je ne dois pas quitter la route des yeux», nous confie Ramon Müller, le technicien de CarPostal qui joue ce rôle pour le trajet inaugural.

Autonomie relative

Voilà qui semble relativiser l’autonomie réelle de ces véhicules… C’est l’Office fédéral des routes (OFROU) qui a posé cette exigence, pour toute la durée de la phase d’essai, avant de délivrer l’autorisation nécessaire à leur mise en service. «Mais le système fonctionne très bien, nous l’avons testé pendant plusieurs mois sans qu’il y ait le moindre accident», souligne Jürg Michel, chef du projet.

Outre les grooms, un téléopérateur assure l’exploitation des navettes via un logiciel de gestion de flotte. Quel avantage y a-t-il, dès lors, par rapport à une navette électrique conduite par un chauffeur? Daniel Landolf, directeur de CarPostal, se projette dans l’avenir pour répondre: «Ces véhicules pourront être disponibles 24 heures sur 24, peut-être sur appel avec une application mobile. Cette technologie ouvre une nouvelle dimension pour les transports publics. Pensez aux zones périphériques qui ne sont aujourd’hui pas desservies en soirée, à la desserte d’hôtels dans les stations de montagne, aux aéroports…» Des discussions ont déjà lieu, précise-t-il, avec des entreprises qui songent à un tel moyen pour améliorer le transport de leurs collaborateurs. Le prix d’achat d’une navette autonome? Environ 250 000 francs.

Pour l’heure, le test mené à Sion vise à perfectionner le système. Ainsi, une voiture mal garée au bout d’une rue étroite oblige Ramon Müller à passer brièvement en mode de conduite manuelle pour l’éviter. «Nous travaillons au contournement d’obstacles», s’excuse un dirigeant de Navya. La climatisation devra aussi être améliorée, a-t-on constaté jeudi sous un soleil de plomb. L’accès aux deux navettes restera gratuit jusqu’au terme de la phase d’essai. Le réseau sera-t-il étendu par la suite à une zone où le trafic automobile est plus dense? Les responsables attendent de tirer les enseignements de l’expérience en cours, notamment à travers les réactions des usagers. «J’imagine que ça va surtout intéresser les personnes à mobilité réduite, confie un jeune homme. Moi, dans ce quartier, je préfère me déplacer à pied.» Link (24 heures)

Gros impact à l'étranger

Le lancement du premier test public des navettes autonomes aura eu un retentissement peu commun hors de nos frontières. De l’agence Reuters au quotidien Libération en passant par deux chaînes de télévision allemandes, de nombreux journalistes étrangers côtoyaient la presse suisse jeudi, à Sion, pour relayer l’événement. Le conseiller d’Etat valaisan Jacques Melly ne s’est pas privé de saluer cette première mondiale comme un symbole très fort «pour un canton désormais à la pointe de l’innovation».

Jusqu’ici, en effet, les navettes sans chauffeur n’avaient jamais circulé en pleine ville. Seuls des sites privés en avaient bénéficié. Le choix de Sion s’est imposé en raison de la présence du Mobility Lab, une structure de recherche appliquée dans le domaine des transports qui réunit des scientifiques de la HES Valais et de l’EPFL. L’expérience valaisanne vient d’ailleurs prolonger un premier essai mené l’an dernier sur le campus lausannois de l’Ecole polytechnique. En quatre mois, six véhicules électriques y ont transporté près de 7000 personnes – sans incident. Et c’est une start-up issue de l’EPFL, BestMile, qui a développé dans ce cadre le logiciel de gestion de flotte aujourd’hui utilisé en Valais.

Susanne Ruoff, directrice générale de La Poste, relève que «ces navettes n’ont pas pour vocation de remplacer nos cars postaux, mais d’être utilisées là où aucun mode de transport ne peut être proposé». Elle croit dur comme fer à l’avenir des véhicules autonomes. L’intérêt semble en tout cas bien réel: le constructeur Navya annonce qu’il produira cette année environ septante navettes comme celles mises en service à Sion. Elles circuleront notamment à Perth (Australie), à Lyon et à Paris.

Voitures autonomes

La Google Car en pole position

La voiture autonome, ce n’est plus de la science-fiction depuis des années. La Google Car a déjà roulé plus de 2,5 millions de kilomètres sur les routes de Californie, du Texas, de Washington ou de l’Arizona. Pouvez-vous dès lors espérer en 2017 qu’une voiture autonome viendra vous chercher à la maison pour vous conduire à la gare de Lausanne ou de Genève? Aucune chance.

Avant d’en arriver là, la voiture sans chauffeur doit encore régler pas mal de problèmes. Il y a d’abord celui de la sécurité. Sur une autoroute californienne, la conduite sans assistance humaine, c’est du gâteau. En revanche, les choses se corsent dès qu’on entre dans une ville. Car, là, il y a plein d’obstacles gênants comme des piétons et des cyclistes. Voilà pourquoi la Google Car est désormais testée avant tout en milieu urbain.

La voiture autonome doit encore faire face à de nombreux problèmes juridiques et, plus généralement, d’acceptation sociale. Mais tous les grands constructeurs y croient et les grandes manœuvres ont commencé pour marier l’industrie automobile avec les géants de l’informatique. Apple est sur le coup, mais ne dévoile absolument rien. Récemment, on a parlé de possibles fiançailles entre Fiat et Google.

Dans une édition récente du Figaro, le patron de Renault et Nissan annonçait qu’il lancerait plus de 10 véhicules autonomes d’ici à 2020. Partiellement autonomes dans un premier temps, complètement autonomes en 2020. A vérifier.

http://www.24heures.ch/suisse/navettes-autonomes-colonisent-espace-public/story/14730228

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